Marie-Célie Agnant, AlterPresse, 18 janvier 2018

L’indignation, nous dit le regretté Stéphane Hessel [1], est le ferment de l’esprit de résistance. Impossible donc de ne pas s’étonner, mais aussi de ne pas s’indigner, face à cette conjonction de l’ignorance la plus pure, d’absence de culture, d’éducation et de bon sens, et surtout, de ce manque d’humanité qui porte un vulgaire bipède à prendre la parole, – prétendant ainsi à un degré d’humanité,- et à débiter, en toute quiétude, sans crainte de représailles, incongruités et âneries de toutes sortes.

Voilà donc un grand nombre de gens en émoi, parce que cet animal (cette comparaison est certainement une insulte faite aux animaux- qu’ils nous pardonnent de les associer à une telle ordure,) aurait accouché d’une énième saloperie.

Étonnantes les paroles de Trump ? Doit-on s’attendre à mieux ? Il nous faut, je crois, faire appel à un simple raisonnement déductif et se dire que oui, en effet : Trump accouche tout bonnement de la merde qui le façonne, de cette substance dont il est le produit, dont est faite sa cervelle. Il déblatère ainsi aujourd’hui, il le fera demain, puisqu’il est accompagné et nourri de cette idéologie merdique et dangereuse qu’est le racisme, qui permet, à l’époque actuelle, de justifier la vente aux enchères des nègres, en toute impunité.

Trump est le produit de cette même idéologie qui autorise des policiers à tirer à bout portant sur n’importe quel Noir aux Etats-Unis. (De là à ce que nous revoyons ce spectacle insoutenable des corps noirs, pendus aux sycomores, il n’y a plus qu’un pas à franchir !)

Et comment résister au racisme, si ce n’est d’abord comprendre son mécanisme, ses origines, sa reproduction, et surtout, sa capacité de perdurer, de traverser toutes les époques, et résister à toutes les luttes. C’est ce racisme qui sert de fondement aux doctrines qui portent des individus de la trempe de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, qui justifie l’incarcération, depuis plus de quarante ans, d’un homme comme Léonard Peltier, véritable prisonnier politique, dans un pays qui prétend défendre la liberté à travers le monde. Le racisme, idéologie bien enracinée sur laquelle ce pays et tant d’autres se sont construits, pierre angulaire des sociétés occidentales, ferment qui empêche aussi tout changement véritable dans des pays, qui, comme Haïti, ont hérité des structures socio-économiques et de l’idéologie raciste du colonialisme.

Trump emprunte la voix de l’Extrême droite, partout présente aujourd’hui. Une voix qui se renforce sans cesse, et fait table rase de toutes les velléités de luttes et de résistance. Trump est alimenté par la même idéologie qui porte le KKK, cette idéologie qui donna naissance aux fours crématoires, et permit l’extermination de millions de Juifs, de Gitans et autres minorités. Trump est donc une merde en mission ! Et un pays qui accepte d’avoir à sa tête une ordure de cet acabit, se considère lui-même comme un trou à m… Nous le disons avec toute la compassion et le respect que nous inspire le courage que doivent déployer, tous ceux-là qui, nombreux, résistent tant bien que mal dans ce pays, à la puanteur ambiante depuis son arrivée au pouvoir, ceux qui en souffrent, qui doivent se battre au quotidien contre les miasmes qu’il dégage, avec sa troupe de racistes, qui, crocs dehors, mettent en danger la vie des minorités, de toutes les minorités.

Ce pays, qui n’a pas le courage de revenir sur l’erreur monumentale que constitue l’élection de Belzebuth au poste de chef suprême, patauge donc dans un merdier aussi horrible que ceux qu’il sème ici et là, avec ses armes de plus en plus meurtrières, et ses guerres à n’en plus finir, tout cela, pour continuer à s’accaparer des richesses des peuples et les condamner à croupir, eux, dans la misère la plus abjecte.

À cet officier allemand-nazi en visite dans son atelier au moment de la Deuxième guerre mondiale, et qui, regardant Guernica, demande à Picasso : ‘’Qui a fait cela ?’’ Picasso aurait répondu : ‘’C’est vous !’’

Nous voilà donc obligés de dire à Trump et à ses comparses, gringos insatiables, en mission perpétuelle de pillage et, de déprédation, qu’ils sont bien placés pour savoir où se trouvent les trous à merde sur la planète, puisqu’ils en sont les architectes. Et pour cause, en Haïti, ils ont eux-mêmes fouillé le trou avec les occupations militaires à répétition, ils l’ont consolidé avec leurs méthodes assassines, à commencer par la formation des militaires tortionnaires à l’École des Amériques, et avec eux les tontons macoutes, et autres escadrons de la mort qui ont ensanglanté le pays. N’avez-vous pas installé, alimenté et soutenu pendant de longues années, les gardiens de ce trou, Duvalier et son fils, ce bouffi plein tout comme vous de la même substance ? N’avez-vous pas porté jusqu’au bout ces régimes sanguinaires qui ont condamné les Haïtiens à l’errance ?

Oui, Haïti est votre merdier car, après la fuite de Duvalier, Gringos et nations puissantes, marchands de démocratie sur mesure, alliés à une classe possédante et une petite bourgeoisie haïtienne répugnante et médiocre, à l’image de Trump, donc, ont tout fait pour qu’aucun nettoyage véritable n’ait lieu. Ainsi, le système continue à produire des dirigeants pitoyables et indignes de ce peuple constitué en grande partie de résistants. N’en déplaise à Trump. Toutefois, ce qui doit nous inquiéter, en plus de nous indigner, c’est le silence permanent et complice de ceux qui prétendent gouverner le monde, ceux qui oublient qu’existe une Déclaration universelle des Droits de l’homme, qui ignorent le génocide en cours des Palestiniens, ceux qui font semblant de ne pas comprendre les problèmes liés à l’inégalité croissante entre riches et pauvres, qui ferment les yeux sur la dictature des marchés financiers, celle qui condamne des peuples entiers à l’indigence et à l’errance, tandis qu’eux se vautrent dans l’opulence la plus criante. Ce qui doit nous inquiéter, c’est le danger dans lequel cette idéologie individualiste meurtrière plonge l’humanité entière. Et encore là, faut-il s’inquiéter outre mesure, puisque ce silence complice n’est pas nouveau ? Ne devrions-nous donc pas plutôt nous inquiéter de notre propre souci ou non d’engagement, de notre propre indigence, de nos choix ou absences de choix, de nos compromis et compromissions inavouables, de notre apathie, notre accoutumance aux situations inacceptables ? Là réside peut-être l’essence de l’appel de Stéphane Hessel à la résistance. Toujours dans cet essai, publié en 2010, Hessel cite Sartre : « Il faut essayer d’expliquer pourquoi le monde de maintenant, qui est horrible, n’est qu’un moment dans le long développement historique, que l’espoir a toujours été une des forces dominantes des révolutions et des insurrections, et comment je ressens encore l’espoir comme ma conception de l’avenir ».

S’il faut donc parler d’avenir, nous dirons que même celui qui se trouve enfoui sous la merde, au plus profond de la merde la plus puante, rêve lui aussi d’avenir, c’est une des lois de la survie. Et il finit bien un jour, un jour ou l’autre, par vouloir contempler et agripper de toutes ses forces, un coin du ciel !

[1] Stéphane Hessel, Indignez-vous, Editions Mille Babords 2010 En anglais : Time for Outrage

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