(Première partie)

Ronald Cameron et Pierre Beaudet[1]

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, la situation a évolué dans ce pays et dans le reste du monde. Il y a un « effet Trump » important !

  • L’administration américaine se démarque encore davantage de ce qui reste du système multilatéral, notamment l’ONU[2].
  • Les efforts pour « restructurer » les règles régissant le commerce et les investissements (dont les accords de libre-échange) sont accentués. Ce n’est pas simple et la bourgeoisie états-unienne sait très bien que ces dispositifs sont globalement profitables pour le capitalisme. Le débat actuel porte alors sur les modalités, de façon à transférer, dans la vision dominante à Washington, des coûts supplémentaires, et même des responsabilités, aux alliés-subalternes et aux pays dits « émergents ».
  • Le discours belliqueux contre les cibles de prédilection (l’Iran et la Corée du Nord), prennent plus de place, mais aussi celui contre la Chine et la Russie, considérés comme des « adversaires », ce qui débouche sur des augmentations substantielles des budgets militaires, y compris dans le domaine nucléaire[3].
  • Enfin, il faut noter des transformations aux États-Unis mêmes : coupures dans les fonctions sociales de l’État fédéral couplées à des baisses substantielles d’impôts, mise en place d’un dispositif encore plus répressif, notamment contre les immigrant-es et les réfugié-es, offensives contre les syndicats, les groupes environnementalistes, aggravation du discours raciste contre les communautés autochtones et africaines-américaines, etc. C’est l’aggravation accélérée du discours de tout-le-monde-contre-tout-le-monde.

Tout cela pourrait s’accentuer, si la tendance « Trump » réussit à refaire des consensus, à consolider son emprise sur le Congrès et les États, et à procéder à d’autres transformations du système judiciaire et légal. Certes, il faut considérer que ce projet est encore embryonnaire. Il est par ailleurs fortement contesté dans plusieurs bastions urbains. Sur plusieurs plans, les secteurs les plus dynamiques du capitalisme états-unien (le duopole Wall-Street/Silicon Valley) sont mal à l’aise, bien qu’ils soient satisfaits de la politique économique ultra-néolibérale de Trump. Et entre-temps, le reste du monde essaie de résister, pour des raisons diverses, ce qui crée d’autres tentions et d’autres contradictions. Bref, l’histoire est loin d’être terminée.

Illusoires nostalgies 

L’effet Trump avec ses aspects vulgaires, racistes et sexistes, de même que les nombreux déraillements qui se manifestent à Washington, sont souvent perçus par les « faiseurs d’opinion » (dont les médias de masse) comme une malheureuse bifurcation. On évoque une dimension pathologique, qui reflèterait les maladies profondes de la société américaine, de l’État américain, voire de Trump lui-même. On dit, « ça n’a pas de sens et un jour, on va revenir à la normale ».

Or la « normale », c’est ce existe depuis les années 1980 dans le sillon des politiques néolibérales, et ce, sous plusieurs administrations, aussi bien démocrates que républicaines, à commencer par celles de Ronald Reagan, puis de George Bush et de Bill Clinton, jusque dans les années subséquentes sous George W. Bush et Obama. Le grand virage néolibéral, amorcé il y a 40 ans, a débouché sur une réorganisation des États-Unis et dans une large partie, de la plupart des pays dans le monde. L’expansion du commerce et de la financiarisation, accompagnée de la délocalisation des entreprises et la mise en place d’un grand marché mondial régi par des règles uniques, la dérèglementation abolissant des régulations établies après 1945 dans le cadre des politiques keynésiennes, a fait un certain nombre de « gagnants », mais surtout beaucoup de perdants au sein des couches moyennes et populaires.

Tout au long de cette longue période, il y a donc eu une continuité entre les politiques mises en place, tant sur les questions de l’économie et de la gouvernance que dans le domaine de la politique extérieure. Plutôt que de voir le « phénomène » Trump comme une grande transformation, il faut alors le comprendre comme l’accentuation des tendances qui étaient déjà à l’œuvre dans le contexte d’un État fragilisé par ses fractures internes et des phénomènes de déclin en tant que superpuissance.

[1] Respectivement coordonnateur d’Attac-Québec et rédacteur des Nouveaux Cahiers du socialisme.

[2] Cela ne date pas d’hier à Washington et cela s’était accentué sous George W. Bush. La « nouveauté » avec Trump est qu’il y a moins de discours hypocrite.

[3] Cela avait été le programme du « nouveau projet américain » des néoconservateurs à l’époque où leur team Bush-Cheney étaient au poste de commande. Sous Obama, il y a une réduction relative, mais pas un désinvestissement majeur.

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