DENIS SIEFFERT , Politics, 14 avril 2018

L’opération militaire sur la Syrie ressemble à une tentative désespérée de se réintroduire dans un conflit dont Washington, Paris et Londres ont été exclus.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont donc mené samedi des frappes ciblées contre la Syrie annoncées à grand renfort de communication depuis une semaine.

Officiellement, il s’agissait pour la coalition occidentale de punir le régime de Bachar Al-Assad accusé d’avoir mené des attaques chimiques le 7 avril sur la Ghouta orientale, zone reprise depuis aux rebelles. On peut toutefois s’interroger sur l’efficacité d’une telle opération, et sur ses buts véritables. Selon le général Joe Dunford, chef d’état-major américain, les forces occidentales ont visé trois cibles liées au programme d’armement chimique syrien, l’une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie. L‘Observatoire syrien des droits de l’homme a, pour sa part, fait état de bombardements sur des bases militaires proches de Damas. Mais il est peu probable que la destruction de ces cibles ait le moindre effet dissuasif sur Bachar Al-Assad, sauf peut-être à très court terme.

On en conclut que cette offensive poursuivait surtout des objectifs politiques. Par rapport aux opinions occidentales, il fallait donner l’impression être cohérent avec le fameux discours sur la « ligne rouge » du recours aux armes chimiques. Un discours d’autant plus hypocrite que les centaines de milliers de victimes du régime ont été tuées ou blessées par des armes conventionnelles.

On peut voir aussi dans l’opération de samedi une tentative désespérée de se réintroduire dans le conflit syrien dont les occidentaux ont été exclus en deux circonstances capitales : le retrait de Barack Obama en août 2013, et l’engagement total de l’armée russe sur Alep, en décembre 2015. Mais, là encore, on peut douter de la portée d’une opération qui n’affaiblira pas politiquement Bachar Al-Assad, alors que sa victoire est à peu près acquise. On peut craindre qu’elle n’empêche pas les poches rebelles d’Idlib, au nord-est du pays, et de Deraa, au sud, de subir le même sort que la Ghouta. Pour revenir dans ce conflit, les occidentaux doivent s’inscrire dans un projet de résolution politique qui tienne compte du rapport de force réel. Et il n’est pas sûr que l’opération de samedi soit la meilleure façon d’y parvenir.

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