Al-Jazzera, 14 avril 2018

Dans les premières années du soulèvement, les forces rebelles faisaient des progrès rapides. Plusieurs pensaient à l’époque qu’Assad, rejoindrait bientôt à la liste croissante de dirigeants arabes déchus. À l’été 2012, un attentat à la bombe dans le centre de Damas tuait de hauts responsables syriens, dont le ministre de la Défense du pays et le beau-frère d’Assad, Assef Shawkat. Les rebelles pensaient que la victoire était proche. « L’armée syrienne s’est pratiquement effondrée », déclarait le commandant de l’armée syrienne libre, Bashar al-Zoubi. Mais aujourd’hui, ce sont les rebelles qui sont en repli, ayant perdu des bastions clés, notamment à Damas et dans la grande ville du nord Alep. Alors la question se pose, qu’est ce qui explique ce revirement ?

Les appuis extérieurs

Dès 2012, l’Iran a intensifié son intervention en Syrie, en fournissant formation, commandants expérimentés et fantassins venant principalement des milices iraniennes (qui ne font pas partie de l’armée iranienne). Depuis ce temps, on estime que plus de 90 000 Iraniens ont combattu en Syrie, ce qui a été un apport inestimable au régime. Pour autant, c’est la Russie qui a joué en rôle décisif. À partir de 2015, l’aviation russe a bombardé les bastions rebelles, forçant l’évacuation d’Alep. Cette force de frappe aérienne s’est récemment déployée dans la Gouta orientale, d’où la reprise du territoire par le régime.

La désunion de l’opposition

Assad a bénéficié de divisions au sein des rangs des rebelles. L’Armée syrienne libre s’est scindée en factions rivales. Des milices islamistes radicales ont pris beaucoup de place, dont Daesh. Ces diverses factions, souvent identifiées à des régions, des ethnies, des confessions et des idéologies politiques fort différentes, se sont souvent combattues entre elles plutôt qu’affronter l’armée syrienne. Daesh entre-temps a conquis plusieurs villes dont Raqqa, qui a été reprise en 2017 par les forces kurdes avec l’appui des États-Unis.

L’environnement international

Les pays occidentaux et les puissances régionales comme la Turquie et l’Arabie saoudite ont toutes condamné Assad, mais aucun acteur n’a pris de mesures décisives pour le renverser. Malgré les demandes faites par les rebelles, les États-Unis ont évité le type d’intervention militaire qu’ils avaient lancée en Libye, et qui avait permis aux rebelles libyens de faire tomber le dirigeant de longue date Mouammar Kadhafi. Les appuis militaires aux factions rebelles ont été relativement modestes, surtout du côté des États-Unis qui invoquaient le danger que des armes livrées aux rebelles aboutissent dans les mains de Daesh.

Soutien interne

Sur le plan politique, depuis 2017, les États-Unis et d’autres pays ont changé de ton.  En mars 2017, l’ambassadeur américain à l’ONU, Nikki Haley, déclarait que se débarrasser d’Assad n’était plus l’objectif principal de la politique américaine. Deux mois plus tôt, le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a déclaré qu’Assad pourrait rester dans le cadre d’un accord de paix.

Finalement, un autre facteur est le fait que le régime a maintenu des niveaux significatifs de soutien au sein de la Syrie. Ce soutien s’étend au-delà de la communauté alaouite (Assad est un alaouite). D’autres minorités, notamment chrétiennes, appuient le régime qu’ils considèrent comme un « moindre mal » par rapport aux rebelles fanatisés. Cet appui inclut également une partie des couches moyennes et privilégiées sunnites, qui ont bénéficié financièrement pendant son règne et ont peu d’intérêt à changer le statu quo.

 

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