Philippe Migault, Extraits d’une entrevue sur Russian TV, 8 mai 2018. Migneault est un expert français des questions stratégiques et militaires.

 

 

La décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire conclu par l’Iran en juillet 2015 avec le Groupe des 5+1 (États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Allemagne), poursuit essentiellement un objectif électoral. Donald Trump n’a jamais caché tout le mal qu’il pensait de l’accord conclu par l’administration Obama. Il n’a jamais fait mystère durant sa campagne présidentielle, et depuis son élection, de sa volonté de revenir sur la parole américaine. Trump a été propulsé à la Maison Blanche par le vote, notamment, des Chrétiens évangéliques.

Convaincus de la « destinée manifeste » du peuple américain, ceux-ci considèrent le peuple juif comme un autre « peuple élu » et le projet sioniste, comme une étape du projet divin pour l’humanité. Le président des États-Unis, empêché par le Congrès et son administration de mettre en place la plupart des réformes figurant dans son programme de campagne présidentielle, sait que, sur ce dossier, il a toutes les chances de ressouder le camp républicain derrière lui tout en satisfaisant son électorat. Benjamin Netanyahou vient de réaliser un show télévisé uniquement destiné à convaincre les Américains de la duplicité iranienne. « Il n’y a pas à hésiter, il faut confronter l’Iran », dit-il. Même si d’un strict point de vue militaire, il n’y a aucun nouvel élément justifiant de déchirer un nouveau traité international.

Que dit l’accord signé en juillet 2015 par le Groupe des 5+1 ? En échange d’une levée des sanctions internationales contre l’Iran, Téhéran s’engage à démanteler partiellement son outil nucléaire. Depuis sa conclusion, l’Iran a divisé par deux le nombre des centrifugeuses lui permettant d’enrichir l’uranium à un niveau de qualité militaire. Il s’est aussi engagé à ne pas tenter de restaurer ses capacités initiales jusqu’en 2025. Le régime iranien a également ouvert ses sites nucléaires aux experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Téhéran, enfin, a accepté de modifier ses installations d’Arak, de telle sorte qu’elles ne soient plus en capacité de produire du plutonium permettant de fabriquer une arme atomique.

L’AIEA l’a répété à plusieurs reprises : l’Iran a rempli sans jamais faillir ses obligations et tenu ses engagements depuis l’entrée en vigueur de l’accord, le 16 janvier 2016. Difficile, dans ces conditions, de produire la moindre petite ogive nucléaire… Du strict point de vue de l’atome, Washington ne peut donc pas avancer le moindre argument pour renier ses engagements. Certes, l’accord n’est valable que pour une durée de dix ans. Mais si les sanctions sont levées, quel intérêt aurait l’Iran à poursuivre ? Entre sa pleine réinsertion dans le jeu international et son programme nucléaire, la société iranienne préférerait sûrement la première option.

Reste la question du programme balistique iranien. Ce dernier n’est en aucun cas concerné par l’accord de juillet 2015. L’Iran est donc libre de continuer à mener des travaux de recherche et de développement sur de nouveaux missiles, y compris des engins capables d’atteindre Israël. Mais cela n’implique pas, non plus, que les Iraniens soient sur le point de réaliser une percée technologique extraordinaire, qui leur permettrait d’atteindre l’État Hébreu. Pour une raison toute simple : Israël est déjà à portée de tir des missiles iraniens, depuis au moins une demi-douzaine d’années. « Téhéran possède déjà plusieurs types de missiles balistiques en mesure de frapper l’État d’Israël et en développe d’autres », soulignaient plusieurs études réalisées pour, ou en coopération avec, le ministère français de la défense, en 2011-2012. Les différentes versions du missile Shabab, du Sejil, approcheraient ou dépasseraient déjà la portée des 2 000 kilomètres mettant l’ensemble du territoire israélien à portée de tir. Les missiles BM-25 nord-coréens, dont Téhéran aurait fait l’acquisition suivant lesdites études, ont quant à eux une portée de 2 500 kilomètres, quasiment jusqu’à Moscou.  Qui ne s’en inquiète pas outre-mesure…

Théoriquement donc, l’Iran peut dès aujourd’hui frapper Israël. Mais avec des armes non-nucléaires d’une part, relativement imprécises de l’autre. On s’imagine mal les motifs qui pourraient conduire à une telle agression, malgré les relations très dégradées entre les deux États.

 

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