Après l’élection en Colombie : les États-Unis à l’offensive

Javier Tolcachier, Alain, 18 juin 2018

 

En janvier dernier, l’administration Trump a renouvelé sa stratégie de sécurité nationale en remplaçant, comme priorité, la « lutte contre le terrorisme mondial » par le danger représenté par la Russie et la Chine. Ce que nous voulons éviter, a dit Trump, c’est la perte de l’hégémonie américaine et la montée de l’Est en tant que principal pôle planétaire.

Entre-temps, les États-Unis consolident leur domination en Amérique latine, après les coups parlementaires au Honduras, au Paraguay et au Brésil, la victoire de Macri et le Parti Colorado au Paraguay, la réélection de Piñera au Chili, le virage à droite de Moreno en Équateur et l’affaiblissement du gouvernement du FMLN au Salvador. Washington continue son attaque en règle contre le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie pour éliminer toutes les poches de résistance à son hégémonie. Cependant, la situation est précaire et instable. Au Pérou, le parti au pouvoir a déjà été rejeté et le nouveau président Vizcarra est en position de faiblesse. Au Brésil, le golfeur Temer n’a pas l’approbation populaire. Il en va de même avec Juan Orlando Hernández au Honduras, réélu dans des circonstances frauduleuses. Au Guatemala, la démission de Jimmy Morales est exigée par le peuple. Au Mexique, le réformisme progressiste de López Obrador va gagner les élections. En Argentine, les États-Unis ont établi un protectorat économique à travers les fonds vautours et le FMI, ce qui augure d’un énorme conflit social avant l’échec économique et social déjà évident de Macri.

L’enjeu de la Colombie

En Colombie, après les accords de paix, des actions militaires continuent contre des leaders paysans qui s’opposent aux grands propriétaires et aux mégaprojets extractivistes. D’autre part, le pays continue d’être le principal fournisseur de drogues sur le marché américain, augmentant la superficie des cultures de coca au cours des dernières années.

C’est ce qui constitue un argument favorable pour poursuivre l’action militaire des États-Unis sur le territoire colombien. Lors de la dernière visite en Colombie de l’ancien Secrétaire d’État des États-Unis, Rex Tillerson, le gouvernement de la Colombie a assuré sa volonté de former un groupe de travail conjoint pour lutter contre le trafic de drogue. Les États-Unis, quant à eux, ont annoncé le renouvellement de la coopération – une continuité du Plan Colombie conçu pendant la présidence du conservateur Pastrana – pour cinq années de plus.  Sur le plan régional, la Colombie a suspendu ses activités dans UNASUR et conspire ouvertement contre le gouvernement légitime du Venezuela en collaboration avec les pays regroupés dans le « groupe de Lima ».

Alors, que signifie le résultat du deuxième tour pour la région?

Le triomphe d’Ivan Duque représente un renforcement de la subordination politique colombien actuel aux États-Unis, augmentant le risque de raviver le conflit social interne et engager la Colombie dans l’action militaire contre le Venezuela. On peut s’attendre au maintien des troupes américaines et l’utilisation de bases colombiennes par les États-Unis et le déclin des processus d’intégration souveraine.

Duke sera un président faible entre les mains de l’oligarchie, entraînant une accentuation du néolibéralisme pour encore davantage appuyer le secteur de l’agro-business, les finances et les médias, en supprimant toute possibilité de limiter ou de réduire les écarts sociaux. Tout indique que le nouveau président continuera de n’être qu’un satellite des intérêts américains en Amérique latine.

Il ne fait aucun doute que lors de ce deuxième tour, la réaction a réussi à coaliser les médias hégémoniques, les églises rétrogrades et la stratégie de l’administration américaine.

Mais les chiffres montrent également qu’il existe un secteur important de la population qui veut une Colombie différente. En ce sens, les huit millions de voix obtenues sont une voix forte qui place Gustavo Petro comme leader de l’opposition. Avec la résistance citoyenne et rurale, le nouveau gouvernement aura de la peine à exécuter son programme. Cela deviendra probablement encore plus évident dans les futures élections municipales et nationales.

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