Brésil : la fronde réactionnaire

 

Christophe Ventura

Jair Bolsonaro n’a pas encore gagné, mais il en prend le chemin. Son ascension est d’abord le miroir de l’effondrement de la droite traditionnelle brésilienne.

Bolsonaro est un produit politique de la crise démocratique ouverte le 31 juillet 2016 par la destitution, à laquelle il a bruyamment participé, de Dilma Rousseff.

Les deux partis centraux de cette opération aventurière paient aujourd’hui le prix, et le font payer au pays.

Le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) ont engendré un phénomène sur lequel ils ont perdu le contrôle.

Ils sont également laminés par le vote (les deux candidats liés au gouvernement sortant de ces partis structurels du centre droit et de la droite brésilienne peinent à dépasser les 6% du vote).

Jair Bolsonaro remporte 17 États du pays et absorbe littéralement l’électorat, radicalisé, de la droite. Il prend aussi plusieurs États au Parti des travailleurs (PT).

Jair Bolsonaro organise la convergence de trois conservatismes : sociétal, économique et social. Les médias traitent beaucoup du premier (droits des minorités, etc.), mais les deux autres sont fondamentaux pour comprendre la complexité du phénomène.

Jair Bolsonaro prépare un régime libéral-autoritaire dont l’expérience aux Philippines de Rodrigo Duterte peut être assez comparable.

Cet homme qui promet d’éviter au  » Brésil de devenir un nouveau Venezuela gouverné par des communistes » est l’expression d’une nouvelle situation politique populiste en Amérique latine, au coeur de laquelle se trouvent les classes moyennes et une partie des classes populaires qui aspirent à les intégrer.

Le PT n’a pas perdu même si Fernando Haddad est aujourd’hui « outsider ». Ce que fera l’électorat du centre-droit sera déterminant dans un résultat qui devrait être étroit.

La physionomie du Congrès sera l’une des plus complexes que le pays ait connu. Le PT reste le premier parti à la Chambre des députés avec 57 représentants, juste devant le Parti social libéral de Jair Bolsonaro qui opère une puissante percée (51). Cependant, en cas d’alliances du PSL avec les partis de droite, le PT sera englouti. Dans une configuration différente, la situation sera identifique au Sénat.

Une chose est sûre : le résultat du 28 octobre ne signifiera pas la fin de la crise démocratique traversée par la 8ième puissance du monde.

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