Brésil : Une victoire, pas un triomphe

L’élection de Jair Bolsonaro est une victoire. Pas un triomphe. Le parti de Lula sera la plus grande force d’opposition au Congrès. Et la montée de l’extrême droite a poussé à un engagement inédit de la société civile. L’ex-capitaine nostalgique de la dictature (1964-1985) a contre lui des figures respectées, tel l’ancien président de la Cour Suprême Joaquim Barbosa, à l’origine des accusations contre des cadres du PT dans l’affaire du « mensalao ». « Pour la première fois en trente-deux ans d’exercice de mon droit de vote, un candidat m’inspire de la peur », a-t-il affirmé la veille du scrutin en donnant sa voix à Fernando Haddad.

Le militaire de réserve a aussi forcé une partie de la presse à se positionner. Ainsi de la Folha de Sao Paulo, attaquée par Jair Bolsonaro après avoir fait état de possibles malversations financières et de divulgation massive de « fake news » par son équipe de campagne. « La Folha n’est pas en guerre contre Bolsonaro ni aucun candidat, mais se bat pour la démocratie », explique le quotidien dans un éditorial publié dimanche.

« Jair Bolsonaro a, dans son programme, une série de mesures impopulaires et polémiques. Le PT peut prendre le leadership de la contestation », présage le politologue et sociologue Ruda Ricci.

Mais l’existence d’une union sacrée, alliant gauche et droite contre le huitième chef d’Etat de la Nouvelle République (commencée au retour de la démocratie en 1985), paraît délicate. La droite traditionnelle, incarnée par le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), sort disloquée de ce scrutin. Incapable de se qualifier pour le second tour, la formation se déchire entre ceux qui entendent maintenir une posture républicaine, tel l’ancien président Fernando Henrique Cardoso, et d’autres tel Joao Doria, tout juste élu gouverneur de Sao Paulo, prêts à pactiser avec Jair Bolsonaro.

« Le souhaitable serait que l’opposition ne signe aucune trêve avec Bolsonaro. Et que les forces s’agglutinent, explique Carlos Melo, professeur de sciences politiques à l’Institut d’études supérieures de commerce et d’ingénierie à Sao Paulo. Mais il est probable que les différents partis d’opposition se fragmentent et compromettent l’union d’une force d’opposition. »

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