Canada : complice dans la crise du Venezuela

AMADEUS NARBUTT, extrait d’un texte paru dans Canadian dimension, 30 AOÛT 2019

Bref rappel

Hugo Chávez a dirigé le mouvement qui avait connu un essor fulgurant à une époque connue sous le nom de « vague rose », lorsque les gouvernements de gauche ont été élus à la suite de manifestations anti-néolibérales à travers le continent dans les années 1990 et 2000. Alors que cette avancée a reculé dans des endroits tels que l’Équateur et le Brésil dans les années 2010, elle s’est enlisée au Venezuela dans les méandres de la corruption et de l’autoritarisme sous le successeur de Chávez, Nicolas Maduro. La modernisation du Venezuela par Chávez et la construction d’un État-providence vigoureux ont été construites sen reprenant le contrôle de l’industrie pétrolière du Venezuela, qui représentait 98 % des recettes d’exportation et près de 50 % de son produit intérieur brut (PIB). Lorsque les prix du pétrole ont chuté de 70 % entre 2014 et 2016, l’économie du Venezuela s’est effondrée, d’où la contraction du PIB, la hausse de la dette, l’hyperinflation et en général le chaos. Aujourd’hui sévit au Venezuela la plus grande crise humanitaire de l’hémisphère occidental. Lorsque Maduro a été réélu à l’été 2018 lors d’un vote largement perçu comme frauduleux Juan Guaidó, président de l’Assemblée nationale, s’est déclaré président par intérim du Venezuela avec le soutien des États-Unis.

Une politique mal avisée

Le Canada s’est impliqué dans la crise principalement par sa participation au groupe dit « de Lima », soi-disant pour promouvoir une politique de promotion de la démocratie et des droits de l’homme. En principe, le groupe de Lima a pour but de forcer le retrait de Maduro et de garantir une transition pacifique vers la démocratie au Venezuela « sans recourir à la force ». Toutefois, en pratique, le recours aux sanctions imposées par les États-Unis contribue à punir le peuple du Venezuela tout en étant non conformes aux principes de l’ONU et du droit international.

En réalité, les actions du Canada, en coordination avec le groupe de Lima, ne correspondent pas aux objectifs d’une transition pacifique et démocratique.

Les opposants à Maduro autour du chef de l’opposition de Guaidó travaillent à fomenter le chaos d’où surgirait, espèrent-ils un coup d’état. Pendant ce temps, les efforts des États-Unis se sont récemment étendus à un embargo économique complet du Venezuela . Même si le Canada n’a pas encore adopté la même politique, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré que le Canada était en train « d’ examiner » la possibilité de geler tous les avoirs du gouvernement vénézuélien.

Selon John Galbraith de l’Université de Pennsylvanie, les sanctions américaines actuelles (décret 13808), sont promues par les États-Unis, à l’encontre de la majorité des États latino-américains, y compris ceux qui sont regroupés dans l’initiative dite de Lima.

L’ancien rapporteur des Nations unies, Alfred de Zayas, a publié un rapport dévastateur sur la situation humanitaire au Venezuela, dans lequel il critique le rôle du complexe militaro-industriel, des sociétés transnationales et des intérêts financiers internationaux dans la poursuite d’une guerre économique unilatérale contre le Venezuela. Les résultats de ces sanctions sont si graves que de Zayas a recommandé d’invoquer l’article 96 de la Charte des Nations Unies pour demander un avis sur l’affaire à la Cour internationale de Justice (CIJ). Selon Jeffrey Sachs de l’Université Columbia, les sanctions auraient entraîné environ 40 000 décès entre 2017 et 2018.

Les sanctions empêchent également le Venezuela d’accéder au système financier international, ce qui l’empêche de restructurer sa dette pour réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Entretemps, les dirigeants de l’opposition tentent d’ empêcher le gouvernement Maduro d’accéder à ses propres réserves d’or à l’étranger.

Pourquoi?

Les États-Unis sont intérêt à voir la fin du régime de Maduro en raison de la poursuite de sa politique de nationalisation du secteur des ressources naturelles. Lorsque Chávez a nationalisé l’industrie de l’extraction de l’or au Venezuela, cela a été publiquement rapporté comme une menace pour les intérêts américains.  Des sociétés canadiennes ont poursuivi le gouvernement vénézuélien pour des centaines de millions de dollars en réponse à la saisie d’actifs. L’ancien économiste en chef de la Banque interaméricaine de développement (une institution dirigée en fait par la Banque mondiale), Richard Hausmann, a été désigné par Juan Guaidó pour coordonner sa politique économique. Hausmann est partisan d’une intervention militaire contre le Venezuela.

Ce qu’il faut faire

La levée des sanctions et de l’embargo économique est une priorité absolue pour que le peuple vénézuélien ne soit plus asphyxié par les restrictions financières imposées au gouvernement Maduro. Le Canada et le Groupe de Lima devraient continuer d’appuyer les pourparlers de paix soutenus par la Norvège et condamner catégoriquement toute nouvelle menace d’action militaire des États-Unis.

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