Canada : Justin Trudeau et l’art du mensonge

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Mario Kawas, Canadian Dimension, 9 juin 2020

 

Au cours de la fin de semaine, le premier ministre Justin Trudeau a assisté à un rassemblement contre le racisme à Ottawa et a marqué une séance photo alors qu’il se mettait à genoux aux côtés des manifestants, soit-disant pour montrer le sérieux de son gouvernement dans la lutte contre le racisme et la violence policière. Cependant, pour de nombreuses communautés, le geste était pire qu’hypocrite – c’était insultant. Pour tous ceux qui ont été victimes du racisme du gouvernement canadien, que ce soit les Wet’suwet’en et les autres peuples autochtones de la Garnde tortue, les communautés de couleur marginalisées dans les grandes villes ou les Palestiniens qui luttent pour la dignité, la discrimination systémique qui imprègne la politique officielle canadienne est bien trop réel.

Récemment, un fort mouvement s’est uni pour s’opposer à la tentative du gouvernement Trudeau d’obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Bien que des groupes et des individus progressistes aient jeté les bases de ce problème depuis la fin de l’année dernière, il a été mis sous les projecteurs nationaux au cours du dernier mois avec diverses pétitions, déclarations et couverture médiatique dans le cadre de la campagne # NoUNSC4Canada .

Pour les militants palestiniens, cet appel à refuser au Canada cesiège tant convoité au Conseil de sécurité est une importante. Depuis 1947, le Canada joue un rôle négatif aux Nations Unies en ce qui concerne les droits inaliénables du peuple palestinien. De Lester B. Pearson, surnommé le «Balfour du Canada», et son rôle dans la préparation et l’adoption du fameux plan de partage, aux 15 ans de vote anti-palestinien à l’Assemblée générale des Nations Unies – et tous les plans de « réinstallation des réfugiés » entre les deux — il importe le gouvernement canadien soit enfin tenu responsable.

Bien entendu, la complicité du Canada dans le racisme systémique ne se limite pas aux votes des Nations Unies. Le refus du gouvernement libéral d’étiqueter avec précision les produits expédiés des colonies israéliennes illégales, ainsi que sa tendance à qualifier l’ activisme pro-palestinien légitime de «antisémite», et son habitude de salir le mouvement BDS tout en augmentant le la portée de l’Accord de libre-échange Canada-Israël, s’inscrit dans un schéma de soutien «à toute épreuve » à Israël (pour citer la vice-première ministre Chrystia Freeland).

L’an dernier, Freeland adéclaré que le Canada pourrait être « un atout pour Israël » au sein de l’ONU. On ne peut que spéculer sur ce que cela impliquerait, mais cela n’aurait probablement rien à voir avec la défense des droits humains fondamentaux des Palestiniens ou avec la dénonciation de la mise en place par le gouvernement israélien d’un racisme institutionnalisé et des violences découlant de l’occupation militaire violente et illégale

Les Palestiniens connaissent bien la duplicité des responsables canadiens. En novembre 2019, Trudeau a montré son parti pris anti-palestinien en se précipitant pour calomnier les manifestants étudiants de l’Université York comme «antisémites» lorsqu’ils ont contesté la présence de réservistes militaires israéliens sur le campus.

Plus récemment, après avoir mis des semaines à exprimer une opinion, Trudeau s’est finalement prononcé sur les derniers plans d’annexion d’ Israël pour la Cisjordanie. Il a prétend les «déplorer», mais sans au-delà de cette rhétorique pour envisager la possibilité de sanctions contre le gouvernement israélien (le Canada a actuellement imposé des sanctions contre 19 pays, dont neuf dans le monde arabe).

Selon la présidente de l’Association Canada Palestine, Hanna Kawas, « Si le gouvernement canadien est sérieux dans cette expression tardive de l’opposition aux politiques illégales d’Israël, alors le minimum attendu est d’imposer des sanctions au gouvernement israélien jusqu’à ce qu’il respecte le droit international. L’action a plus de poids que les mots ».

Les militants palestiniens demandent des mesures concrètes pour lutter contre les violations flagrantes du droit international par le gouvernement israélien, et non des séances photo ou des gestes et des déclarations creuses – en particulier lorsque ces déclarations ne semblent être faites qu’aux moments les plus opportunistes et sont clairement égoïstes.

La détermination du gouvernement Trudeau à obtenir un siège au Conseil de sécurité, qui semblait être une simple opération de relations publiques il y a un an, est maintenant devenue beaucoup plus odieuse. Le gouvernement canadien a choqué des groupes sociaux et environnementaux en méprisant les droits des Autochtones avec l’incursion militarisée de la GRC sur le territoire souverain de Wet’suwet’en pour ouvrir la voie à la construction d’un pipeline. Ensuite, il y a eu le soutien vocal du gouvernement Trudeau à un «coup d’État doux» au Venezuela, ainsi que son soutien continu au régime répressif en Haïti .

Le Canada s’est également abstenu en 2000 d’une résolution critique du Conseil de sécurité qui demandait l’envoi d’une force de protection internationale pour protéger la population civile palestinienne des crimes de guerre israéliens. Cette position canadienne était conforme aux impératifs de la politique étrangère américaine qui s’opposaient à une telle force. La résolution a obtenu huit voix, mais il en fallait neuf pour être adoptée. L’abstention du Canada a contribué à faire échouer la résolution et, en conséquence, l’a rendue complice des atrocités qui ont suivi contre les Palestiniens et qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui.ion internationale. L’important est de ne pas laisser les représentants des États seuls maîtres des décisions.