Canada : mobilisation des Anishinabés

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Shannon Chief et Emma Lui, Rabble, 2 octobre 2020

 

À plus de 200 kilomètres au nord de Chelsea, les Anishinabés (que les Français appelaient les Algonquins)  du lac Barrière ont mis en place des camps pacifiques et des blocus pour imposer un moratoire sur la chasse à l’orignal sur leur territoire à la réserve faunique La Vérendrye.

Les populations d’orignaux diminuent rapidement. Après que les demandes répétées de mise en œuvre d’un moratoire aient été ignorées par le gouvernement du Québec, les Algonquins du lac Barrière prennent position pour protéger l’orignal.  

Au nom de la Coalition La Pêche pour un New Deal vert, je me suis rendu dimanche au Camp Larouche, l’un des neuf camps, pour déposer les fournitures données. Les connaissances et la souveraineté autochtones sont au cœur d’un New Deal vert. La crise climatique altère les écosystèmes qui à leur tour affectent les populations d’orignaux.

La Pêche est sur un territoire algonquin non cédé et non cédé. Les membres du lac Barrière et de la ville voisine de Kitigan Zibi ont appelé à l’appui des gens de la région de l’Outaouais et d’ailleurs. 

J’ai interviewé Shannon Chief, l’un des principaux organisateurs du Camp Larouche, qui vient du lac Barrière.

Pourquoi les Algonquins du lac Barrière réclament-ils un moratoire sur l’orignal?

Les populations d’orignaux ont beaucoup diminué au cours des dernières années. L’orignal est chassé plus vite qu’il n’est reproduit. L’exploitation forestière a laissé l’orignal sans protection contre les prédateurs.

L’orignal est la principale source de nourriture de notre peuple. Je suis mère et grand-mère et je m’inquiète de ce que mes enfants et mes petits-enfants vont chasser et manger si nous ne trouvons pas un moyen de protéger la population d’orignaux.

La politique divise notre peuple depuis si longtemps, il est donc difficile de réunir notre communauté. Mais la nourriture que nous mangeons est quelque chose qui nous relie tous.

Pourquoi des camps et des blocus ont-ils été mis en place?

L’année dernière, notre peuple a distribué des brochures aux chasseurs sur le déclin de la population d’orignaux. Nous avons tenté d’amener la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) à mettre en place un moratoire. La Sépaq n’a rien fait d’autre que de réduire le nombre de permis de 250 à 175. Nous avons donc mis en place les camps et les blocus le 13 septembre pour arrêter les chasseurs de trophées. Nous ne voulons pas entrer en guerre avec des non-autochtones. Nous faisons cela parce que nous devons protéger l’orignal. Nous bloquons donc les routes pour empêcher les chasseurs de trophées d’entrer dans le parc pendant la saison de chasse jusqu’au 12 octobre.

Depuis combien de temps la chasse est-elle autorisée dans la région?

La Vérendrye était autrefois un parc protégé et la chasse n’était pas autorisée. Nos aînés parlent de l’époque où les orignaux étaient abondants sur notre territoire. Mais ensuite, le gouvernement du Québec a autorisé la chasse sportive dans les années 1960. Le gouvernement se concentre étroitement sur l’argent qu’il tire de la chasse à l’orignal. On demande à la Sépaq de rembourser les chasseurs. Les gouvernements du Canada et du Québec sont tellement concentrés sur la croissance de leur économie. Nous sommes privatisés de toutes les manières. Ils sont venus pour prendre les arbres. Ils sont venus chez moi. Ils veulent construire des pipelines. Et maintenant, ils menacent l’orignal.

Comment les Algonquins ont-ils historiquement géré la population d’orignaux?

Lorsque nous chassons, nous gérons soigneusement la population d’orignaux. Nous ne tuons ni les veaux ni les femelles. Nous ne mettons pas la tête de l’orignal sur notre voiture pour montrer ce que nous tuons. On trouve souvent des orignaux sans tête. Lorsque nos gens mangent de l’orignal, nous utilisons toutes les parties. Un orignal nourrit 5 à 6 familles pendant une année entière. Nous sommes reconnaissants que cet animal ait sacrifié sa vie pour que nous vivions. Nous utilisons la peau pour l’art et l’artisanat. Nous apprenons à nos enfants à bronzer. Notre communauté récolte 20 à 25 orignaux pour se nourrir en un an. Les chasseurs de la Sépaq récoltent entre 80 et 90 orignaux pendant la saison de chasse de quatre semaines. Les peuples autochtones ont des droits de chasse en vertu des traités et de la Loi constitutionnelle. Mais les non-autochtones ne savent pas ou ne comprennent pas toujours cela. Cela devient très tendu lorsque des non-autochtones voient nos gens chasser.

Quelles sont les réponses du gouvernement du Québec et des chasseurs aux blocages?

e gouvernement a condamné nos blocus. La Sépaq ne remboursera pas les chasseurs. [Député d’Abitibi-Est et ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs Pierre] Dufour considère les chasseurs non autochtones comme plus importants que l’orignal et ne nous accordera pas de moratoire cette année ou l’année prochaine. Dufour a déclaré qu’il était ouvert à la discussion, mais a également déclaré qu’il était ouvert à faire appel à la sécurité publique pour donner accès aux chasseurs. Les peuples autochtones le voient partout sur l’île de la tortue. Les gouvernements font appel à la police pour protéger leurs intérêts financiers sans respecter leurs obligations conventionnelles. La plupart des chasseurs écoutent et partent paisiblement, mais il y a eu des interactions tendues et des messages racistes et menaçants en ligne.

Que peuvent faire les non-autochtones pour soutenir le moratoire sur l’orignal?

Ils peuvent signer la pétition Protéger l’orignal dans la réserve faunique La Vérendrye sur change.org, faire un don à la campagne Facebook ou envoyer un transfert électronique à v.marchand@uottawa.ca . Nous avons besoin qu’ils communiquent avec le gouvernement – écrivez ou appelez leur député local et contactez le MFFP en écrivant ( ministre-mffp@mffp.gouv.qc.ca ) ou en appelant (418.643.7295).