Colombie : de l’autre côté du miroir

 

Atilio Boron, Alai, 19 juin 2018

Menacés comme jamais auparavant, les forces de l’ancien ordre social se sont regroupées et ont prévalu lors de l’élection présidentielle en Colombie. Le candidat promu par l’ancien président Uribe, Iván Duque a remporté 54% des voix tandis que Gustavo Petro, candidat de la coalition Colombie Humana et ancien maire de Bogota en a récolté 42%. Le taux de participation a légèrement dépassé 51%, un chiffre prometteur face à l’absentéisme persistant dans les sondages d’un pays où le vote n’est pas obligatoire.

Au-delà de cette victoire de la droite apparaît une autre dynamique. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, le bipartisme traditionnel de la droite est cassé. L’émergence de la candidature de centre-gauche de Gustavo Petro est une percée authentique et prometteuse et peut-être même le début de la fin d’une époque.

La prochaine étape sera avec les élections régionales en Octobre où la Coalition de Petro (Colombie Humana 2019) pourrait récupérer la mairie de Bogota et d’autres grandes villes, notamment Cali. Pendant ce temps Ivan Duque promet d’accomplir ce qu’il a promis son patron, Alvaro Uribe :  arrêter l’assainissement du pouvoir judiciaire, mettre fin aux accords de paix, assurer l’impunité à l’ancien président pour lui éviter la prison, etc.

Pour revenir à la transformation en cours, personne n’aurait rêvé, il y a à peine trois mois la poussée d’une force de centre avec un ancien guérillero candidat à la présidence. Avec plus de huit millions de voix, c’est une rupture. Parfois, il y a des défaites qui anticipent les victoires futures. Comme ceux de Salvador Allende au Chili aux élections de 1964, ou celle Lula au Brésil en 1998. Seuls ceux qui marchent marchent et le peuple colombien a commencé. Il a trébuché, mais il se lèvera et tôt ou tard, il donnera naissance à un nouveau pays.

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