Djibouti : un volcan qui risque d’exploser 

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Mahamoud Djama, « La Voix de Djibouti »,17 juin 2020

A Djibouti, le régime d’Ismaël Omar Guelleh est confronté à un mouvement de contestation. Parallèlement, le pays a multiplié les initiatives diplomatiques pour tenter d’obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’Onu. Pour Mahamoud Djama, responsable du site « La Voix de Djibouti », la diplomatie est une vitrine pour faire oublier la situaiton intérieure. Des propos recueillis pas Stéphanie Hartmann.

A la suite d’une vidéo postée sur Facebook dans laquelle un lieutenant Fouad Youssouf Ali dénonçait ses conditions de détention, des manifestations violentes de protestation ont éclaté. Tout d’abord, qui est Fouad Youssouf, accusé de « rébellion » et « atteinte à la sûreté de l’État » ?

Il s’agit d’un lieutenant de l’armée de l’air djiboutien, un pilote, qui a disparu des écrans radars pendant presque deux mois. Après son extradition d’Ethiopie, il a posté une vidéo enregistrée à la prison centrale de Gabode. Fouad Youssouf Ali y décrit ses conditions terribles de détention, mais également les sévices qu’il a subis. La vidéo a profondément choqué la population djiboutienne qui n’a pas hésité à descendre dans les rues pour exprimer son mécontentement. C’est une forte contestation sociale qui est en train de monter. Les Djiboutiens descendent dans les rues de manière massive et pour y répondre, le gouvernement djiboutien utilise la force pour les empêcher de manifester correctement.

Les manifestations, déclarées illégales par le régime, se poursuivent-elles à Djibouti ?

Les manifestations se poursuivent de quartier en quartier surtout la nuit. La population n’ose pas manifester en journée car elle est traumatisée par ce qui s’est passé les premiers jours. Le régime a utilisé des forces disproportionnées par rapport aux manifestations pacifiques.

N’est-ce pas paradoxal pour un régime qui se veut l’artisan de la paix dans la région, -mais qui considère toujours l’Erythrée comme un territoire ennemi-, de faire la guerre à sa population ?

C’est vraiment paradoxal de voir le régime djiboutien qui ne fait absolument rien pour la population djiboutienne. Il n’y a pas de négociation possible entre les Djiboutiens. Ce régime essaye de prôner la paix à l’extérieur, mais c’est une vitrine. Cela fait partie des argumentaires, du paradigme dans lequel le régime djiboutien essaye de faire croire à l’extérieur que Djibouti est un pays stable, que c’est un pays de paix alors qu’à l’intérieur de ses frontières, il n’y a aucune liberté. C’est une paix imposée par les armes. Le régime de Djibouti est un volcan dont on se demande quand il va exploser.

Le pays accueille depuis dimanche des pourparlers entre la Somalie et le Somaliland, en présence du Premier ministre éthiopien, prix Nobel de la Paix, Abiy Ahmed. Comment faut-il comprendre cet activisme diplomatique ?

 

Djibouti utilise souvent la situation externe pour cacher ce qui se passe en interne. Cette conférence n’était pas prévue dans les agendas. C’était une surprise. Personne ne s’y attendait.  Beaucoup de personnes et d’observateurs n’attendent pas de résultats de cette conférence vu que les positions opposées entre les deux pays.

Le pays cherche donc à briguer un siège au Conseil de sécurité de l’Onu, un siège disputé par le Kenya aussi. L’Assemblée générale doit voter ce mercredi. Pensez-vous que l’élection de Djibouti serait un mauvais signal envoyé par l’Onu pour la promotion de la paix et de la sécurité ?

Au regard des pays qui respectent les droits de l’homme, on constate que ce siège n’a pas de sens à Djibouti. Par ailleurs, lors de son vote, l’Union Africaine a mis Djibouti sur la sellette. Il y a une semaine, l’Union Africaine a d’ailleurs confirmé à New York qu’elle demandait au reste des pays de l’ONU de voter pour le Kenya. Selon elle, le Kenya est le meilleur candidat de l’Afrique. Effectivement, ce serait un mauvais signal de voir Djibouti au Monseil de sécurité. Cependant, le respect des droits humains n’est pas une condition sine qua non pour accéder à ce siège. Il suffit de voir l’Arabie Saoudite.