Dix crises qui ébranlent le monde

René Backmann, Médiapart, 4 févreir 2019

Paris – Afghanistan, Ukraine, Venezuela, Syrie, Cameroun… dix conflits ou zones d’instabilité persistent ou émergent sur une scène géopolitique où les coups de tête de Donald Trump bousculent des équilibres précaires et déroutent diplomates et militaires. Avec le Moyen-Orient, qui demeure explosif, l’Afrique est menacée par de nouvelles flambées de violence.

Dans un monde exposé à l’aventurisme irrationnel de Donald Trump et aux incartades impunies d’un nombre croissant de dirigeants démagogues et autoritaires, une dizaine de conflits, au moins, doivent être suivis de près, en raison de leur bilan, déjà désastreux, et des risques de déstabilisation qu’ils présentent pour leur région ou pour la planète.

C’est la conviction de Rob Malley, ancien conseiller des présidents américains Clinton et Obama et aujourd’hui président de l’ONG International Crisis Group (ICG), dont la mission est de prévenir et contribuer à résoudre les conflits meurtriers grâce à une analyse de la situation sur le terrain et des recommandations. Dans un document qu’il vient de rendre public, Rob Malley dresse la liste des « Dix conflits à surveiller en 2019 »et examine leurs principales caractéristiques.

La présence dans cette liste de plusieurs conflits meurtriers en cours depuis des années – Yémen, Afghanistan, Syrie, Sud-Soudan, Ukraine – n’est pas une surprise. Mais on y trouve aussi d’autres crises, à bas bruit ou en devenir – Nigeria, Cameroun, Venezuela -, et deux situations de conflit ou d’instabilité – la tension Chine-États-Unis, avec ses manifestations en mer de Chine du Sud -, et le face-à-face au Moyen-Orient entre l’Arabie saoudite, les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran d’autre part.

En revanche, on peut s’étonner de ne trouver dans cette liste ni la crise du Sahel, qui implique la France et touche à la fois la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad, ni la Somalie, ni la Libye, ni la République populaire du Congo où une récente élection présidentielle contestée s’est déroulée dans un contexte d’affrontements entre groupes armés et d’exactions dues aux militaires. On n’y trouve pas mention non plus de la Birmanie, où le nettoyage ethnique entrepris depuis 2017 par l’armée avec l’aval, voire le soutien, d’Aung San Suu Kyi, contre la minorité ethnique musulmane des Rohingyas, a provoqué la fuite de plus de 720 000 personnes vers le Bangladesh voisin où ils ne sont pas toujours les bienvenus, ce qui nourrit les tensions régionales.

On n’y trouve pas, enfin, la Palestine, où se poursuivent l’occupation et la colonisation israéliennes sur fond de rivalité Hamas-Fatah, tandis que le gouvernement de Benjamin Netanyahou continue de détruire impunément toutes les possibilités de parvenir à une paix fondée sur la coexistence de l’État juif et d’un État palestinien. Et cela alors que le premier ministre israélien, fort du soutien aveugle de Trump, compte sur les élections législatives d’avril pour éclipser les accusations de corruption qui pèsent sur lui.

Dans ce nouveau déséquilibre mondial « de moins en moins régulé par le droit » , où le « multilatéralisme et ses contraintes » sont largement contestés et défiés, les initiatives solitaires, irréfléchies et souvent imprévisibles du président américain ont, selon Rob Malley, clairement contribué à compliquer un peu plus deux conflits – Afghanistan et Syrie – qui n’en avaient pas besoin.

En Afghanistan , où un dialogue s’amorçait entre les talibans, maîtres désormais de la moitié du pays, et lesÉtats-Unis qui déploient encore 14 000 soldats, l’annonce par Donald Trump, quelques jours avant Noël, d’un prochain retrait de la moitié de la force expéditionnaire américaine a vivement inquiété les voisins – Iran, Pakistan, Russie, Chine – et indigné le président afghan Ashraf Ghaniqui s’estime « trahi » par son allié et protecteur, sans assouplir la position des talibans, qui se comportent comme s’ils venaient de remporter une victoire diplomatique.

Adeptes de la doctrine des deux fers au feu, c’est-à-dire de la violence alternant avec le dialogue, les talibans viennent d’annoncer leur retour à la table des négociations, quelques heures après avoir revendiqué une attaque contre une base de l’armée afghane qui a fait plus de 80 morts. Ce qui ne simplifie pas la tâche de l’émissaire de paix américain, pris de court dans cette affaire par son propre président. « Les festivités quiavaient accueilli le cessez-le-feu en juin révélaient l’ampleur du soutien pour la paix et des signes multiples confirment que les principaux protagonistes sont ouverts à un règlement , constate Rob Malley. Mais c’est depuis toujours un pari risqué. Et la décision de Trump n’a fait qu’aggraver les risques » .

En Syrie , où le régime de Bachar al-Assad, avec l’aide de ses alliés russes et iraniens, est en train de gagner sur le terrain la guerre contre l’opposition, tandis que le combat de la coalition internationale contre lesdjihadistes du groupe État islamique (Daech), qui a perdu la moitié de ses effectifs et la quasi-totalité de ses positions, approche de son terme, l’annonce par Trump, le 19 décembre, du prochain retrait des 2 000 militaires américains déployés en Syrie a bouleversé le fragile équilibre du conflit. Et gravement augmenté le risque d’une confrontation impliquant la Turquie, ses alliés syriens, les Kurdes de Syrie, le régime de Damas et ses alliés.

Confrontation qui offrirait à Daech une chance de survie en alimentant le chaos sur lequel il se développe. Et qui pourrait, selon le politologue Ziad Majed, professeur à l’Université américaine de Paris, être exploitée par Moscou pour permettre la reprise de contrôle du nord du pays par son allié de Damas. Situation confuse que pourraient exploiter aussi l’Arabie saoudite, qui entend contenir la présence d’Ankara en Syrie, et Israël, qui poursuit, sans opposition crédible, ses raids aériens contre les cibles iraniennes et les forces duHezbollah en Syrie. Avec l’objectif d’interdire l’installation d’une présence miliaire iranienne durable à sa frontière nord.

Troisième conflit en cours « à surveiller » , selon Malley, le Yémen – en particulier le port d’Al-Hodeïda, sur la mer Rouge, théâtre depuis juin 2018 de combats meurtriers – connaît depuis un peu plus d’un mois une trêve fragile mais réelle. Entre les rebelles houthis, qui s’étaient soulevés en 2014 pour dénoncer la marginalisation dont ils s’estimaient victimes, et le gouvernement de Sanaa, un cessez-le-feu a été signé à Stockholm le 13 décembre et, malgré quelques bavures, l’accord semble tenir. Un échange de prisonniers portant sur 15 000 personnes est même en discussion à Amman.

Ravageant l’un des États les plus pauvres de la planète, ce conflit, qui a fait près de 10 000 morts, a plongé ce pays de 26 millions d’habitants dans une crise alimentaire majeure : 20 millions de personnes reçoivent l’aide humanitaire de l’ONU. La question est maintenant de savoir si les belligérants respecteront l’accord. Et surtout, si les alliés et « protecteurs » du gouvernement yéménite, c’est-à-dire l’Arabie saoudite et lesÉmirats arabes unis, entrés en guerre en 2015 contre la rébellion houthie qu’ils accusent d’être soutenue par l’Iran, accepteront une paix négociée.

Armés et aidés par les États-Unis et d’autres pays occidentaux, dont la France, Riyad et Abou Dabi, qui ont multiplié les frappes contre les civils pendant leurs opérations, semblent penser que le temps joue en leur faveur et qu’une victoire militaire est possible, ce dont une paix négociée les priverait. Et les Houthis peuvent nourrir la même ambition. Selon Rob Malley, « seules des pressions de l’Europe, d’Oman, de l’Iran sur les Houthis ; des États-Unis sur l’Arabie saoudite et les Émirats ; de ces deux pays sur le gouvernement yéménite et du Congrès sur l’administration américaine sont en mesure d’éviter le pire » .

Au Cameroun, la révolte des séparatistes anglophones

Trois pays africains – le Nigeria, le Cameroun et le Soudan du Sud – figurent dans la liste des « conflits à surveiller » . Au Nigeria , c’est la succession de quatre scrutins en deux mois – présidentiel et législatif le 16 février, puis élections des gouverneurs d’État et des assemblées locales en mars – qui alarme Rob Malley. Dans un pays où les niveaux de criminalité et d’insécurité sont, depuis toujours, très élevés, lesaffrontements politiques liés aux élections sont d’autant plus redoutables que l’opposition n’a confiance ni dans la commission chargée d’organiser les scrutins ni dans les forces de sécurité. En 2011, rappelle-t-il, des disputes électorales s’étaient transformées en affrontements ethniques qui avaient fait 800 morts.

À cela s’ajoutent : dans le nord-est du pays, les combats entre l’armée régulière et les djihadistes de Boko Haram, dont les civils sont les principales victimes (1 200 morts) ; dans le centre, les affrontements (1 600 morts) entre les bergers musulmans et les agriculteurs chrétiens ; et dans le delta du Niger, riche en pétrole mais délaissé, la colère croissante des habitants contre les promesses oubliées du pouvoir central : dépollution, construction d’infrastructures et augmentation des investissements sociaux. « Commencer par obtenir des forces de sécurité qu’elles soient impartiales, des partis politiques qu’ils s’engagent à faire campagne pacifiquement et que la loi soit respectée ne résoudrait pas tous les problèmes du Nigeria , estime Malley. Mais ce serait un début. »

Au Cameroun , où Paul Biya, 85 ans, au pouvoir depuis 36 ans, a été réélu pour un septième mandat en octobre dernier, c’est la révolte des anglophones (un cinquième de la population) contre la domination écrasante de la langue française qui menace de se transformer en guerre civile et de déstabiliser le pays et la région. Publique depuis 2016, lorsque des enseignants et avocats avaient manifesté contre l’omniprésence du français dans l’enseignement et la justice, cette protestation a rapidement pris la forme d’une révolte contre la marginalisation de la minorité anglophone.

Au lieu d’entendre les griefs des anglophones et d’ouvrir un dialogue avec leurs représentants, Paul Biya, fidèle à ses pratiques, a emprisonné les militants les plus actifs. Le résultat a été de jeter dans les bras des groupes séparatistes ceux qui ne réclamaient qu’une autonomie locale. Et de provoquer la création d’une dizaine de milices séparatistes qui affrontent l’armée et la police, sous la direction de deux organisations installées à l’étranger : le Gouvernement provisoire d’Ambazonie (le nom de l’État anglophone à créer) et leConseil de gouvernement d’Ambazonie.

Désormais, les séparatistes ne se battent pas seulement contre les forces de sécurité mais aussi contre des « milices d’autodéfense » à la solde du pouvoir, tandis que des gangs criminels profitent du chaos pour étendre leur pouvoir. Selon les recherches sur le terrain menées par ICG, 200 soldats et policiers ainsi que 600 séparatistes ont été tués au cours de ces affrontements, tandis que 30 000 civils anglophones trouvaient refuge au Nigeria et 437 000 dans d’autres régions, plus calmes, du Cameroun. Pour tenter de désamorcer la crise, Biya a fait libérer en décembre 289 manifestants anglophones. Mais des centaines d’autres, dont plusieurs dirigeants séparatistes, restent sous les verrous. Et aucune des revendications des anglophones n’a été prise en compte. En d’autres termes, les conditions sont réunies pour que le pays glisse vers un conflit majeur.

Au Soudan du Sud , où la dernière guerre civile vient de faire 400 000 morts en cinq ans, les deux principaux protagonistes, le président Salva Kiir et son ancien vice-président, Riek Machar, devenu chef de la rébellion, ont signé en septembre un accord de paix en vertu duquel ils décident de respecter un cessez-le-feu et de gouverner ensemble jusqu’aux élections prévues pour 2022. Bonne nouvelle. Sauf que cet accord ressemble beaucoup à celui qu’ils avaient déjà signé ensemble en 2015 et qui n’a tenu qu’un an.

Autre source d’inquiétude, les arrangements de sécurité pour la capitale, Djouba, et le plan d’unification des forces armées, demeurent discutés. Et des informations circulent selon lesquelles des combattants seraient en cours de recrutement, d’un côté comme de l’autre. Enfin, les donateurs qui doivent financer leredémarrage de l’économie en ruine attendent des preuves concrètes de la volonté de paix des deux dirigeants avant de s’engager.

Seule crise « à surveiller » sur le sol européen, celle de l’ Ukraine est aussi l’une des plus inquiétantes, en raison notamment des risques d’escalade incontrôlable qu’elle présente. Depuis 2014, la guerre entre l’armée de l’ancienne république soviétique, devenue indépendante en 1991, et les séparatistes soutenus par Moscou a déjà tué 10 000 personnes. Et débouché sur l’annexion de la Crimée par la Russie et l’apparition dans l’est du pays de deux régions séparatistes : la « république » de Donetsk et la « république » de Lougansk, où les combats se poursuivent entre l’armée et les miliciens pro-russes.

Alors que le processus de négociation de Minsk, auquel participent, avec la Russie et l’Ukraine, la France et l’Allemagne, n’a produit depuis 2015 aucune avancée majeure vers la paix ou le retour à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, la capture, en novembre 2018, par la marine russe de trois navires de guerre ukrainiens et de leurs équipages dans le détroit de Kertch, qui séparait la Crimée de la Russie avant qu’un pont spectaculaire ne scelle l’annexion, a montré que le Kremlin entendait renforcer son contrôle sur cette région et rendre irréversible une annexion que Paris comme Berlin se sont résignés à tenir désormais pour un fait accompli.

Le président ukrainien, impopulaire et confronté fin mars à une élection qui se présente mal, n’est pas enclin, en pleine campagne électorale, à la modération. Et Vladimir Poutine, l’incident de Kertch le montre, ne lâchera pas les séparatistes qui matérialisent son influence dans l’est du pays. Les conditions sont réunies pour qu’un nouvel incident provoque une escalade militaire risquée.

Les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël coalisés contre l’Iran

L’escalade militaire n’était pas, jusqu’à présent, le risque majeur présenté par la crise au Venezuela , où la réélection douteuse de Nicolás Maduro laissait prévoir la poursuite de l’effondrement de l’économie locale, avec un impact social dévastateur. Mais la nouvelle conjoncture régionale, l’élection en Colombie et auBrésil de deux présidents d’extrême droite, et la présence à la Maison Blanche de Donald Trump pourraient changer la donne. Mercredi 30 janvier, alors que Trump reconnaissait l’opposant Juan Guaidó, président duParlement, comme « président par intérim » , un responsable américain indiquait que « toutes les options étaient sur la table » .

Doté pourtant d’énormes gisements de pétrole, le Venezuela a été plongé par la gestion de Hugo Chávezpuis, à partir de 2013, de Maduro, dans un cauchemar vertigineux. Près de 3 millions de Vénézuéliens sur 31 millions ont choisi l’exode dans les pays voisins, dont la Colombie (1 million) ou le Pérou (395 000), pour fuir la misère, la malnutrition, la criminalité, la pénurie de médicaments, l’hyperinflation, mais aussi lesarrestations arbitraires, souvent accompagnées de tortures. Cette spirale catastrophique, aggravée encore par la chute des prix du pétrole, seule exportation du pays, et le flux d’émigrants qu’elle a provoqué, avait déjà contribué à déstabiliser la région et indisposer certains voisins.

Mais les rumeurs de recours à l’option militaire en provenance de Washington, la détestation – et le rejet idéologique du « gauchiste » Maduro – qui habitent aujourd’hui le Colombien Ivan Duque et le Brésilien Jair Bolsonaro pourraient déboucher sur la tentation d’un changement de régime imposé de l’extérieur par la force. Surtout si Maduro, dont l’élection est largement tenue pour frauduleuse, mais qui reste soutenu par l’armée, continue à refuser un transfert négocié du pouvoir à l’opposition par le biais de nouvelles élections« libres et crédibles » « Un mouvement de tenailles des armées des deux pays [Colombie et Brésil] avec lesoutien plus ou moins discret de Washington est de plus en plus concevable » , avance dans le New York Times 

 

Les deux dernières situations de crise à surveiller, selon Rob Malley, ne sont pas des conflits en cours ou en devenir géographiquement circonscrits mais des conjonctures géopolitiques, éventuellement porteuses à terme de risques. C’est le cas des tensions entre les États-Unis et la Chine , dont la rivalité stratégique se traduit à la fois par une guerre commerciale et par un conflit de zones d’influence en mer de Chine du Sud.

Provoquée à la fois par la montée en puissance spectaculaire de l’économie et des ambitions chinoises et par l’énorme déficit commercial de Washington avec Pékin, qui exaspère Donald Trump, la guerre commerciale fait actuellement l’objet de négociations qui devraient déboucher sur un compromis. Sur ce point, « les risques de conflit direct sont minces, estime Rob Malley, mais la mer de Chine du Sud est une zone explosive. Au cours des vingt dernières années, des « rencontres » ont déjà eu lieu entre des avions américains et les forces armées chinoises » .

Dans cette région, Pékin revendique une zone d’intérêts économiques qui couvre 90 % de la mer de Chine du Sud et s’étend jusqu’aux parages du Vietnam, de la Malaisie et des Philippines, et l’armée chinoise n’a cessé d’aménager des bases sur des récifs naturels ou artificiels. L’objectif de la Chine est de disposer dans cette région de tout ce dont doit disposer une grande puissance : des voisins compréhensifs, une influence périphérique, la capacité de contrôler ses approches et ses lignes de transport. En bref, tout ce dont disposent les États-Unis. Les États de la région sont loin d’être d’accord et plusieurs ont déjà sollicité la protection de Washington. Pour l’instant, ce front, comme la guerre économique, semble connaître un certain répit mais, avertit Rob Malley, il risque d’être bref. De part et d’autre, les dirigeants estiment que lepoint de rupture est atteint.

L’autre situation régionale de tension analysée par Malley est d’autant plus alarmante qu’elle concerne la région la plus explosive de la planète : le Moyen-Orient, et implique les États-Unis, l’Arabie saoudite, Israël et l’Iran. Depuis que les trois premiers, considérant le quatrième comme une menace majeure, ont décidé de se rapprocher et éventuellement d’unir leurs forces pour s’opposer à Téhéran, faire obstacle à ses ambitions régionales, voire provoquer la chute du régime, le risque d’un conflit ouvert rôde.

Entretenue par trois dirigeants – Donald Trump, Benjamin Netanyahou et Mohammed Ben Salmane (MBS) – dont la modération verbale et la modestie ne sont pas les qualités majeures, cette mobilisation anti-iranienne est fondée sur une critique largement partagée des ambitions, des pratiques, des alliances de la République islamique. Elle repose aussi parfois sur des motifs plus troubles. Ordonné par Trump, le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, la restauration unilatérale des sanctions contre Téhéran, le choix d’une rhétorique agressive et les menaces de représailles dévastatrices en cas de provocation iranienne, incarnent cette nouvelle attitude. Israël, de son côté, montre sa résolution en multipliant lesfrappes contre les cibles iraniennes en Syrie. Et l’Arabie saoudite offre son appui et son espace aérien en vue d’une éventuelle offensive militaire contre Téhéran.

En fait, Washington semble compter sur les difficultés économiques de l’Iran et les rivalités politiques entre les clans du pouvoir, combinées avec une aide clandestine à certains opposants, pour affaiblir le régime et provoquer sa chute. Conforté par le discrédit international qui a frappé MBS lors de l’assassinat dujournaliste Jamal Khashoggi et conscient du déséquilibre militaire, Téhéran, pour l’instant, encaisse et joue la montre, espérant que Trump ne fera qu’un mandat. Mais en cas d’aggravation de la crise économique, de la montée en puissance des radicaux au sein de la République islamique, de retrait de l’accord sur lenucléaire et de chaos politique, l’alliance américano-israélo-saoudienne résisterait-elle à la tentation de l’intervention militaire et du changement de régime par la force ?

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