États-Unis : guerres et agressions au premier plan de la politique extérieure

 

MEDEA BENJAMIN, NICOLAS JS DAVIES, extraits d’un texte paru dans Jacobin, 30 juin 2020

Le 13 juin, le président Donald Trump a déclaré à la promotion de l’école militaire West Point : «Nous mettons fin à l’ère des guerres sans fin.» Il avait promis cela en 2016, mais depuis, les guerres «sans fin» ne sont pas terminées. Trump a largué plus de bombes et de missiles que George W. Bush ou Barack Obama lors de leurs premiers mandats, et il y a encore à peu près autant de bases et de troupes américaines à l’étranger que lors de son élection.

Un héritage sanglant

En réalité, Trump a hérité d’une politique extérieure très axée sur la militarisation, bien que, à la fin de la guerre froide, les dirigeants politiques avaient promis aux Américains un « dividende de la paix ». Le comité sénatorial du budget s’était alors engagé pour réduire le budget militaire américain de 50% . Dans les années subséquentes, le budget a été effectivement réduit, mais de 22%. Après les attaques contre New York et Washington en 2001, l’administration Bush a relancé une extraordinaire course aux armements. Au début du millénaire, les dépenses militaires des États-Unis représentaient plus de 45 % de l’ensemble des budgets consacrés à la guerre dans le monde., dont environ 50% pour les guerres en Irak et en Afghanistan. Tous les corps d’armés américains se sont lancés dans une frénésie de dépenses pour de nouveaux navires de guerre, des avions de guerre et des armes de haute technologie.

Avec l’élection d’Obama en 2008, on avait encore promis une réduction, incluant le retour des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan. Mais en réalité, tout a continué comme avant. Jusqu’à son départ en 2016, Obama a largué plus de bombes et de missiles sur plus de pays que Bush, et dépensé encore plus que Bush en armes et en guerre. Cependant, Obama a changé les formes de l’engagement militaires, en mettant l’emphase sur les bombardements par drones et les guerres secrètes et par procuration.  Sous Obama, l’armée américaine a tué des milliers de civils lors d’attaques aériennes en Afghanistan, en Irak, de même qu’au Pakistan, au Yémen et en Somalie et plus tard en Libye.

Trump est-il différent ?

En janvier 2017, alors que Donald Trump entrait en fonction, les forces américaines en Irak ont ​​effectué le plus grand nombre de bombardements aériens depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Contre Daesh, l’armée irakienne secondée par les États-Unis a attaqué massivement. Seulement à Mossoul, 40 000 civils ont été tués. Selon Middle East Eye (MEE), les forces irakiennes ont massacré tous les survivants dans la vieille ville de Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak. En octobre 2017, Raqqa en Syrie a été encore plus totalement détruite que Mossoul en Irak. Sous Obama et Trump, les États-Unis et leurs alliés ont largué plus de 118000 bombes et missiles sur l’Irak et la Syrie dans leur campagne contre Daesh. De plus,

  • En Afghanistan, Trump a approuvé une escalade majeure des bombardements américains qui ont fait de 2018 et 2019 la années les plus lourdeset les plus meurtrières depuis 2001 dans ce pays où sont encore déployés 8 600 soldats américains, qui s’ajoutent au 14 000 militaires localisés au Moyen-Orient.
  • Trump a opposé son veto à chaque projet de loi adopté par le Congrès pour retirerles forces américaines de la guerre saoudienne au Yémen et arrêter les ventes d’avions de guerre et de bombes fabriqués aux États-Unis, que les Saoudiens utilisent pour tuer systématiquement des civils yéménites. Il a créé un nouveau conflit avec l’Iran en se retirant de l’accord sur le nucléaire, et en janvier 2020, il a flirté avec une guerre à grande échelle contre l’Iran en ordonnant l’assassinat du général iranien Qasem Soleimani et du commandant militaire irakien Abu Mahdi al-Muhandis à Irak.
  • Trump a ensuite dévoilé un soi-disant plan de paixbasé sur l’ambition du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’annexer le reste de la Palestine dans le cadre du « Grand Israël » avec des frontières internationales non reconnues et illégales.
  • Trump a soutenu un coup d’État en Bolivie, organisé plusieurs tentatives de déstabiliser le  Venezuela et ciblé les alliés les plus prochesdes États-Unis avec des sanctions pour essayer de les empêcher de commercer avec des ennemis américains. Les sanctions brutales de Trump contre le Venezuela, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et Cuba ne sont pas une alternative pacifique à la guerre, mais une forme de guerre économique tout aussi meurtrière que les bombes, en particulier pendant une pandémie et la crise économique qui l’accompagne.

L’augmentation des dépenses militaires

Après avoir été réduit légèrement en 2016, le budget militaire a repris son envolée avec une augmentation de 39 % depuis deux ans. Tout cela au bénéfice des méga fabricants d’armements, tels Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, Northrop Grumman et General Dynamics – dont les revenus de vente d’armes ont augmenté de 30% entre 2015 et 2019. Cela s’annonce bien pour ceux-ci en 2020 alors qu’une nouvelle augmentation de 49 % a été prévue pour les nouveaux systèmes d’armes. Le prétexte pour l’énorme investissement de Trump dans des armes de haute technologie, y compris une nouvelle force spatiale avec un prix de 15 milliards de dollars pour 2021, est la nouvelle guerre froide avec la Russie et la Chine qu’il a officiellement dévoilée dans la stratégie de défense nationale de 2018. Tout comme Obama a coopté et mis en sourdine l’opposition libérale aux guerres de Bush et enregistré des dépenses d’armes, Trump a coopté et mis en sourdine l’opposition conservatrice aux guerres d’Obama. Maintenant, avec l’effusion de protestations contre la répression policière nationale et les appels au financement de la police, il y a un refrain croissant pour financer l’armée.

Que faut-il attendre de Joe Biden ?

Sur la base de son dossier au Sénat, de son rôle dans l’autorisation de la guerre en Yougoslavie, en Afghanistan et en Irak, de ses liens étroits avec Israël et de son échec à freiner la guerre américaine, Biden pourrait bien continuer dans la même voie et vendre la stratégie du complexe militaro-industriel pour la guerre et l’occupation militaire mondiale aux médias d’entreprise et au public américain. En prévision de la prochaine élection, des organismes de la société civile américaine dont CODEPINK, demandent une réduction de 350 milliards de dollars du budget militaire pour financer les besoins humains et les services publics. Au Congrès, les représentantes Barbara Lee, Pramila Jayapal et Alexandria Ocasio-Cortez ont présenté une résolution dans ce sens. À moins que le public américain applique une pression écrasante pour démanteler la machine de guerre américain, l’armée américaine continuera ses actes de destruction sans par ailleurs gagner aucune des guerres où elle est engagée.