États-Unis : les syndromes morbides

Extraits d’une entrevue avec Noam Chomsky, Z Magazine, 1er juin 2018

Selon le Bulletin des scientifiques atomiques, Les États-Unis, du point de vue de la menace nucléaire, sont revenus 60 ans en arrière, alors que les États-Unis et l’URSS faisaient exploser des armes nucléaires thermiques. Dans ses derniers énoncés, la politique américaine insiste sur la production de nouvelles armes qui augmentent le danger d’une guerre finale. En ce qui concerne le changement climatique, Trump est un désastre complet. Il est difficile de trouver des mots pour décrire le fait que le pays le plus puissant de l’histoire mondiale se retire non seulement des efforts mondiaux pour faire face à une menace véritablement existentielle, mais s’emploie également à accélérer la course aux catastrophes. Malheureusement, Trump a une base politique importante. La plupart des électeurs de Trump sont relativement riches et sont probablement assez satisfaits des politiques ultraréactionnaires. Un autre segment important est celui des Blancs non-diplômés, qui ont voté massivement pour Trump. Il en va de même pour les évangéliques blancs qui ont accordé 80% des voix à Trump.

Face aux crises du Moyen-Orient, Trump a apporté un soutien important à la guerre saoudienne au Yémen. En décembre, les agences de l’ONU ont averti que le blocus saoudien contre le Yémen pourrait mener à l’une des plus grandes famines des temps modernes. Sous l’influence de Nikki Haley, ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Trump a fortement réduit le financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNWRA). Il a rétabli les sanctions contre l’Iran en reniant l’accord agréé sous Obama et laisse présager des attaques contre ce pays.

En réalité, le trumpisme est une conséquence des politiques néolibérales de la génération précédente. Celles-ci ont entraîné une concentration extrême des richesses et une stagnation de la majorité.  La mondialisation a été conçue pour mettre les travailleurs du monde entier en concurrence les uns avec les autres. Les institutions démocratiques sont érodées. D’où la colère, l’amertume, souvent le désespoir et même la mortalité croissante chez les Blancs d’âge. Le Parti démocrate est maintenant divisé entre gestionnaires néo-démocrates orientés vers les donateurs et une base sociale-démocrate militante en pleine croissance. Ce que tout cela laisse présager, dans le monde entier, est loin d’être clair. Bien qu’il y ait aussi des signes d’espoir significatifs, on revient à l’observation de Gramsci alors qu’il était emprisonné par les fascistes en Italie : « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés.

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