Inde : le gouvernement en guerre contre son propre peuple

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Vijay Prashad, extrait d’un texte paru dans l’Independent Media Institute, 20 décembre 2019

Le 13 décembre, le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a critiqué la nouvelle loi indienne sur la citoyenneté.  Le parti indien Bharatiya Janata (BJP) au pouvoir, dirigé par le Premier ministre Narendra Modi, a présenté ce projet de loi Parlement indien. Hormis la gauche et certains partis régionaux, l’opposition à la chambre basse (le Lok Sabha) est faible; à la chambre haute (le Rajya Sabha), le projet de loi a été adopté par une mince marge – 125 voix contre 105.

Des protestations contre la Citizenship Amendment Act (CAA) sont désormais en cours dans toutes les régions de l’Inde. L’Inde compte 200 millions de citoyens musulmans, soit près de 15% de la population; ce projet de loi envoie un message clair selon lequel ils devraient se considérer comme des citoyens de seconde zone. Il n’y a pas d’autre interprétation de l’ordre du jour du BJP ici.

Violences policières

Le gouvernement du BJP s’est montré particulièrement impitoyable contre les manifestations dans deux grandes universités – Jamia Millia Islamia à New Delhi et Aligarh Muslim University dans l’Uttar Pradesh – toutes deux historiquement musulmanes.  À Jamia, la police a battu des étudiants et a tiré des gaz lacrymogènes sur la bibliothèque. 

Entretemps, le gouvernement du BJP a fermé l’accès à Internet dans le nord-est de l’Inde et dans certaines parties du pays où les manifestations ont été les plus virulentes. L’année dernière, 67%  de tous les arrêts d’Internet ont eu lieu en Inde. L’Internet au Jammu-et-Cachemire est désormais fermé depuis le 4 août.

Plusieurs gouvernements des États ont déclaré qu’ils ne respecteraient pas les dispositions de la nouvelle loi d’amendement sur la citoyenneté, car ils soutiennent qu’elle est inconstitutionnelle. La Cour suprême de l’Inde discutera prochainement de ce projet de loi. Au Kerala, le ministre en chef du Front démocratique de gauche, Pinarayi Vijayan, a  déclaré : «Nous ne sommes responsables que des idéaux de la Constitution de l’Inde, pas de l’idéologie fondamentaliste du BJP ». Les partis de gauche ont  appelé  à des manifestations jeudi à travers le pays contre la loi sur la citoyenneté.

Austérité

L’économiste en chef du Fonds monétaire international, Gita Gopinath, est en Inde cette semaine où elle s.est dite surprise du ralentissement de l’économie. La croissance du PIB de l’Inde a ralenti pour le sixième trimestre consécutif, ce qui témoigne de l’effondrement du secteur manufacturier et la faible consommation intérieure. La réponse du gouvernement est d’accélérer les « réformes structurelles », qui veut dire de supprimer les protections pour les travailleurs et les réglementations des entreprises, la réduction des dépenses pour réduire le niveau de la dette publique. Cela signifie moins de revenus pour la majorité de la population et des dépenses publiques. Contre les étudiants, le gouvernement propose d’augmenter de 150% des frais d’hébergement pour l’université phare de Delhi, l’Université Jawaharlal Nehru (JNU), ce qui obligerait la moitié des étudiants de troisième cycle à quitter leurs études.  Au cours des cinq derniers mois, le prix des oignons – un bon indicateur de l’inflation alimentaire – a grimpé  de 253%. Pas étonnant que les fédérations d’agriculteurs, de paysans et de syndicats aient annoncé une grève générale majeure pour le 8 janvier 2020.