Keystone XL contre les droits des peuples autochtones

La crise sanitaire ne doit pas être utilisée pour bafouer les droits des peuples autochtones

Lettre ouverte sur la décision de démarrer la construction du pipeline Keystone XL

Luc Allaire, Dominique Daigneault et Andrée Poirier

Alors que le pays entier est paralysé par la crise sanitaire la plus importante de notre époque, l’entreprise énergétique canadienne TC Energy a annoncé, le 6 avril 2020, qu’elle démarrait la construction du pipeline Keystone XL. Elle fait donc fi du refus clair de plusieurs peuples autochtones concernés de consentir au projet et des consignes de confinement et d’arrêt de toutes activités non essentielles pour éviter la propagation de la COVID-19.

Cette infrastructure de plus de 1900 kilomètres, qui servira à acheminer les sables bitumineux de l’Alberta jusqu’au Nebraska, empiète sur les territoires de nombreuses communautés autochtones du Canada et des États-Unis. Celles-ci craignent que la trajectoire du pipeline et le déboisement nécessaire à sa construction entraînent des répercussions désastreuses sur la flore et la faune de leurs territoires. De plus, si un déversement de pétrole venait à se produire, les activités et pratiques traditionnelles de ces communautés, par exemple la navigation sur la rivière Missouri, seraient irrémédiablement compromises. Depuis maintenant plus de dix ans, plusieurs communautés ont donc entrepris des actes de résistance pour marquer leur opposition au projet. Notamment, en 2016, plusieurs nations autochtones ont signé le Traité autochtone contre les sables bitumineux, par lequel elles s’engagent à agir ensemble pour faire échec aux projets de pipeline actuels, dont Keystone XL. Aujourd’hui, 122 nations autochtones du Canada et des États-Unis sont signataires de ce Traité et s’opposent fermement à la construction du pipeline.

En allant de l’avant avec le projet Keystone XL, l’entreprise TC Energy viole délibérément les droits territoriaux des peuples autochtones concernés. En vertu du droit international, le Canada et les entreprises canadiennes doivent respecter le droit des communautés au consentement préalable, libre et éclairé face aux projets d’exploitation sur leurs territoires, tel qu’il est édicté dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, ratifiée par le Canada en 2010.

En entamant la construction du pipeline en pleine pandémie, outrepassant ainsi les consignes de confinement émises par les autorités, TC Energy met à risque non seulement ses travailleuses et travailleurs, mais également les peuples autochtones à proximité des chantiers. Les camps de travail, qui nécessitent les allées et venues de centaines d’ouvriers, ont le potentiel de devenir de véritables foyers de propagation de la COVID-19.

Or, de nombreuses communautés autochtones souffrent déjà d’un grave manque d’accès à des services de santé et de conditions de logement caractérisées par une importante proximité physique. Une éclosion de la maladie pourrait donc y avoir des conséquences terribles. TC Energy, grâce à l’appui financier du gouvernement de l’Alberta et des banques canadiennes et américaines et avec la complicité du gouvernement fédéral canadien, fait le choix conscient de mettre en péril des vies autochtones au profit de son projet extractif.

Considérant la situation actuelle, il est tout simplement impossible d’entreprendre un véritable débat démocratique et des mobilisations locales d’opposition face à ces violations aberrantes du droit au territoire et du droit à la santé de nombreuses communautés autochtones du Canada et des États-Unis, ou afin de demander une transition écologique juste qui permet de protéger ces territoires suite à cette crise. En conséquence, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et ses membres demandent à la compagnie canadienne TC Energy de suspendre la construction du pipeline Keystone XL et de mettre en place des mécanismes permettant une transition verte et juste pour les travailleuses et travailleurs visé. e. s. Ils demandent de plus au gouvernement canadien de respecter son obligation en vertu du droit international d’assurer l’obtention du consentement préalable, libre et éclairé des communautés autochtones affectées par ce projet et ses engagements en matière environnementale.

  • Luc Allaire, président, Centre international de solidarité ouvrière (CISO)
  • Dominique Daigneault, présidente, Conseil central Montréal métropolitain de la CSN (CCMM-CSN)
  • Andrée Poirier, présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)