La mémoire au service des luttes : Berthold Brecht

Il y a 63 ans, le 14 août 1956, le dramaturge et metteur en scène allemand Berthold Brecht décédait. Né le 10 février 1898 à Augsbourg (Allemagne) dans une famille aisée, Brecht entreprend des études de médecine qui sont interrompues par sa mobilisation dans l’armée allemande lors de la Première Guerre mondiale. Âgé de 20 ans, il participe à la dernière année de la guerre en tant qu’infirmier.

C’est l’horreur de cette guerre qui le pousse à l’engagement politique. Il écrit à cette période de nombreux textes et chansons pacifistes et rompt avec sa famille qui ne tolère pas ses prises de position. En 1918, il écrit sa première pièce Baal marquée par un style libertaire et lyrique qu’il abandonnera par la suite.

De 1919 à 1930, Brecht compose des pièces de théâtre et des opéras. Dans l’un de ces derniers, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, il met l’accent sur la fonction idéologique de l’opéra qui, selon lui, doit s’ouvrir à la discussion et à la critique sociale. Cet opéra est en fait une véritable métaphore du capitalisme, montrant comment ce système peut s’imposer et s’autodétruire.

En 1930 des groupes de nazis empêchent par la force les représentations des pièces de Brecht. Ils interviennent violemment au cours du spectacle et menacent de mort les comédiens qui acceptent de jouer ses pièces. En 1933, l’arrivée au pouvoir des nazis contraint Brecht à quitter l’Allemagne. Ses livres sont interdits et brulés lors de l’autodafé d’ouvrages « décadents », le 10 mai 1933. En 1935, il est déchu de sa nationalité allemande.

Brecht, devenu marxiste, s’engage entièrement dans le combat antinazi. Il participe au « Congrès international des écrivains pour la défense de la culture » en 1935. Il lance la revue Das Wort en 1936 dont l’objectif est d’unir les intellectuels antifascistes. Ses œuvres font de lui un ennemi à abattre pour les nazis, ce qui l’oblige à changer de pays de résidence de nombreuses fois.

En 1941 il se réfugie aux États-Unis, dont il sera chassé en 1947 par le maccarthysme du fait de son engagement marxiste. Au moment de la fondation de la RDA (République démocratique allemande), il s’y installe. Il y meurt d’un infarctus en 1956 après avoir dirigé un théâtre et formé une nouvelle génération d’artistes.

Pour Brecht, l’œuvre théâtrale n’est pas le résultat du travail d’un artiste, mais de l’action d’un sujet collectif composé de tous ceux qui y participent. L’art devient un outil de conscientisation et de lutte. Il doit en conséquence refléter les débats et contradictions qui caractérisent la société.

Brecht revendique également l’aspect didactique de l’œuvre théâtrale d’où l’utilisation de techniques spécifiques: usage de panneaux avec des maximes, apartés en direction du public pour commenter la pièce, intermèdes chantés, etc. L’objectif de ces techniques est ce que Brecht appelle la « distanciation », qui consiste à empêcher le spectateur d’avoir un rôle passif et de l’inciter à la réflexion et au jugement.

  • Voici quelques citations qui suffisent à donner une idée de l’œuvre de Brecht qui reste d’une grande actualité : « J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »
  • « Nos défaites d’aujourd’hui ne prouvent rien, si ce n’est que nous sommes trop peu dans la lutte contre l’infamie, et de ceux qui nous regardent en spectateurs, nous attendons au moins qu’ils aient honte. »
  • « La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. »

Repose en paix frère et camarade. C’est de ce type d’artistes dont nous avons besoin encore aujourd’hui.

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