L’avenir de la démocratie brésilienne ne repose pas sur Lula, mais sur les opprimés du Brésil

 

PLÍNIO DE ARRUDA SAMPAIO JR

La condamnation de Lula est un acte de plus dans la crise incurable de la démocratie brésilienne. Toutefois, le discours selon lequel Lula est victime d’une conspiration entre l’impérialisme américain et les secteurs de l’appareil judiciaire et qu’une « élection sans Lula est un coup d’État » n’aide pas à comprendre la grave crise institutionnelle qui secoue la vie nationale. Même en reconnaissant que la justice brésilienne opère selon la norme « Aux amis, tout; Aux ennemis, la Loi », comme dans le reste de l’appareil d’État, la participation de Lula à l’élection de 2018 ne pourra pas venir au secours de la légitimité d’un système politique pourri. La croisade contre la corruption ne peut moraliser un processus électoral structurellement biaisé.

La corruption généralisée affectant tous les partis n’est qu’un aspect de la crise grave qui secoue la République. Les Journées de juin 2013 [les protestations massives populaires de juin 2013 déclenchées par une hausse des tarifs de transport en bus] étaient une autre expression de cette crise, révélée par la jeunesse descendue dans les rues contre l’agenda des gros capitaux, lequel avait déjà débuté durant les gouvernements PT. Pour les exclus, la crise se manifeste dans l’imperméabilité de l’État aux demandes populaires. Pour les inclus, la crise se révèle par les besoins conjoints de purger les maigres aboutissements démocratiques du peuple brésilien et de redéfinir la hiérarchie de commandement entre les capitalistes.

La réponse de la bourgeoisie à cette crise a pris la forme d’une croisade moralisatrice contre la corruption. Les investigations judiciaires prouvent ce que tout le monde savait : la corruption est un élément structurel du capitalisme brésilien et les politiciens fonctionnent en tant qu’agents des intérêts privés de l’appareil d’état.

En réalité, la croisade moralisatrice ne sert qu’à tracer le chemin d’une « modernisation » au service du capital. La corruption est réduite à un problème moral et est limitée à des cas spécifiques, avec des investigations sélectives et exemptant ses plus grands coupables : les gros capitaux.

Toutefois, même si cette croisade va historiquement à sa perte, il est probable que son agonie sera lente. Une coalition unissant le Parti des travailleurs (PT), le Parti social-démocrate brésilien de centre-droit (PSDB) et le Mouvement démocratique (PMDB) veut assurer l’amnistie pour corruption, évitant ainsi l’instabilité politique qui mettrait en danger la continuité de l’ajustement néolibéral et pourrait intensifier la lutte des classes.

La condamnation de Lula ne contribuera pas à la moralisation de la politique, tout comme la présence de Lula à l’élection de 2018 ne préviendra en rien la crise incurable de la République. Nous sommes englués dans le marécage. Associer la défense de la démocratie à la défense de Lula est un sophisme qui ne bénéficie qu’à Lula lui-même. Lula fait partie du problème. L’avenir de la démocratie dépend des mobilisations massives des travailleurs dans toute la nation.

La société brésilienne, en transition dans un processus de renversement néocolonial, est polarisée entre des projets irréconciliables. Il y a d’une part le recyclage de la contre-révolution imposée en 1964, et qui aujourd’hui prend le visage d’une régression au siècle dernier siècle. Et il y a la révolution latente des pauvres et des opprimés qui survit toujours entre les interstices de l’histoire du Brésil. Dit autrement, le choix est entre le socialisme et la barbarie.

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