Le capitalisme ne va pas s’effondrer sous le poids de ses contradictions

Michel Husson, Agence Chine nouvelle (Xinhua), 1er mars 2018

Dans une interview accordée récemment à Xinhua, Husson a indiqué que « le capitalisme ne va pas s’effondrer sous le poids de ses contradictions », et que la véritable réponse aux besoins sociaux et aux contraintes environnementales réside dans le dépassement du capitalisme vers un « écosocialisme » que seules des luttes sociales d’envergure sont susceptibles de mettre en place.

De son propre point de vue, le capitalisme n’est pas vraiment sorti de la crise financière. Ni la croissance, ni l’accumulation du capital, ni le profit n’ont vraiment repris. Le commerce international est en train de s’étouffer et beaucoup d’économistes envisagent la perspective d’une stagnation séculaire.

En Europe, et particulièrement au sein de la zone euro, la crise prend une dimension particulière, celle d’une divergence croissante entre les pays du « Nord », autour de l’Allemagne et ceux du « Sud », à savoir le Portugal, l’Italie, l’Espagne et surtout, évidemment le Grèce. Le Brexit – la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne – contribue à un climat de perte de confiance dans les vertus de la monnaie unique. La question des dettes  publiques risque aussi de réapparaître si les taux d’intérêt recommencent à augmenter, a ajouté l’économiste français.

Pour comprendre la crise, il faut la mettre en perspective historique et analyser l’évolution du taux de profit. C’est en effet la rentabilité du capital qui mesure la bonne santé du capitalisme. Celle-ci dépend à son tour de deux facteurs: le salaire et la productivité. Dans le capitalisme d’après-guerre, les gains de productivité permettaient à la fois d’augmenter les salaires et de garantir un taux de profit élevé. Mais à partir du milieu des années 1970, les gains de productivité ont commencé à ralentir tendanciellement, et c’est la cause profonde de la crise, a-t-il poursuivi.

  1. Husson a ajouté que malgré cet épuisement des gains de productivité réduits, le capitalisme néo-libéral qui s’est mis en place au cours des années 1980 a réussi à rétablir le taux de profit. Il a pu réaliser cette prouesse en faisant baisser de manière tendancielle la part des salaires dans le revenu national. Mais il a dû aussi faire appel à des dispositifs artificiels qui ne pouvaient se prolonger indéfiniment: creusement des inégalités, surendettement, financiarisation, mondialisation déséquilibrée, etc. La crise actuelle peut donc être interprétée comme la crise des solutions apportées à la crise précédente.

« Il n’existe pas de situation absolument sans issue », disait Lénine en 1920, au IIème congrès de l’Internationale Communiste. Le capitalisme ne va pas s’effondrer sous le poids de ses contradictions. Mais il est possible de démontrer que sa pérennité dépend de sa capacité à imposer une régression sociale permanente. Le capitalisme a perdu toute légitimité sociale : il ne promet plus rien et réclame toujours davantage de sacrifices sur l’autel de la compétitivité et de la rentabilité, a noté l’expert.

Pour Michel Husson, le plus grave sans doute réside dans l’incapacité de ce système à répondre efficacement au défi climatique. La transition écologique et énergétique implique nécessairement une moindre rentabilité économique et l’intervention publique. Dans la mesure où le capitalisme cherche le maximum de rentabilité privée à court terme, il ne peut donc se transformer en « capitalisme vert » que dans une proportion insuffisante par rapport aux enjeux. Pour toutes ces raisons, la véritable réponse aux besoins sociaux et aux contraintes environnementales réside dans le dépassement du capitalisme vers un « écosocialisme » que seules des luttes sociales d’envergure sont susceptibles de mettre en place, a conclu l’économiste français.

 

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