Le Mexique, grand perdant de l’ALENA

Oscar Ugarteche, extrait d’un texte paru dans ALAI, 24/09/2018

 

L’ALENA représentait l’intégration des marchés entre des associés asymétriques. À l’heure actuelle, face à une économie comme celle des États-Unis, avec un revenu par habitant de 59 531 dollars en 2017, le Canada se chiffre à 45 032 dollars et le Mexique à 8 902 dollars.  Les salaires mensuels moyens des États-Unis, du Canada et du Mexique en 2016 étaient respectivement de 3 016 dollars, 2 494 dollars et 496 dollars. Par rapport au Mexique, le salaire moyen aux États-Unis est six fois plus élevé et au Canada cinq fois plus élevé.

L’ALENA avait pour objectif de créer un plus grand marché pour les biens produits aux États-Unis et un marché de la main-d’œuvre moins chère, principalement du côté mexicain. Cela se voit non seulement dans le salaire moyen, mais aussi dans le salaire minimum : pour les États-Unis, il est de 7,25 dollars par heure, pour le Canada de 8,43 dollars et pour le Mexique de 0,48 dollar. Une question se pose: comment, avec une productivité moyenne cinq fois plus élevée aux États-Unis qu’au Mexique, le salaire minimum américain peut-il être 15 fois plus élevé et le Canada 17,50 fois plus élevé?

Au Mexique, l’ALEA a eu pour conséquence la désindustrialisation, en optant pour les maquiladoras comme contribution industrielle au commerce interrégional, résultant en l’emploi précaire, sans avantages sociaux et avec des bas salaires. Cela a eu un impact négatif sur le recouvrement des impôts de l’Institut mexicain de la sécurité sociale en pourcentage du PIB et a réduit la part des salaires dans le PIB de 32,5% à 28,6% entre 1994 et 2013. Des entreprises manufacturières ont été transformées en importateurs (comme les sociétés San Isidra de Vajillas et Cristal Luxus); PEMEX a été démantelé avec toutes ses branches industrielles, y compris le raffinage. Le coefficient des importations dans la matrice entrées-sorties de 1980 et 2013 a montré une augmentation de près de 500%, tandis que dans le secteur des exportations, les industries ont disparu;

Les négociations de l’ALENA se poursuivent avec le Canada sur la base de l’accord avec le Mexique. Mais le résultat ne changera en rien le grave problème de la productivité américaine et ne résoudra pas le problème des salaires.

Le principal secteur industriel touché sera celui qui, paradoxalement, a motivé la renégociation de l’ALENA: l’industrie automobile. L’Accord de libre-échange bilatéral entre États-Unis et États-Unis établissait une augmentation de la composition régionale minimale de 62,5% à 75% sur quatre ans. Cela dépasse la composition actuelle de la production de 30%. En outre, cette mesure implique pour l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Europe un obstacle important à l’exportation de leurs produits et un prix plus élevé pour les automobiles vendues aux États-Unis.

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