Lecture d’été : le Pays renversé de Denys Delâge

Au moment de l’arrivée des colons européens, les sociétés autochtones sont bien installées le long du Saint-Laurent. Au sud, les groupes de la famille iroquoienne habitent de gros villages comme celui que Cartier observe sur l’île de Montréal. Les Iroquoiens disposent des produits d’agriculture qui les nourrit à l’année. Ils naviguent des Grands Lacs jusqu’en Gaspésie en passant par la rivière Hudson-Richelieu qui file jusqu’à New York. Sur la rive-nord, des sociétés nomades de chasseurs-cueilleurs sont également très nombreuses, mais moins concentrées. Une alliance circonstancielle se noue entre le petit nombre de Français et les peuples de la rive-nord, innus, abenakis, attakamek, Anishinaabe, d’où une longue guerre entre ceux-ci et les iroquoiiens appuyés par les Anglais (à Boston) et les Hollandais (New York).

Entre-temps, la colonisation crée d’immenses ravages, dépeuplant les communautés autochtones par la maladie, les déplacements forcés, la guerre. Les guerres intra-européennes et intra autochtones contribuent à dépeupler les rives du St-Laurent, ce qui favorise l’insertion des Français vers le sud et l’ouest. Le travail des Jésuites et autres missionnaires vise à détruire la culture et la spiritualité de ces peuples, créant le désarroi et la division. Le pillage des ressources, à l’origine des fourrures, déstructure les sociétés autochtones et intensifie la compétition et la guerre

Un colonisateur intelligent, Samuel de Champlain, profite de cet affaissement pour consolider la colonie tout en favorisant des négociations qui débouchent plus tard sur la « grande paix », ce qui permet à une alliance franco-indienne de progresser vers l’ouest (les Rocheuses) et le sud (jusqu’à Nouvelle Orleans). Au départ désavantagée, la colonie anglaise se réorganise grâce à l’afflux de colons dont l’objectif est de « vider » la côte atlantique de ses habitants originaires. Même si le récit de Delâge s’arrête au 17ième siècle, on comprend que la suite des choses, à travers  la colonisation britannique et plus tard, la création d’un État canadien subalterne, sont de véritables catastrophes dont l’origine a été cette désappropriation, une sorte de génocide culturel dont les conséquences continuent de se faire sentir jusqu’à aujourd’hui.

Le récit de Delâge est magnifique, faisant appel à l’histoire, la socilogie, la géographie et, explique l’anthropologue Serge Bouchard, « replace le phénomène de la collision entre l’Amérique païenne et l’Europe chrétienne dans la perspective de l’injustice fondamentale et structurale de l’histoire mondiale. Les livres d’histoire nous présentent souvent la traite des fourrures comme étant une affaire folklorique et anecdotique. Le pays renversé nous expose au contraire la place centrale de ce commerce dans le développement économique de l’Occident, où l’on verra l’ampleur des dommages collatéraux. Voilà donc un livre essentiel qui éclaire les principes fondamentaux qui ont contribué au viol de l’Amérique précolombienne, à sa destruction, à son pillage ».

 

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