BRAMBLE Tom, Red Flag, 5 février 2018

 

Deux documents publiés par le gouvernement des États-Unis au cours des deux derniers mois l’expriment clairement: les États-Unis sont sur la voie de la guerre contre les nouveaux grands concurrents de la Chine et de la Russie.

 

La stratégie de sécurité nationale et la stratégie de défense nationale, publiées respectivement en décembre et en janvier derniers, reflètent la prise de conscience par la classe dirigeante américaine que sa domination du monde, virtuellement incontestée depuis la chute de l’Union soviétique, est maintenant menacée. Ces documents expriment également la détermination de l’establishment militaire à faire face à ce dérapage en dirigeant les ressources de l’économie américaine vers un massif programme de réarmement.

« Le principal défi à la prospérité et à la sécurité des États-Unis est la réapparition d’une concurrence stratégique à long terme », affirme la Stratégie de défense nationale du Pentagone. « Il est de plus en plus clair que la Chine et la Russie veulent façonner un monde conforme à leur modèle autoritaire – en obtenant un droit de veto sur les décisions économiques, diplomatiques et sécuritaires des autres nations. »

La grande rivalité de pouvoir est de retour. Le terrorisme est désormais relégué au second rang dans la hiérarchie des préoccupations de sécurité nationale des États-Unis.

Le déclin

Au départ, les deux documents partent du fait que l’impérialisme américain a perdu l’avantage face à ses rivaux au cours des deux dernières décennies. Quatre rivaux sont identifiés : deux « régimes voyous », l’Iran et la Corée du Nord, et deux « puissances révisionnistes », la Russie et la Chine.

Selon le Pentagone, le programme de la « guerre contre la terreur » qui sous-tendait la stratégie américaine au cours de la première décennie du XXI e siècle a échoué. En Irak, les États-Unis ont dépensé des centaines de milliards de dollars lors de l’invasion et de l’occupation de ce âys, mais au bout du compte, ils ont été supplantés par l’Iran. En Afghanistan, les talibans ne sont pas près d’être anéantis.

Parallèlement, les États-Unis ont été marginalisés pendant les révolutions arabes de 2011, alors qu’ils sont intervenus pour étouffer la rébellion. Au total, ils n’ont avancé nulle part.

L’Iran, décrit par la stratégie de défense comme « le plus grand défi à la stabilité du Moyen-Orient », est devenu plus puissante, non seulement en Irak, mais aussi en Syrie et au Liban. L’Arabie saoudite et Israël, alliés de longue date, ont suivi une ligne d’action plus indépendante, bafouant ouvertement les États-Unis à certains moments.

Et maintenant en Syrie, les États-Unis tentent de sécuriser leur position dans le nord du pays, où leurs alliés, les Kurdes, se battent avec des armes fournies par les États-Unis contre une invasion de la Turquie, également armée par les États-Unis et ses alliés de l’OTAN.

La conflagration syrienne a permis non seulement à l’Iran d’étendre son pouvoir régional, mais aussi à la Russie, de revenir sur le terrain. La Russie maintient la parité dans les armes nucléaires avec les États-Unis, et ses forces armées ont une vaste expérience de combat.

La Russie a fait un pied de nez aux États-Unis en Géorgie en 2008 et, plus récemment, en Ukraine et en Crimée. La stratégie de défense considère ce qu’elle appelle de tels conflits « de zone grise », dans lesquels les rivaux américains exercent leurs muscles sans provoquer de guerre totale, en sapant l’hégémonie du monde américain.

Des années de sanctions et de pressions des États-Unis pour un changement de régime à Pyongyang ont convaincu les dirigeants nord-coréens que les armes nucléaires sont leur seule garantie. Ils développent maintenant des missiles capables d’atteindre non seulement les principaux alliés américains, mais aussi les États-Unis. Cela bouleverse des décennies de planification militaire des États-Unis en Asie du Nord-Est.

Le conflit avec la Corée du Nord n’est qu’un élément d’une bataille régionale plus vaste avec la Chine, dont l’ascension vers le statut de puissance régionale et bientôt mondiale inquiète le Pentagone. Selon la stratégie de défense, « la Chine mise sur la modernisation militaire et sa puissance économique prédatrice pour contraindre ses voisins à réorganiser la région indopacifique à son avantage … déplaçant les États-Unis pour établir sa domination mondiale dans l’avenir ».

Les menaces à l’hégémonie américaine ne sont pas seulement militaires. Pour construire et maintenir le plus grand arsenal militaire du monde, les États-Unis ont besoin d’une économie puissante. Ici aussi, ils perdent leur avantage. En 2000, les États-Unis représentaient 31 % du PIB mondial; aujourd’hui, le chiffre est de 24 %.

La Chine a élargi sa part passant de 4 % à 15 %. La classe dirigeante chinoise tente maintenant de tirer parti de son économie en plein essor pour projeter sa puissance géostratégique. Notamment grâce à son initiative de la « nouvelle route de la soie » qui, selon certains calculs, sera sept fois plus importante que le plan Marshall utilisé par les États-Unis pour assurer leur domination sur l’Europe occidentale à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

Vaste expansion des capacités militaires

« Aujourd’hui, nous sortons d’une période d’atrophie stratégique, conscients que notre avantage militaire compétitif s’est érodé », affirme la Stratégie de défense. Il faut donc un virage : « la compétition avec la Chine et la Russie exige que les États-Unis repensent les politiques des deux dernières décennies, qui étaient basées sur l’hypothèse que l’engagement avec ces rivaux et leur inclusion dans les institutions internationales et le commerce mondial les transformeraient en acteurs et partenaires fiables. Essentiellement, cette prémisse s’est avérée fausse ».

Les dépenses militaires américaines représentent 36% du total mondial et, depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis ont rapidement accru leurs capacités militaires. Mais ce n’est pas suffisant, selon le Pentagone.

Au centre des plans de réarmement américains est la mise à niveau de l’arsenal nucléaire. Dans son discours sur l’état de l’Union du 31 janvier, Trump a annoncé sa détermination à « moderniser et reconstruire notre arsenal nucléaire » pour imposer un « pouvoir inégalé », comme « le moyen le plus sûr pour assurer notre défense ». En plus des missiles balistiques et de bombes nucléaires, le Pentagone a une longue liste pour construire de nouveaux systèmes d’armements.

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