Mexique : le rôle douteux des minières canadiennes

 

Une pétition déposée auprès du commissaire à l’intégrité du secteur public allègue que des diplomates de l’ambassade du Canada à Mexico sont intervenus au nom de la société minière de Calgary impliquée dans le meurtre du militant Mariano Abarca

CHRISTIAN PEÑA, Toronto Now, 5 mars 2018

Plus de huit ans après le meurtre de Mariano Abarca, membre fondateur du Réseau mexicain des personnes touchées par les mines (REMA en espagnol), à Chiapas, au Mexique, le rôle des diplomates canadiens à l’ambassade de Mexico et leurs efforts de lobbying au nom de la société minière de Calgary impliquée dans la mort d’Abarca – est maintenant sous enquête.

Abarca a été abattu devant son domicile en 2009, apparemment pour son opposition à une mine de barytine exploitée par Blackfire Exploration à Chicomuselo. Deux employés de Blackfire et un sous-traitant de l’entreprise ont été arrêtés en lien avec son assassinat, mais n’ont jamais été jugés.

Une délégation mexicaine, dont le fils d’Abarca, José Luis Abarca, a déposé une plainte auprès du Commissariat à l’intégrité du secteur public du Canada, réclamant l’ouverture d’une enquête sur les actions – et les omissions – de diplomates intervenant au nom de Blackfire, malgré les problèmes de pollution chroniques à la mine et les accusations de violation des droits de l’homme contre la société.

Le rapport au commissaire pose deux questions. Premièrement, les actions et les omissions de responsables gouvernementaux ont-elles créé un danger pour la vie et la sécurité de Mariano Abarca? Deuxièmement, l’ambassade du Canada a-t-elle omis de signaler des informations sur une possible corruption impliquant Blackfire?

Selon la plainte, l’ambassade canadienne au Mexique suivait de près le conflit entre les habitants et les opérations de Blackfire, sans toutefois tenir compte des problèmes soulevés par Abarca et d’autres. La plainte soutient que l’ambassade a violé son propre rôle en «facilitant un dialogue éclairé entre toutes les parties » dans le cadre d’activités commerciales canadiennes à l’étranger.

«Mon père a fait appel directement à l’ambassade canadienne pour obtenir son soutien alors que d’autres employés étaient menacés par des employés de Blackfire, a déclaré José Luis Abarca lors d’une conférence de presse à Ottawa. «L’ambassade savait tout cela, mais elle a soutenu la société en exhortant les autorités de l’État du Chiapas à protéger les intérêts de Blackfire.»

Mines Watch Canada a également fait part de ses préoccupations concernant les relations entre les diplomates canadiens au Mexique et à Blackfire. En 2015, la GRC a blanchi la société des allégations de corruption .

Abarca a été assassiné en plein jour lors d’une fusillade.  Quelques jours plus tard, les autorités de l’État ont fermé la mine pour des raisons environnementales.  Les documents déposés dans le cadre de la plainte montrent que l’ambassade a continué de fournir un soutien à l’entreprise, indiquant comment elle pourrait poursuivre les autorités mexicaines aux termes de l’Accord de libre-échange nord-américain. La famille d’Abarca continue de faire pression pour qu’une enquête exhaustive et impartiale soit menée sur son meurtre.

Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, a annoncé en janvier que le Canada créerait un nouveau bureau de l’ ombudsman chargé d’enquêter sur les plaintes pour violation des droits de la personne déposées contre des entreprises canadiennes actives à l’étranger.

Cependant, les militants de Mining Watch craignent que le chien de garde n’enquêtera sur les plaintes qu’après coup. Ils disent que le Canada doit établir des règles plus claires pour empêcher les ambassades de soutenir les entreprises qui se livrent à des activités douteuses.

Des 293 sociétés minières opérant au Mexique, 205 sont financées par des capitaux canadiens.

Alors que la Commission géologique du Mexique explore de vastes étendues du territoire mexicain à la recherche de projets miniers potentiels, on prévoit que les conflits sociaux liés à l’exploitation minière vont s’intensifier.

Entre 2000 et 2015, au moins 44 décès sont décédées, plus de 400 personnes ont été blessés et il y a eu plus de 700 affaires (y compris des plaintes, des arrestations, des détentions et des poursuites) concernant 28 sociétés minières canadiennes opérant dans 13 pays.

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