Quel socialisme pour le 21ième siècle ?

Benjamin Selwyn, extrait d’un texte publié le 25 septembre 2018

 

Bien que chaque forme de socialisme soit historiquement, géographiquement et socialement spécifique, étant donné l’étendue globale du capitalisme, il y aura des défis similaires. Le pouvoir du capital devra être démantelé, sans toutefois détruire la société. Le défi consistera à utiliser ce qui est disponible (hérité du passé capitaliste) pour construire quelque chose de nouveau (un avenir socialiste).

Banques, argent et démocratie économique

Le premier objectif sera d’annuler ce que nous considérons comme des dettes odieuses (dettes contractées par les administrations précédentes pour le bénéfice des classes capitalistes plutôt que des classes laborieuses). Nous allons introduire des contrôles de capitaux. Ces contrôles, déterminés et mis en œuvre par un État au service des classes populaires réglementeront les mouvements de capitaux entrant et sortant du pays (pour empêcher la fuite de capitaux et soumettre le capital national à des impératifs démocratiques nationaux).

L’argent fonctionnera comme une ressource publique et comme un instrument du développement. Un nouveau système de comptabilité calculera (i) les besoins fondamentaux et étendus de la population (allant de la consommation alimentaire aux exigences de développement des infrastructures) et (ii) les ressources disponibles de la nation. L’argent sera distribué aux particuliers et aux associations par le biais de comptes bancaires publics. Là où trop d’argent est distribué (menant potentiellement à de l’inflation), la fiscalité publique sera utilisée pour réduire la masse monétaire. Les banques commerciales restantes seront transformées en intermédiaires (entre déposants et emprunteurs) et leurs frais de fonctionnement seront couverts par des frais d’utilisation.

Un revenu de base universel

L’exploitation capitaliste est due au fait que les classes laborieuses n’ont pas les ressources pour subvenir à leurs besoins et sont obligées de vendre leur force de travail moyennant un salaire. Un revenu de base universel (UBI) peut contribuer à éliminer cette contrainte, à la construction d’une économie politique solidaire et à la socialisation du travail reproductif. Cela permettra également, immédiatement, de remédier à de nombreuses formes de privation et de pauvreté.

Une politique industrielle pour la transition

Une politique industrielle socialiste vise à déplacer le secteur manufacturier de la valeur d’échange vers la production de valeurs d’usage (pour répondre aux besoins des travailleurs et des communautés plus larges). La transformation sera gérée de manière à conserver des recettes en devises permettant d’acheter des biens essentiels qui ne peuvent pas être produits localement. Il aura également pour objectif de délaisser les combustibles fossiles au profit de la production à partir d’énergies renouvelables en investissant dans ces dernières. Notre politique industrielle visera à générer une combinaison appropriée d’activités de haute et de basse technologie orientées vers la satisfaction des besoins de base (et étendus). Les investissements à grande échelle seront orientés vers la création d’un système national de production d’énergie verte, comprenant à la fois une technologie solaire à petite échelle et des éoliennes à grande échelle connectées à un réseau national. L’articulation intersectorielle entre l’industrie et l’agriculture augmentera la productivité de l’agriculture et créera un sous-secteur industriel dynamique, innovant et adaptable. Des forums de producteurs agricoles et industriels seront mis en place pour identifier les défis et les moyens de les résoudre, par exemple, au moyen d’investissements améliorant les rendements dans la biotechnologie.

Réforme agraire

L’objectif de parvenir à une sécurité alimentaire décloisonnée, où l’alimentation est un droit humain fondamental, indépendant du pouvoir d’achat, sera recherché au moyen d’investissements à plusieurs niveaux (des communautés locales à l’État national) en vue d’améliorer la productivité agricole. La RD à faible technologie inclut la facilitation, la construction et la conservation de la fertilité des sols, l’utilisation de moyens de lutte biologiques contre les maladies, les insectes et les mauvaises herbes, la culture intercalaire, la sélection et la sélection des semences, les cycles de récolte multiples à petite échelle et l’intégration des pâturages et pâturages à petite échelle.  La réforme agraire s’étendra aux centres urbains. Les bâtiments inutilisés peuvent être transformés en serres, les toits plats peuvent être utilisés comme nouveaux espaces de croissance, les routes inutiles peuvent être transformées en champs, parcelles et parcs, le jardinage domestique sera encouragé et facilité par la fourniture d’intrants, de technologies et d’éducation permanente.

Protéger et apprendre des peuples autochtones

De la « découverte » de l’Amérique en 1492 à la mondialisation contemporaine, l’accaparement des terres, la dépossession des peuples autochtones et la dépossession des environnements naturels ont sous-tendu l’expansion géographique du capitalisme. Cependant, les peuples autochtones ont souvent été à l’avant-garde de l’opposition à l’expansion et à la déprédation capitalistes et à la recherche de moyens alternatifs de vivre en conjonction avec l’environnement naturel. Tout en préservant leurs droits fonciers et culturels, un État socialiste émergent créera également des forums pour partager les connaissances et les pratiques entre les communautés. La protection et la préservation du droit des peuples autochtones à vivre selon leurs pratiques peuvent potentiellement éclairer notre conception du développement socialiste.

Politique étrangère

Le principe directeur des relations extérieures est la non-agression et la recherche d’une coexistence pacifique avec les États. D’autre part, nous établirons des liens avec des mouvements sociaux du monde entier. Les objectifs seront de renforcer les mouvements sociaux transformateurs mondiaux pour les aider à atteindre leurs objectifs. On espère également qu’à moyen et long termes, d’autres États subiront un processus complémentaire de transformation sociale et qu’ils seront intégrés dans un Commonwealth social mondial, que des connaissances et des ressources seront construites et transférées entre États progressistes.

Tout doit changer

Dans le cadre de la politique étrangère économique, il sera demandé à la communauté internationale de créer un programme collectif visant à lutter contre la destruction de l’environnement. Comme le propose Climate Justice Now!, l’objectif est de i) Laisser les combustibles fossiles dans le sol et investir plutôt dans une efficacité énergétique appropriée et dans des énergies renouvelables sûres, propres et dirigées par les communautés; (ii) réduire radicalement la consommation inutile, principalement dans le nord, mais aussi par les élites du sud; (iii) d’énormes transferts financiers du nord au sud, basés sur le remboursement des dettes climatiques et soumis à un contrôle démocratique. Les coûts d’adaptation et d’atténuation devraient être couverts par la réorientation des budgets militaires, des taxes innovantes et l’annulation de la dette; et (iv) la conservation des ressources fondée sur les droits qui respecte les droits fonciers des peuples autochtones et favorise la souveraineté des peuples sur l’énergie, les forêts, la terre et l’eau.6 Par ailleurs, le commerce et les investissements extérieurs seront dirigés par des organes démocratiques nationaux, de manière à renforcer la coopération et la solidarité entre les peuples.

Partage et réduction du travail

Le capitalisme est fondé sur un paradoxe fondamental. Les progrès technologiques ont créé une situation dans laquelle seule une infime fraction du travail de la plupart des sociétés est nécessaire pour satisfaire ses besoins (de base et avancés). Cependant, la propriété privée, l’accumulation de capital concurrentiel et l’exploitation du travail par le capital empêchent ce potentiel.  Les objectifs initiaux sont d’établir le plein emploi pour ceux qui peuvent travailler en répartissant et en partageant les tâches. Les objectifs à long terme consistent à utiliser le contrôle démocratique et la direction sociale des moyens de production pour réduire la journée de travail. En identifiant les besoins des communautés individuelles et de la nation dans son ensemble, il deviendra de plus en plus possible d’identifier les activités inutiles et / ou inutiles et de les éliminer progressivement.

La culture en tant que développement

Le développement culturel renforcera la propriété sociale, le contrôle des moyens de production et l’identification démocratique des besoins. Le développement culturel sera facilité, en partie, par une éducation avancée pour tous, fondée sur une pédagogie radicale des opprimés et sur la conscientisation. La conscience est « le processus par lequel les hommes, non comme destinataires, mais comme sujets connaissants, acquièrent une conscience accrue de la réalité socioculturelle qui façonne leur vie et de leur capacité à transformer cette réalité. » (Paulo Freire)

Conclusion

Les approches socialistes doivent être fondées sur la reconnaissance du fait que l’exploitation par le travail est un anathème pour un développement humain réel. À partir de là, se pose la question de savoir comment construire une société sans exploitation. Selon moi, la construction d’une telle société sera source de tension, y compris la difficulté très considérable de construire une nouvelle société en utilisant des outils du passé. Néanmoins, reconnaître cette tension fait partie de la préparation mentale nécessaire pour concevoir les possibilités de développement socialiste au XXIe siècle.

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