Soudan : une première victoire pour la révolution

Sungur Savran, extraits d’un texte paru dans The Bullet, 16 avril 2019

 

Le peuple révolutionnaire de ce pays arabe frontalier de l’Afrique subsaharienne se bat depuis des mois pour faire tomber Omar al Bashir, le Parti du Congrès national, son instrument du pouvoir, et tout le système gouvernemental qui le soutenait. Mission accomplie! Ou presque. Quelles que soient les complications à venir pour le futur, c’est une victoire pour la révolution. Même le coup militaire a réussi grâce au pouvoir du peuple. La population s’est rendue au siège de l’état-major général à Khartoum le samedi 6 avril, une manifestation soigneusement planifiée pendant des semaines. Depuis lors, il y a eu un sit-in devant le quartier général des forces armées réunissant des centaines de milliers de personnes. Des actions de soutien ont également eu lieu dans les autres États du pays. C’est cette résolution révolutionnaire impressionnante qui a imposé aux classes dirigeantes soudanaises et à l’impérialisme de se passer du dictateur. Il ne faut jamais oublier cela.

De la rébellion à la révolution

Quand Omar al Bashir a déclaré l’état d’urgence à la fin du mois de février afin de mettre un terme à la vague de soulèvement populaire qui durait déjà depuis deux mois, nous avons écrit qu’il s’agissait de l’un des derniers mouvements de la contre-révolution face à la rébellion du peuple. Mais nous avons ajouté que la contre-révolution avait ses instruments de rechange. Nous avons souligné que le scénario le plus probable était le recours à une «transition ordonnée», qui était l’instrument le plus couramment utilisé lors des révolutions arabes de 2011-2013 (notamment en Égypte et au Yémen) avec l’intervention des États-Unis. Nous avons souligné qu’il pourrait y avoir différents scénarios dans le cas d’une intervention des forces armées, parmi lesquels le plus réactionnaire serait un coup d’État de Salah Abdallah Gosh, chef du puissant Service national de renseignement et de sécurité (NISS) et homme de confiance pour l’impérialisme américain ainsi que pour l’Egypte et l’Arabie Saoudite.

Il ne faut pas oublier que, lors de la chute d’Hosni Moubarak en Égypte le 11 février 2011, l’administration du pays a été prise en charge par un certain Conseil militaire suprême. Au cours des deux prochaines années, la révolution égyptienne a pris d’assaut le Moyen-Orient à la tête de nombreuses révolutions dans le monde arabe!

Scénarios égyptiens

Un scénario probable est que la révolution va continuer. La dynamique de la révolution soudanaise est forte. Ce qui a permis à des centaines de milliers de personnes de camper devant le quartier général de l’armée pendant cinq jours et nuits, c’est le fait que certains groupes d’officiers, de sous-officiers et de soldats se joignaient à la foule et les protégeaient contre le vol attaques du NISS et de la police. Cela montre qu’une formidable ferveur révolutionnaire s’est emparée de la société soudanaise.  Il convient de féliciter les associations professionnelles soudanaises, avec l’appui du Parti communiste, d’avoir assumé la direction du mouvement avec audace et résolution. Mais dans la mesure où leur formule de transition est un «gouvernement technocratique», la possibilité qu’ils puissent collaborer avec l’aile progressiste de l’armée et éteindre ainsi le feu de la révolution est réelle.

Un autre scénario pourrait ressembler à ce qui est arrivé en Égypte de 1952. Personne ne peut exclure la possibilité qu’un groupe d’officiers plus radicaux prenne la relève, ce qui serait une situation similaire à celle de la révolution égyptienne de 1952-1954, au cours de laquelle Gamal Nasser a finalement pris le pouvoir.

Enfin, il y a la possibilité que la direction du mouvement ne puisse pas prendre les devants du moment historique. À la suite d’une mobilisation en Égypte fin juin 2013, une initiative bonapartiste d’Abdelfettah al Sisi, chef d’état-major de l’armée amena la victoire de la contre-révolution. L’absence d’un leadership bien organisé a entraîné la défaite. Cela peut se produire immédiatement au Soudan.  Salah Abdallah Gosh, chef du puissant et redoutable NISS, pouvait prendre les rênes. Si Gosh consolide ses pouvoirs dictatoriaux, il sera très difficile pour le mouvement de masse de récupérer, à moins qu’une nouvelle vague révolutionnaire ne déferle sur le monde arabe tout entier. Le deuxième sort de la révolution arabe du 21e siècle est commencé!

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