Venezuela : jours sombres pour la population

Fabrice Thomas, Hebdo anticapitaliste, 29 mars 2019

 

Deux mois après l’autoproclamation, programmée depuis Washington, de Juan Guaido comme « président intérimaire », et un mois après sa tentative d’ « invasion humanitaire » à partir de la frontière colombienne, la situation reste très incertaine au Venezuela.

La seule certitude est l’ampleur de la crise économique et sociale dont souffre le peuple vénézuélien : une inflation qui atteint des chiffres astronomiques à 5 ou 6 zéros, le pouvoir d’achat du salaire de base aujourd’hui évalué à 6 dollars mensuels, une pénurie de médicaments de première et indispensable nécessité tels que l’insuline, etc.

Spirale de crise

Les racines structurelles de cette crise sont connues : les choix profonds du Chavisme de tout miser sur une économie extractiviste, et des revenus de l’État exclusivement tirés de l’exportation du pétrole. Des choix sans marges de manœuvre par un respect global de la propriété capitaliste intérieure et des mécanismes financiers internationaux, en continuant à payer rubis sur l’ongle les intérêts de la dette.

La corruption, le marché noir et les fuites de capitaux, pratiqués tant par les couches supérieures de la bureaucratie bolivarienne que par les classes toujours possédantes (et jamais dépossédées) de la bourgeoisie, ont accéléré le déclenchement et l’accélération de la spirale de la crise.

Il est par ailleurs évident que la politique de « guerre économique » menée depuis Obama, mais considérablement renforcée par Trump, contribue à en aggraver les conséquences. Le récent hold-up de Trump sur CITGO, la filiale nord américaine de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, en est une illustration flagrante.

La récente gigantesque « panne électrique » qui a affecté tout le pays résume bien la situation. Une panne brutale et soudaine, annoncée par l’opposition mais aussi prévue par les syndicalistes de la compagnie d’électricité, qui a plongé les villes dans le noir, paralysé les téléphones, ordinateurs, distributeurs d’argent et d’essence, provoqué un rebond démentiel de la spéculation et une pénurie d’eau potable et d’équipements hospitaliers d’urgence. Bref un chaos surement attendu et espéré par l’opposition, mais aussi surement provoqué par l’incurie d’un gouvernement bureaucratisé et corrompu.

Ras-le-bol populaire

Malgré tout, le gouvernement Maduro tient toujours. En effet, deux mois après le déclenchement de cette offensive conjointe des secteurs de droite ultralibéraux et du gouvernement de Washington contre Maduro, il semble bien que ce dernier ait « gagné » la première manche. Contrairement à ce qu’espéraient sans doute Trump et Guaido, la hiérarchie des forces armées bolivariennes, cœur et garant du pouvoir de Maduro, n’a pas changé de camp. Les masses, non seulement de couches moyennes et aisées mais aussi populaires, qui avaient manifesté contre Maduro les mois précédents, ne sont pas cette fois descendues aussi nombreuses en soutien à l’opération Guaido-Trump.

Mais du côté de Maduro, qui est certes parvenu une fois de plus à mobiliser dans la rue des dizaines de milliers de partisans, ce fut également en bien moins grand nombre que dans un passé récent.

C’est sans doute que, pour la majorité de la population, le ras-le-bol de la situation et du régime, d’une part, et les craintes d’intervention militaire et le sentiment anti-impérialiste, d’autre part, ne suffisent plus à se mobiliser d’un côté ou de l’autre. Dans une situation aussi dramatique, beaucoup doivent craindre de servir de « chair à canon » pour un camp, et c’est le cas de Maduro comme celui de Guaido, qui ne leur inspire qu’une confiance et un enthousiasme très limités.

Les forces pro-Guaido sont fondamentalement dirigées par une droite raciste et revancharde préparant une véritable « contre-révolution blanche », ultralibérale, décidée à effacer jusqu’au souvenir des conquête de la période chaviste. Les forces pro-Maduro sont dirigées par un régime autoritaire et corrompu, pour lequel la « révolution bolivarienne » n’est qu’un slogan.

Nouvelles manœuvres à venir

Les semaines qui viennent seront sans doute l’occasion de nouvelles manœuvres, de nouveaux coup bas, et même, qui sait, de négociations souterraines entre Maduro, voire d’autres secteurs du « bolivarisme » cherchant un suppléant, et Guaido, voire d’autres secteurs de la droite cherchant un meilleur cheval. On ne voit pour l’instant se dessiner aucune issue favorable aux travailleurs et à la population vénézuélienne. L’absence de force populaire capable d’offrir à une échelle significative une perspective de lutte immédiate contre les effets désastreux de la crise, en même temps qu’une issue politique, résolument anti-impérialiste et démocratique, se fait cruellement sentir.

Quoi qu’il en soit, même si une intervention militaire impérialiste semble pour l’instant écartée, mais en aucun cas abandonnée, l’embargo économique et financier contre le Venezuela continue et s’aggrave. Et il est bien clair que notre solidarité avec le peuple vénézuélien contre l’impérialisme et ses serviteurs de droite est totale.

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