Yémen : quelques éléments pour comprendre cette autre « guerre sans fin »

Al Jazeera, 25 mars 2018

En septembre 2014, les Houthis ont pris le contrôle de la capitale du Yémen, Sanaa, et se sont dirigés vers le sud en direction de la deuxième plus grande ville du pays, Aden. En réponse aux progrès des Houthis, une coalition d’États arabes a lancé une campagne militaire en 2015 pour vaincre les Houthis et rétablir le gouvernement du Yémen. Voici quelques faits essentiels sur la guerre complexe au Yémen:

Des pertes civiles immenses

En date du 26 mars 2018, au moins 10 000 Yéménites ont été tués par les combats, avec plus de 40 000 victimes au total. Selon Save The Children, au moins 50 000 enfants sont morts en 2017, en moyenne 130 par jour. Le Haut Commissariat aux droits de l’homme a estimé que les attaques aériennes par l’Arabie saoudite ont causé près des deux tiers des décès de civils. Pour leur part, les Houthis ont été accusés d’avoir causé des pertes civiles massives en raison de leur siège de Taïz, la troisième plus grande ville du Yémen.

Des millions de déplacés

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) estime que plus de 3 millions de Yéménites ont fui leur domicile pour se réfugier ailleurs dans le pays et que 280 000 autres ont demandé l’asile dans d’autres pays, notamment à Djibouti et en Somalie. Les Yéménites déplacés doivent souvent faire face à un manque de nourriture et à un abri inadéquat. De nombreux Yéménites qui n’ont pas fui souffrent également, en particulier ceux qui ont besoin de soins de santé .

L’implication des pays étrangers

En 2015, l’Arabie saoudite a formé une coalition d’États arabes pour vaincre les Houthis au Yémen. La coalition comprend le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Égypte, le Maroc, la Jordanie, le Soudan et le Sénégal. Plusieurs de ces pays ont envoyé des troupes pour combattre sur le terrain au Yémen, tandis que d’autres n’ont mené que des attaques aériennes. Le gouvernement américain lance régulièrement des attaques aériennes contre des cibles d’Al-Qaïda et de Daesh au Yémen, et a récemment admis avoir déployé un petit nombre de troupes sur le terrain. Les États-Unis, avec d’autres puissances occidentales telles que le Royaume-Uni et la France, ont également fourni à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite des armes et des renseignements. L’Iran nie avoir armé les rebelles houthis, mais l’armée américaine a déclaré avoir intercepté des livraisons d’armes d’Iran au Yémen.

La dynamique conflictuelle entre l’Arabie saoudite et l’Iran

L’Arabie saoudite partage une longue et poreuse frontière avec le Yémen et craint ce qu’elle considère comme l’expansionnisme iranien. Les commentateurs des États du Golfe affirment souvent que l’Iran contrôle désormais quatre capitales arabes: Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa.

En Syrie, les rebelles soutenus par l’Arabie saoudite luttent contre le gouvernement de Bachar al-Assad, soutenu par l’Iran. Au Liban, l’Iran parraine le Hezbollah, tandis que l’Arabie saoudite soutient divers mouvements à dominante sunnite.

Al-Qaïda et Daesh

Le Yémen abrite depuis longtemps une branche d’al-Qaïda, considérée comme l’une des branches les plus dangereuses de l’organisation. Le groupe armé a pu étendre sa présence au Yémen dans le chaos qui a suivi l’éviction de l’ex président Saleh en 2011, prenant le contrôle du territoire du sud du Yémen.

Depuis le début de la guerre l’année dernière, Al-Qaïda a lancé plusieurs attaques contre les rebelles Houthi, qu’il considère comme des infidèles. En 2015, Al-Qaïda a repris Mukalla, capitale de la province et cinquième ville du Yémen. Cependant, en avril 2016, 2 000 soldats yéménites et émiriens ont lancé un raid terrestre sur Mukalla et chassé Al-Qaïda de la ville.

En décembre 2015, Daesh a annoncé la création d’une wilaya au Yémen. Depuis mars 2015, il est impliqué dans la guerre.

L’aide humanitaire

Au Yémen, les organisations humanitaires font face à des obstacles majeurs pour aider les Yéménites ayant besoin de nourriture, de médicaments et d’autres produits essentiels. Le siège houthi de certaines parties de la ville de Taïz a empêché l’arrivée de fournitures médicales critiques. L’Arabie saoudite a fait pression sur les ONG pour qu’ils quittent les zones contrôlées par les rebelles, affirmant que les travailleurs humanitaires sont en danger. En janvier 2016, un hôpital exploité par Médecins sans frontières a été touché par une roquette, tuant quatre personnes. Un attentat à la bombe perpétré par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a blessé au moins six personnes dans un hôpital dirigé par Médecins sans frontières en octobre 2015.

 

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