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Par Maamoun Maamoun, correspondant
Le nouveau président de la Bolivie, Rodrigo Paz a choisi la méthode de choc pour mater les mobilisations qui se sont développées en mai dernier par le mouvement social, paysan et syndical bolivien. Celui-ci a érigé pendant six semaines une centaine de blocages routiers. Il demande la démission du président élu à l’automne 2025. Depuis, le nouveau gouvernement a fait adopter une loi spéciale en juin pour permettre à l’armée de démanteler les mouvements de contestation et de poursuivre les directions des mobilisations. Un mandat d’arrêt a même été lancé contre l’ex-président socialiste de la Bolivie, Evo Morales, le 30 juillet de cette année.
Le carburant, déclencheur de la mobilisation
Les manifestations en Bolivie ont débuté au mois de mai de cette année en réaction à une pénurie de carburant. Les groupes qui se sont mobilisés le plus face à cette situation sont la centrale ouvrière bolivienne (COB), la principale fédération syndicale ouvrière du pays, le secteur des transports, comme les camionneurs, routiers ou les chauffeurs de bus directement touchés par le prix du carburant et de nombreux mouvements sociaux.
Les principales revendications du peuple bolivien sont: une augmentation de 20% du salaire minimum, un financement pour le secteur de l’éducation, des mesures pour réduire les files d’attente dans les stations-service comme le réclament les travailleurs du transport, un appel des mineurs à des négociations indépendantes avec le gouvernement concernant l’accès à de nouvelles zones minières et des revendications de manifestants exigeant la démission du président Paz.
L’adopton d’une loi spéciale
Après un mois de manifestations intenses et de blocages routiers, le gouvernement a intensifié sa réaction. Le 7 juin 2026, le président a adopté une loi autorisant à mobiliser l’armée pour lever les barrages routiers.
Par ailleurs, le 18 septembre 2026, la Bolivie a validé définitivement un accord de prêt de 1,9 milliard de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI) sur les trois prochaines années. Ce prêt vise à assister le pays afin de l’aider à sortir de sa crise économique la plus grave depuis des décennies. Cette dernière était marquée par une baisse de la production du gaz naturel, un déficit budgétaire qui dépasse les 10% du PIB et des réserves de devises étrangères épuisées. Ce programme vise un ajustement budgétaire de moins 8,5% du PIB en trois ans et notamment de mettre fin aux subventions du carburant d’ici 2027, des mesures annoncées par le président Paz.
Durant les années 1980-1990, les aides financières du FMI aux pays d’Amérique latine avaient imposé des ajustements structurels importants comme des coupes dans les dépenses publiques et la protection sociale, des privatisations massives, des dévaluations monétaires et une plus grande libéralisation commerciale. Malgré les critiques concernant ces politiques d’austérité, les gouvernements latino-américains continuent de faire appel au FMI lorsque leur dette devient trop importante car ils n’ont pas accès aux prêts à faible taux réservés aux pays les plus pauvres.
C’est ce que le Brésil a subi en 1998 lorsqu’il fut frappé par les conséquences de la crise asiatique. Le pays a vu ses réserves s’épuiser sous l’effet de la fuite des capitaux, contraignant Brasília à dévaluer le réal en janvier 1999. En décembre 1998 le FMI lui avait accordé un plan de sauvetage de 41,5 milliards de dollars.
Le même scénario se répète en Bolivie. Après deux décennies de gouvernance de gauche, l’effondrement de la production gazière a plongé le pays dans sa pire crise économique en quarante ans.
L’accord entre la Bolivie et le FMI
Cette chute de production gazière, des déficits publics dépassant 10 % du PIB et des réserves de devises épuisées poussent la Bolivie à signer un accord avec le FMI. Cela devrait lui permettre de rétablir ses réserves internationales nettes et freiner la pénurie de dollars qui ralentit les importations et alimente l’inflation.
Le programme prévoit une réduction budgétaire de 8,5 % du PIB sur trois ans afin d’effacer le déficit public et la suppression progressive des subventions aux carburants d’ici 2027, en contrepartie d’une hausse des dépenses d’aide sociale. Résultat : le prix du diesel a bondi d’un coup d’environ 83 %, passant de 9,80 à 17,95 bolivianos le litre soit environ 0,89 $ à 1,63 $ US. Cette hausse touche toute la population. L’objectif du FMI est de mettre fin à des décennies de prix bas et de renforcer les revenus dans les finances publiques boliviennes.
L’entente avec le FMI engage le pays à adopter des politiques d’austérité importantes que la population rejetait déjà au printemps dernier. Les revendications populaires n’ont pas été entendues. Malgré la pause suite aux démantèlements des barrages, d’autres mobilisations sont à prévoir.








