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Cinquante ans d’engagement, ça se célèbre et ça oblige également à regarder ce qui fut accompli et ce qui a changé. Créé en 1976 par un groupe religieux, à une époque marquée par les dictatures militaires en Amérique du Sud, le Comité des droits humains en Amérique latine (CDHAL) a depuis vu évoluer ses combat. De la défense des victimes de la répression aux luttes contre l’exploitation des territoires, son histoire raconte celle des résistances latino-américaines.

C’est dans un grand local du Centre Saint-Pierre, à Montréal, que s’est tenue, le 25 et 26 septembre dernier, la célébration du 50e anniversaire du Comité. Plus d’une quarantaine de personnes s’y sont réunies pour écouter des panélistes de différents horizons, revenir sur les batailles passées et réfléchir à celles qui se profilent à l’avenir.

Inspiré par la théologie de la libération, le CDHAL s’est d’abord construit autour de la solidarité avec les victimes des dictatures militaires du Chili et d’Argentine. Cette volonté s’est rapidement traduite par différentes initiatives qui avaient pour but de mobiliser et d’informer la population québécoise sur la répression en Amérique du Sud. Au fil des décennies, le combat du CDHAL s’est toutefois déplacé à mesure que le contexte sud-américain se transformait : lutte contre le néolibéralisme et dénonciation des accords de libre-échange, soutien au mouvement zapatiste et aux groupes altermondialistes ou encore défense des droits ancestraux, pour ne nommer que ceux-là.

Autoritarisme et extractivisme

Aujourd’hui, c’est bien le combat contre le modèle extractiviste qui dépossède tout un continent, qui se trouve au centre de l’engagement du Comité. Comme l’ont souligné les différentes panélistes, c’est ce modèle, à l’image d’un capitalisme sauvage et sans limites, qui constitue l’un des plus grands défis auxquels sont confrontées les sociétés latino-américaines. D’autant plus, lorsqu’il s’accorde aux gouvernements ultralibérales et à l’expansion des idées réactionnaires.

Les discussions sur l’Argentine, le Salvador ou encore la Colombie ont rappelé que l’extractivisme ne se résume pas qu’à la question environnementale. Il touche à la capacité des populations de décider de l’avenir de leur territoire. Lorsque les contestations sont affaiblies et réprimées, l’exploitation des régions peut progresser plus facilement, comme c’est le cas notamment, sous l’Argentine de Milei, dont l’agenda libertarien facilite le pillage du pays par les grandes corporations.

C’est là que le combat du CDHAL prend une nouvelle dimension. Les méthodes ont changé depuis 1976, mais une même question demeure : qui détient le pouvoir de décider ce qui peut être fait d’un territoire et de ses ressources?

L’Amérique latine, terre de convoitises

Les discussions autour de l’extractivisme nous mènent inévitablement à porter notre regard sur ce qui pourrait devenir les ressources stratégiques de demain, et surtout sur les convoitises qu’elles vont susciter. Le développement fulgurant des nouvelles technologies, notamment concernant l’armement et l’intelligence artificielle et les centres de données, mais aussi la transition écologique engagée par plusieurs pays du Nord, risque d’accentuer les activités extractivistes dans cette région qui regorge de richesses stratégiques. Des minerais comme le lithium, le cuivre ou encore les terres rares vont se retrouver au cœur des enjeux de demain et d’une course pour leur contrôle.

Comme l’a mentionné la panéliste Diana Potes, la question de l’autoritarisme et ces liens avec le modèle extractiviste possèdent une dimension géopolitique. C’est-à-dire qu’on peut dissocier ces enjeux aux rapports de force qui traversent le continent. Le retour d’une doctrine Monroe 2.0 par Trump, autant dans ses discours que dans ses actions, doit être compris sous cet angle : les ressources d’Amérique latine sont encore aujourd’hui essentielles pour la domination économique et politique des grandes puissances du nord, notamment pour un pays comme le Canada.

C’est dans ce contexte qu’une organisation comme celle du CDHAL demeure des plus importantes au Québec, car il faut rappeler qu’une grande quantité d’entreprises minières canadiennes se trouvent en Amérique du sud, participant depuis des décennies à cette expansion extractiviste prédatrices. L’impérialisme est toujours à l’œuvre et dans ce contexte, une organisation comme le CDHAL, qui travaille au maintien d’un réseau de solidarité et de mobilisation intercontinental, reste des plus pertinents.

Si les dictatures militaires ont laissé leur place, l’autoritarisme est revenu en force avec l’élection de plusieurs gouvernements d’extrême droite. C’est sur cette toile de fond que le combat du CDHAL s’inscrit, en se basant sur la lutte populaire face à l’extractivisme, comme l’un des principaux leviers de résistance, face aux dérives autoritaires de ces nouveaux gouvernements.

Lors du rassemblement, Ana Chayle, journaliste argentine invitée, a rappelé à l’aide d’une célèbre citation d’Eduardo Galeano portant sur l’utopie, que celle-ci sert avant tout à « avancer ». C’est peut-être ce que le CDHAL a su le mieux faire au cours de ces cinq décennies : continuer à avancer malgré les défis, sans jamais renoncer à son idéal de justice et sa quête du bien commun. Ainsi, l’horizon peut continuer de s’éloigner, mais il reste néanmoins toujours une raison de marcher.