Photo: Association France Palestine Solidarité

Ronald Cameron, responsable à la rédaction

De Paris à Montréal, les réactions des organisations de solidarité avec la Palestine s’entendent pour reconnaître l’avancée attendue depuis longtemps dans l’annonce de restreindre le commerce de biens provenant des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Mais d’une voix commune, les réseaux la considèrent insuffisante et réclament des mesures beaucoup plus larges.

Rappelons qu’une alliance de douze pays a annoncé vouloir restreindre le commerce de biens provenant des colonies. Outre la France et le Canada, on retrouve dans cette concertation, initiée par le Royaume-Uni, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Islande, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la Suède.

En France

En France, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) parle d’un «premier pas» et souligne que Paris commence ainsi à donner suite à l’avis rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de Justice sur l’occupation israélienne. Mais l’association demande d’étendre les restrictions aux services, aux investissements financiers et aux activités économiques directement liés aux colonies. Elle réclame également l’arrêt du commerce des armes avec Israël et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.

Oxfam France qualifie également la décision d’«avancée importante et bienvenue», tout en soulignant qu’une interdiction limitée aux marchandises ne suffit pas. L’organisation appuie une proposition de loi transpartisane visant plus largement les relations économiques avec les colonies. Pour plusieurs organisations françaises, l’annonce représente ainsi une première concrétisation d’une campagne menée depuis plusieurs années pour mettre fin au commerce avec les colonies.

Au Canada et au Québec

Le même constat domine au Canada. Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) présente l’annonce comme une «victoire pour le mouvement de solidarité avec la Palestine», mais demande à Ottawa d’inclure les services, les investissements et les biens immobiliers liés aux colonies. L’organisation remet également en cause l’Accord de libre-échange Canada–Israël, qui, selon elle, contribue à normaliser économiquement l’intégration des territoires palestiniens occupés à Israël.

Voix juives indépendantes Canada salue elle aussi le changement de politique tout en réclamant des sanctions plus étendues. Elle souligne notamment que les modalités concrètes d’application des restrictions canadiennes restent encore à préciser.

Au Québec, la Coalition du Québec URGENCE Palestine adopte une position semblable. Le titre de son communiqué résume son appréciation : «Le Canada doit faire beaucoup plus». Pour la Coalition, Ottawa doit aller au-delà des marchandises provenant des colonies et agir contre les relations économiques et les investissements qui contribuent au maintien de l’occupation.

Une convergence assez nette apparaît donc entre les mouvements français, québécois et canadiens. Après des années de campagnes dénonçant l’écart entre la condamnation diplomatique de la colonisation et le maintien des relations économiques qui la soutiennent, les restrictions annoncées sont considérées comme une première brèche.

Agir sur les investissements

Mais pour ces organisations, la question est déjà ailleurs : les gouvernements iront-ils au-delà des produits des colonies pour agir sur les investissements, les entreprises, les services et les autres relations économiques qui contribuent au maintien de l’occupation?

Voir aussi : Pourquoi le Royaume-Uni a entrepris un mouvement dans les pays occidentaux pour sanctionner les colonies israéliennes en Cisjordanie ?