Mario Gil Guzman, participant au FSM 2026 pour le Journal d’Alter

Le Forum social mondial en 2026 est face à la barbarie du XXIe siècle. Un FSM particulier, avec des actions du gouvernement béninois pour saboter sa tenue, avec les caravanes de la Convergence Terres Eau et Semences de l’Ouest africain bloquées à la frontière deux jours et plusieurs militant.es refoulé.es à l’aéroport. Mais un travail acharné des réseaux organisateurs depuis quatre ans qui a réussi sa tenue. Quelle pertinence pour développer un autre monde au temps du fascisme ?

La barbarie du capitalisme contemporain

Aujourd’hui, le capitalisme ne se soucie pas des lois, celles de la démocratie libérale auxquelles les États ont adhéré lors des déclarations universelles des droits humains, des proclamations faites sur mesure pour le capital. Le droit à la propriété est inscrit comme un droit fondamental au même niveau que le droit à la vie, sans lequel aucun autre droit n’a de sens.

Cette démocratie libérale a permis que les possédants, ceux qui avaient déjà du capital, hérité des royaumes et autres expropriations et exploitations, agissent avec des avantages. Le capitalisme s’est formé avec l’idée que l’échange de marchandises allait permettre aux individus de participer aux relations économiques librement. Par la vente des produits et services ou bien par la vente de la marchandise travail. Mais dès le début, le travail ouvrier des secteurs populaires était sans équivalence aux bénéfices de ceux qui comptaient avec le nom, la classe et le pouvoir.

Les capitalistes ne se sont jamais conformés aux conditions que lui offrait la loi. Ils ont toujours trouvé moyen de bénéficier plus du travail à chaque fois, que ce soit par l’esclavage, l’accaparement de la technologie, la persécution de la créativité populaire, les guerres, les économies souterraines, le monopole sur la production, les finances, la vérité, les ressources naturelles ou bien la supposée supériorité culturelle.

Cette relation est brisée. Les élites, ne voulant plus s’attarder aux droits, sont sans gêne. Elles instaurent des dictatures, font des génocides, sèment des guerres, détruisent l’environnement, recherchent de plus et plus de contrôle sur la planète. Les entreprises qu’elles contrôlent créent des pandémies ou, si elles ne les créent pas, en bénéficient très fortement, tout comme pour les tremblements de terre ou bien sautent sur tout ce qui leur vient en tête pour exploiter de plus en plus le vivant !

Une des principales voies qu’elles ont empruntées, c’est le monopole du marché, produit de plus de 30 ans de néolibéralisme, période dans laquelle les États ont transféré du capital stratégique aux compagnies, communication, énergie, services d’eau potable, électricité, santé, éducation, élections, sécurité.

Le Forum social mondial de Cotonou

Le FSM 2026 est toujours à un chassé-croisé des horizons. Plusieurs revendiquent plus de démocratie libérale, d’autres croient à la nécessité de dépasser le capitalisme comme matrice régulatrice de la relation économique. Quoi qu’il en soit, dans les forums, on rencontre toujours des alternatives, construites depuis des projets communautaires, des luttes rurales et urbaines, locales, en réseau, ou bien par des gens intéressé.es aux luttes et aux apprentissages.

Les mouvements sociaux ont besoin de la créativité collective, mais aussi de l’apprentissage historique. Aussi importante est la discussion politique comme l’échange des expériences pratiques en alimentation, stratégies, méthodologies, etc., mais tout aussi important est de donner une place aux jeunes et aux luttes qui les concernent.

Le Forum doit être accessible, sans quoi beaucoup de jeunes et les classes populaires se voient exclus. Les activités des économies populaires doivent se renforcer, afin de générer des ressources pour les communautés locales, qui puissent aider au renforcement des actions collectives.

Ce sont toutes ces réflexions que propose le Forum social mondial dans ses 25 ans, célébrés à Cotonou en août 2026. Tous les événements nous ont appris l’importance de renouveler la militance et, pour ma part, de la radicaliser pour dépasser le capitalisme. Un autre monde est possible, et c’est bien celui que construisent les peuples organisés.