Andy Burnham, Premier ministre travailliste (gauche) et Ed Miliband, secrétaire d'État aux Affaires étrangères (droite). @House of Commons/AFP/Getty Images.
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Mathieu Claude-Giroux, collaboration

«Le gouvernement britannique reconnaît qu’un nettoyage ethnique est en cours en Cisjordanie, perpétré par des colons terroristes». Ce sont les mots forts qu’a choisis le nouveau secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Ed Miliband, pour dénoncer l’expansion de l’occupation illégale de la Cisjordanie par Israël. Ce changement de ton historique de la part du gouvernement britannique s’accompagne de sanctions économiques imposées aux territoires occupés, qui interdisent l’importation de marchandises issues des colonies illégales. Onze alliés du Royaume-Uni, tels que la France et le Canada, se sont joints à la démarche, affirmant vouloir préserver la possibilité d’une solution à deux États.

Face à la Chambre des communes britannique, Miliband, aux côtés du nouveau Premier ministre travailliste Andy Burnham, a dénoncé la «mort, la destruction et la déshumanisation» de la population palestinienne aux mains de l’État israélien. Il a également déploré la violence coloniale en Cisjordanie, en invoquant les images morbides des bulldozers rasant des communautés palestiniennes et expulsant des familles de leurs terres ancestrales. La complicité de l’État d’Israël dans les attaques terroristes des colons contre des personnes palestiniennes, qui s’élèvent à six par jour selon l’ONU, a également été critiquée.

L’imposition de sanctions marque une rupture avec l’attitude de l’ancien gouvernement Starmer à l’égard des actes illégaux d’Israël. Pour la première fois, Israël devra faire face à de véritables conséquences économiques, au-delà de quelques sanctions ciblées, en raison de ses violations du droit international. Les sanctions ont été accueillies par le président palestinien Mahmoud Abbas, qui considère le geste du Royaume-Uni et de ses alliés comme un pas important. Amnesty International a également accueilli les restrictions économiques, tout en soulignant que celles-ci devaient tracer la voie pour des mesures visant à mettre fin au système d’apartheid qu’Israël impose à la population palestinienne.

Ce changement de cap n’aurait pas été possible sans les centaines de milliers de personnes mobilisées au Royaume-Uni en solidarité avec le peuple palestinien, malgré une forte répression étatique. Miliband lui-même a avoué que les militants et militantes ont joué un «rôle important» dans l’élaboration de la nouvelle position du gouvernement. Il faut également souligner l’influence de la pression de la gauche sur cette décision. Une part significative de l’électorat travailliste s’est désillusionnée quant au parti depuis les élections de 2024 qui ont porté Keir Starmer au pouvoir. Plusieurs ont déserté le Parti travailliste en raison de la position de Starmer vis-à-vis d’Israël, se tournant plutôt vers le Parti vert de Zack Polanski, un parti de gauche qui a accusé le gouvernement travailliste de Starmer d’être un «participant actif» au génocide de la population gazaouie. Selon un sondage d’Opinium réalisé en juin, avant la démission de Starmer, plus de 50 % de l’électorat traditionnel travailliste qui envisageait de voter pour un autre parti de centre ou de gauche aux prochaines élections citait la position du Parti travailliste sur Israël parmi les raisons de son départ. Ainsi, quand Andy Burnham a remplacé Keir Starmer à la tête du Parti travailliste et a nommé Ed Miliband comme secrétaire d’État aux Affaires étrangères, il était clair qu’un changement de position quant à Israël était nécessaire pour regagner la confiance du public.

Si la nouvelle position travailliste marque un pas dans la bonne direction, il faut souligner qu’elle est loin de mettre fin à la complicité britannique avec les activités illégales d’Israël. Comme l’a fait remarquer Jeremy Corbyn, ancien chef du Parti travailliste devenu co-dirigeant du parti socialiste «Your Party», la Force aérienne royale, qui survole la bande de Gaza, offre encore des services de renseignement militaire à la Force de défense d’Israël. De plus, Israël peut toujours fabriquer des armes sur le territoire britannique, tandis que le Royaume-Uni continue d’exporter vers Israël des composants destinés aux avions de combat F-35.