Sahara occidental : résistance pacifique face à l’occupation

Manifestation pro Sahara Occidental au FSM 2026 de Cotonou @ crédit photo urielnoukoudodji.heic

par Mouna Chaabouni, membre du collectif Jeunesse pour le FSM 2026 à Cotonou 

Lors du Forum Social Mondial 2026 à Cotonou, une conférence intitulée «Sahara occidental : résistance pacifique face à l’occupation» a donné la parole à des Sahraoui.es. Leur message : dénoncer les crimes et violations graves commis contre les personnes civiles, les disparitions forcées, les emprisonnements arbitraires dans les prisons marocaines. Les panélistes ont lancé un appel pour la constitution d’un mouvement mondial de solidarité pour soutenir le peuple sahraoui.

Sahara occidental : Un peuple en quête de justice

Depuis 1963, le Sahara occidental figure sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies. C’est le dernier territoire africain dans cette catégorie, le seul dont la décolonisation reste inachevée. Si certains pays reconnaissent aujourd’hui la souveraineté marocaine, le statut juridique du territoire, lui, n’a pas bougé d’un pouce.

L’Union africaine reconnaît la République arabe sahraouie démocratique (RASD) comme État membre à part entière et réclame l’expression de la volonté libre et authentique de la volonté du peuple sahraoui.

Plus de 50 ans d’occupation

L’histoire commence en 1975, quand l’Espagne se retire du Sahara occidental sans tenir son engagement de décoloniser ce territoire et en cédant le territoire au Maroc et à la Mauritanie. Le Maroc occupe alors la majeure partie du territoire, déclenchant un conflit armé avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui. La Mauritanie se retire en 1979.

En 1991, l’ONU négocie un cessez-le-feu et déploie la MINURSO, une mission censée organiser un référendum : indépendance ou intégration au Maroc. Ce référendum n’aura jamais lieu. Le Maroc refuse l’option de l’indépendance, le Polisario l’exige. Résultat : le conflit reprend en 2020, après 29 ans de trêve fragile.

Un point est pourtant clair : le droit international garantit au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination. La Cour internationale de Justice l’a réaffirmé dès 1975.

Des réfugié.es et une colonisation de peuplement

Aujourd’hui, au moins 173 000 réfugié.es sahraouis résident actuellement dans des camps isolés, situés près de la ville de Tindouf en Algérie, administrés par le Front Polisario. Pendant ce temps, la population du Sahara occidental occupé est désormais majoritairement marocaine, suite à l’installation de colons depuis 1975.

Petit problème : le droit international humanitaire interdit formellement à une puissance occupante de transférer sa population dans un territoire occupé. Selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, de tels transferts constituent un crime de guerre.

La résolution 2797 : un tournant controversé

En 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 2797, soutenue par les États-Unis. Elle promet «une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable» et réaffirme le «principe de l’autodétermination». Dans les faits, elle ne reconnaît pas l’option indépendance et table sur le plan marocain d’autonomie de 2007.

Le texte n’aborde pas le droit aux réparations et ne définit pas de manière précise les habitant.es du Sahara occidental ayant droit à l’autodétermination, il a été rejeté par le Polisario.

Témoignages au Forum Social Mondial

L’atelier au FSM 2026 à Cotonou a été l’occasion de présenter un rapport du Collectif des défenseurs des droits de l’homme sahraouis (CODESA) qui confirme les témoignages entendus : plus de 38 000 crimes et violations graves ont été documentés en 50 ans d’occupation militaire.

Trois phases d’une occupation brutale

L’histoire est découpée en trois phases :

    • Octobre 1975 — septembre 1991 : Invasion militaire, annexion, crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
    • Septembre 1991 — novembre 2020 : Poursuite des crimes contre l’humanité, répression systématique contre les défenseur.es des droits humains, blogueur.euses, étudiant.es et civils sahraouis, dans une logique de punition collective, et poursuite de l’exploitation illégale des ressources naturelles sahraouies avec la complicité des pays européens, notamment l’Espagne et la France.
    • Depuis 2020 : Rupture du cessez-le-feu par le Maroc, occupation de nouvelles zones, bombardements de civils à l’est du mur militaire à l’aide de drones.Un quotidien de violations

À cela s’ajoutent, au quotidien, tortures, détentions arbitraires, discrimination systématique, pillage des ressources naturelles (avec la complicité d’entreprises étrangères, une pratique jugée illégale par la Cour de justice de l’Union européenne), démolitions de maisons, confiscations de terres, expulsions et déplacements forcés.

Autre fléau : les mines terrestres, plantées massivement par l’armée marocaine, qui continuent de tuer et de mutiler des civils sahraouis, tout en dévastant l’environnement

Un appel à la mobilisation

Un appel fut lancé pou mettre sur pied un mouvement mondial de solidarité pour soutenir le peuple sahraoui. On réclame l’envoi d’une commission internationale d’enquête sur les crimes commis par la puissance occupante marocaine, notamment les violations du droit à l’autodétermination et à la souveraineté sur les ressources naturelles.

Le Sahara occidental n’est pas un conflit oublié. C’est une question de droit, de justice et de dignité humaine. Et le peuple sahraoui, lui, n’a pas fini de résister. La décolonisation du Sahara occidental, par l’application du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, constituerait la première pierre fondamentale à l’édification du Grand Maghreb des peuples, tant espéré par les populations d’Afrique du Nord.