«Taxer les riches!» : vers une internationale de la justice fiscale ?

Par Ronald Cameron, responsable de la rédaction

La campagne électorale au Québec est bien engagée et malgré que la société bien pensante n’arrête pas de dissuader de taxer les grandes fortunes, Québec solidaire a réussi à mettre la question dans l’actualité et à obtenir des appuis! Or, s’il est une préoccupation qui se développe au niveau international dans plusieurs pays occidentaux, il s’agit bien de l’accroissement des fortunes et des écarts de richesse.

De la mauvaise foi

Des médias qui se disent neutres ont rapidement mobilisé leurs journalistes pour défendre l’idée que la proposition d’imposer les grandes fortunes serait inutile, en invoquant l’évasion fiscale. On nous a répété que croire à cette mesure serait vain, car les plus riches trouveront toujours un moyen de contourner les règles. C’est ce qu’on appelle du défaitisme! La palme d’or revient probablement à Radio Canada et à son journaliste Jean Philippe Hugues, qui conclut, «faits vérifiés», que la mesure ne fonctionnera pas. Jean François Lysée a eu le courage de dire la vérité et est le seul, ces derniers temps, à s’opposer à cette prétendue neutralité.

Il n’est pas normal que les plus riches échappent à leurs obligations fiscales. Ce qui choque profondément la population, c’est de voir augmenter la fortune de façon indécente sans que leurs privilèges soient remis en question.

Une mobilisation internationale pour la taxation des grandes fortunes

Aujourd’hui, il existe un véritable écosystème transnational de mouvements qui militent pour la taxation des grandes fortunes. Ce réseau, qui s’est solidement structuré ces dernières années, rassemble des ONG de justice fiscale, des mouvements sociaux, des syndicats, des organisations écologistes et, plus récemment, des collectifs de millionnaires qui demandent à être davantage imposés.

En voici quelques uns au niveau mondial :

  • Le Tax Justice Network est sans doute le réseau intellectuel et militant le plus influent au niveau international en matière de justice fiscale. Il se consacre à l’évasion fiscale, aux paradis fiscaux, à la taxation du patrimoine et à la fiscalité des multinationales. Il publie de nombreuses données que les journalistes peuvent exploiter.
  • Oxfam International est l’une des organisations les plus visibles dans la campagne pour taxer les ultrariches. Ses rapports annuels sur les milliardaires et les inégalités sont souvent cités dans les appels à un impôt mondial sur les grandes fortunes.
  • Patriotic Millionaires réunit des personnes fortunées qui demandent explicitement que leurs propres impôts augmentent et que la taxation des milliardaires soit beaucoup plus forte. Des branches existent aux États Unis et au Royaume Uni. En juillet 2026, la branche britannique a indiqué que plus de 120 millionnaires avaient demandé au nouveau premier ministre britannique de taxer davantage leur richesse.

France : un important incubateur de mobilisation

Attac France, Oxfam France et 350.org mènent une campagne commune en France. Elles organisent des actions d’interpellation des parlementaires et soutiennent la taxation des ultrariches comme moyen de financer les services publics et la transition écologique.

Manifestation intersyndicale à Paris lors des grèves du 18 septembre 2025 contre les politiques d’austérité qui détruisent les services publics, les conditions de travail, l’environnement, etc. @ crédit Jeanne Menjoulet, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons

Oxfam France propose un programme fiscal plus complet : taxe Zucman, ISF climatique, taxation accrue des dividendes, réforme de la taxe sur les transactions financières et taxation des très gros héritages. Selon ses estimations, cinq de ces mesures pourraient générer plus de 69 milliards d’euros.

La France est devenue l’un des principaux laboratoires de cette bataille, notamment autour de la « taxe Zucman », du nom de Gabriel Zucman, un économiste qui a lancé l’idée et qui œuvre en Californie. Il s’agit d’un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. La taxation des grandes fortunes reste un enjeu politique en France.

Royaume Uni : une coalition sociale assez remarquable

Au Royaume Uni, Tax Justice UK conduit une campagne structurée en faveur d’un prélèvement de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 10 millions de livres. L’organisation estime que cette mesure pourrait rapporter environ 24 milliards de livres par an.

Par ailleurs, une coalition beaucoup plus large s’est formée autour de la même revendication et qui regroupe les réseaux suivants : Tax Justice UK, Oxfam GB, Greenpeace UK, 350.org, Green New Deal Rising, 38 Degrees, Patriotic Millionaires UK et le syndicat Fire Brigades Union, entre autres.

En novembre 2025, cette coalition a remis plus de 575 000 signatures au gouvernement pour demander une taxation accrue des super riches. Le dossier est très actuel : au 7 septembre 2026, la possibilité d’une taxation accrue du patrimoine fait partie du débat autour du prochain budget britannique.

Aux États Unis

Deux organisations jouent un rôle clé.

  • Americans for Tax Fairness organise des campagnes nationales autour du slogan « Tax the Rich » et collabore avec des syndicats et des groupes progressistes. Sa campagne 2026 relie explicitement la taxation des milliardaires au financement de la santé, de l’éducation et des programmes sociaux.
  • À cela s’ajoute Patriotic Millionaires, qui attire l’attention parce que ses porte parole sont eux mêmes millionnaires. Le mouvement conteste directement l’idée selon laquelle les personnes fortunées s’opposeraient toujours à une hausse de leur fiscalité.

De nombreuses campagnes locales et étatiques — notamment à New York, en Californie et dans l’État de Washington — mobilisent également beaucoup de gens aux États Unis. Lors des élections à mi mandat en novembre prochain en Californie, l’électorat devra choisir d’adopter ou non une taxe de 5 % sur la richesse des milliardaires. Son adoption pourrait renforcer un mouvement mondial de taxation des gouvernements de l’extrême richesse.

Graphique qui présente l’accroissement de la richesse des 0,001 de la population la mieux nantie des États-Unis face à la moyenne (40 %) ou au moins bien nantie (50%) 1975-2025, source https://realtimeinequality.org via Gabriel Zucman.

Canada et Québec

Au Canada, l’organisation la plus spécialisée est Canadiens pour une fiscalité équitable (Canadians for Tax Fairness). Elle mène une campagne intitulée « Taxons la richesse » et réclame un impôt progressif sur le patrimoine : 1 % au dessus de 10 millions $ ; 2 % au dessus de 50 millions $ ; 3 % au dessus de 100 millions $.

L’organisation estime que cette mesure pourrait rapporter plus de 39 milliards $ la première année. Elle demande aussi une tranche supplémentaire d’impôt sur les revenus supérieurs à un million de dollars, une réforme de l’imposition des gains en capital et une taxation des grandes successions. (Tax Fairness)

Le Québec ne reste pas en retrait. Les déclarations médiatisées de Claire Trottier, milliardaire Québécoise qui a appelé les pouvoirs publics à hausser la taxation des plus riches, ainsi que la récente campagne de la Coalition Main rouge, le manifeste 2026 du Collectif pour un Québec sans pauvreté et la coalition Échec aux paradis fiscaux illustrent les développements récents à ce propos. On doit aussi mentionner le travail d’Attac-Québec, l’Observatoire québécois des inégalités et l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Un mouvement qui commence à converger

Autrefois dispersées, ces campagnes tendent maintenant à se regrouper autour de revendications communes : un impôt annuel sur les très grandes fortunes, un impôt minimum sur les milliardaires, une taxation plus forte des héritages, la suppression des échappatoires fiscales et une imposition des revenus du capital proche de celle du travail. Elles relient aussi trois luttes qui étaient souvent séparées — inégalités sociales, financement des services publics et financement de la transition écologique.

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