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par Sara Bouakkaz, correspondante
Durcissement des politiques migratoires américaines, guerres régionales, et crise climatique, le World Press Photo (WPP) 2026 ramène ces grandes crises mondiales qui ont marqué la dernière année à leur échelle la plus concrète : celle des personnes qui doivent souffrir leurs conséquences. Jusqu’au 12 octobre, le Marché Bonsecours de Montréal reçoit les images de 42 photographes qui ont documenté les bouleversements ayant marqué la dernière année.
Un corridor de tribunal à New York. Deux adolescentes agrippées à leur père, placé en détention par les agents de l’immigration. La photo ne montre ni la Maison-Blanche, ni un discours politique, ni les données migratoires américaines. Pourtant, elle décrit cette première année du second mandat de Donald Trump avec une fidélité que les statistiques ne peuvent rendre.
La photo Separated by ICE de Carol Guzy a été choisie photo de l’année 2026 par le World Press Photo. Prise le 26 août 2025, elle montre Luis, un migrant équatorien, au moment de son arrestation par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) après une audience au tribunal de l’immigration à New York. Ses filles de 13 et 15 ans tentent de rester auprès de lui.
Cette image donne le ton d’une exposition où la politique apparaît moins à travers celles et ceux qui la décident qu’à travers celles et ceux qui la subissent. Présentée au Marché Bonsecours toujours en cours, la 19e édition montréalaise réunit les œuvres de photographes toutes et tous récompensé·es cette année. Le concours a reçu 57 376 photographies de 3 747 photographes provenant de 141 pays.
Les conséquences humaines des décisions politiques
Les États-Unis reviennent à plusieurs reprises, mais leur politique extérieure a des répercussions bien au-delà de leurs frontières. En Afghanistan, Elise Blanchard photographie des femmes enceintes, des mères et des sages-femmes dans des régions reculées après le gel de presque toute l’aide étrangère américaine par l’administration Trump. Selon les informations accompagnant la série d’images, cette décision a entraîné la suspension ou la fermeture de 422 établissements de santé dans le pays.
Cette attention portée aux conséquences humaines se retrouve à travers l’exposition. À Gaza, Aid Emergency in Gaza, de Saber Nuraldin, montre des Palestinien·nes tentant d’atteindre un camion transportant de la farine. Dans la série Witnessing Gaza, Saher Alghorra documente la faim, les déplacements, la destruction, mais aussi le quotidien de familles dont le quotidien est bouleversé par la guerre. Une de ses photographies présente notamment un enfant de deux ans souffrant de malnutrition auprès de sa mère.
Au Soudan, le travail d’Abdulmonam Eassa documente à son tour les conséquences du conflit sur les populations civiles. Sa série montre des villes ravagées par la guerre, mais aussi des personnes déplacées et des enfants dont la vie quotidienne s’est réorganisée autour du conflit. Selon World Press Photo, huit millions d’enfants soudanais ne sont plus scolarisés.
Le climat, une crise déjà bien réelle
Même constat du côté de la crise climatique. Los Angeles on Fire, d’Ethan Swope, documente les incendies qui ont frappé la Californie en janvier 2025, après une combinaison de sécheresse, de chaleur et de vents violents. Les images dévoilent de l’immensité des flammes aux communautés prises dans leur progression.
Au Mexique, César Rodríguez adopte au contraire le temps long. Son projet Mexico, A Changing Climate suit pendant plusieurs années les inondations, sécheresses, pénuries d’eau et déplacements de populations. À Chalco, une femme se tient dans sa cour inondée ; ailleurs, l’érosion fait disparaître progressivement le territoire habité. Le changement climatique n’y apparaît plus comme une menace future, mais comme une réalité déjà brutale, qui transforme les territoires et les conditions de vie.
C’est peut-être ce qui relie le mieux les images de cette édition. Guerres, politiques migratoires, décisions gouvernementales et bouleversements climatiques appartiennent habituellement à des catégories différentes de l’actualité. Au Marché Bonsecours, leurs conséquences finissent pourtant par se rejoindre : une famille séparée, une clinique vide, une maison détruite, un enfant privé d’éducation, une communauté sinistrée.
Les crises ont toujours une dimension individuelle
Pris ensemble, ces récits photographiques ramènent ainsi les grands titres de l’actualité à leurs conséquences concrètes, des vies bouleversées. Derrière une politique migratoire, une guerre ou une catastrophe climatique, le World Press Photo 2026 fait apparaître les personnes qui en supportent les conséquences et rappelle que les crises mondiales se vivent toujours, quelque part, à l’échelle individuelle.
Montrer ces réalités soulève pourtant le risque de transformer la douleur d’autrui en spectacle. Mais détourner le regard comporte aussi un risque : celui de laisser ces réalités devenir lointaines, abstraites, réduites à des chiffres ou à quelques titres d’actualité. Le photojournalisme affirme alors sa nécessité lorsqu’il rend visibles, sans les banaliser, les réalités humaines derrière les crises.
Ce rôle devient particulièrement important auprès d’un public occidental souvent éloigné de ces évènements, mais aussi auprès d’une jeunesse qui participera aux décisions de demain. Ces images donnent un visage à des réalités que la distance rend trop facilement abstraites.








