Canada : après le cuisant échec

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Thomas Woodley, Rabble. 19 juin 2020

En 2016, le président américain Barack Obama a déclaré: «Le monde a besoin de plus de Canada». Plus tôt cette semaine, cependant, le monde s’est exprimé en rejetant la candidature du Canada à l’un des deux postes vacants pour un siège non permanent de deux ans au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU). 

Le vote a été une réprimande retentissante de la campagne de relations publiques du gouvernement Trudeau pour l’un des sièges convoités. Malgré son appartenance au G7 et au G20, et ses nombreuses alliances dans les Amériques, en Europe et dans la région Asie-Pacifique, le Canada (37 millions d’habitants) a été battu par la Norvège (5,3 millions d’habitants) et l’Irlande (4,9 millions d’habitants).

C’était encore un autre signe que, malgré les mythologies selon lesquelles l’élite politique du Canada pourrait tourner, le Canada a décliné sur la scène mondiale. Les Canadiens aiment se considérer comme une présence bienveillante et pacifique dans le monde, mais la réalité est que pour de nombreux pays, le programme du Canada ces dernières années semble peu différent de celui des États-Unis.

Il y a sans aucun doute de nombreuses raisons pour lesquelles la campagne du Canada pour un siège au Conseil de sécurité a échoué. La plupart des analyses ont souligné que la Norvège consacre entièrement 1% de son revenu national brut à l’aide au développement international, contre 0,27% pour le Canada. Et pour sa part, l’Irlande a contribué beaucoup plus aux missions de maintien de la paix des Nations Unies que le Canada au cours des dernières années. 

Mais il y a aussi le sentiment que le gouvernement Trudeau manque de sincérité alors qu’il promet d’investir dans un monde meilleur. Il parle de lutter contre le changement climatique, mais investit dans les oléoducs et ne parvient pas à atteindre ses objectifs climatiques internationaux. Il signe le Traité international sur le commerce des armes et fournit une aide humanitaire au Yémen, mais ne parvient pas à freiner les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, l’un des pires violateurs des droits de l’homme au monde. 

Les résultats d’un sondage EKOS publié cette semaine démontrent que les Canadiens s’attendent à un engagement substantiel du Canada dans les dossiers internationaux. Une forte majorité de Canadiens estiment que le gouvernement devrait accroître son engagement à lutter contre les changements climatiques, et une majorité de Canadiens estiment que le gouvernement devrait accroître sa contribution au maintien de la paix internationale.

Les exemples de manque de sincérité se poursuivent: l’échec du gouvernement Trudeau à s’attaquer à des siècles de non-respect des droits autochtones; son incapacité à freiner les sociétés minières canadiennes voyous; son échec à contrer le militarisme américain.

L’éléphant dans la salle, cependant, est le bilan embarrassant du Canada en matière de couverture diplomatique des violations des droits de l’homme commises par Israël.

En 2018, lors d’une allocution en Israël, la ministre canadienne des Affaires étrangères de l’époque, Chrystia Freeland, a affirmé que, si elle réussissait dans sa candidature à un siège au Conseil de sécurité, le Canada tenterait d’être un « atout pour Israël ». Cette affirmation s’appuie sur des années de vote unilatéral aux Nations Unies – sous Harper et Trudeau – où le Canada se joint à plusieurs reprises à Israël et aux États-Unis en petite minorité pour voter contre les résolutions visant à tenir Israël responsable de ses violations des droits de l’homme. 

Plus que tout autre acte, la tentative du Canada de protéger Israël de la condamnation internationale se concrétisait dans sa menace de réduire le financement de la Cour pénale internationale (CPI) si le tribunal procédait à une enquête sur des crimes de guerre contre des responsables israéliens.

Pour être juste, le gouvernement Trudeau donne du bout des lèvres une solution négociée au conflit israélo-palestinien. Mais puisqu’il n’y a pas eu de négociations entre Israël et les Palestiniens depuis 2014, cela n’a littéralement aucun sens, en particulier pour les Palestiniens vivant sous une occupation militaire israélienne brutale . 

En effet, la frustration suscitée par la politique absurde du gouvernement Trudeau à l’égard d’Israël-Palestine est devenue si intense qu’elle a entraîné un mouvement canadien de base contre la candidature du Canada au Conseil de sécurité des Nations Unies! 

Dans la campagne dirigée contre les 193 délégations des Nations Unies, plus de 100 organisations canadiennes et des dizaines de personnalités ont exhorté les pays à voter contre la candidature du Canada au CSNU. Et bien que le gouvernement canadien ne veuille pas admettre que cette campagne populaire a eu beaucoup de succès, une lettre défensive en réponse la semaine dernière du représentant permanent du Canada auprès de l’ONU dément une telle affirmation. 

Le sondage d’EKOS la semaine dernière a démontré que, sur la question d’Israël-Palestine, non seulement le gouvernement Trudeau est en décalage avec la communauté internationale, mais également en décalage avec la majorité des membres du Parti libéral, qui veulent le Canada accroître son soutien aux droits humains palestiniens.

Ce qui est troublant à propos du soutien du Canada à des intérêts puissants et militaristes, c’est qu’il va vraiment à l’encontre des intérêts à long terme du Canada. En tant que puissance intermédiaire avec une population relativement petite, le Canada dépend d’un système mondial multilatéral fondé sur des règles pour prospérer.