Canada : une candidature au Conseil de sécurité hautement contestée

Arnold August, Agendia  latino-americana de informaciones, 12 juin 2020

 

Il y a trois aspirants aux prochaines élections pour un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Contrairement aux deux autres, la Norvège et l’Irlande, le Canada actuel représente la quintessence du colonialisme moderne. Bien que les États-Unis soient la puissance coloniale par excellence de l’après-Seconde Guerre mondiale, le Canada n’est pas loin derrière. Le Canada est l’un des plus importants alliés des Affaires étrangères des États-Unis. Contrairement à la Norvège et à l’Irlande, le Canada est un pays du G7 et fait donc partie du groupe considéré comme le comité de coordination de facto pour les affaires internationales. En réalité, c’est aussi le groupe qui coordonne la domination coloniale partout dans le monde.

Le Canada est arrivé tardivement au G7, n’ayant été admis dans ce club exclusif qu’en 1976. Cependant, depuis la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements canadiens successifs, quel que soit le parti politique au pouvoir, ont constamment « mérité » la place du Canada au « soleil colonial ». Cela est en grande partie attribuable à son engagement inconditionnel à l’égard de l’assujettissement du Tiers Monde dirigé par les États-Unis. Si cela n’avait pas été le cas, un pays comme la Chine aurait pu, à la place, être invité au G7. Bien sûr, quelle que soit son opinion sur ce pays, la Chine ne s’aligne pas sur les États-Unis.

Concentrons-nous sur l’Amérique latine et les Caraïbes ; commençons par Haïti. Ce pays a connu la première rébellion d’esclaves réussie au monde. Il a établi une république noire indépendante en expulsant le régime colonial français du pays. Mais dans l’histoire plus récente, le Canada a été un acteur clé dans un coup d’État contre le président haïtien Jean-Bertrand Aristide. Depuis cet événement de 2004, le Canada est l’un des chefs de file d’un soi-disant groupe restreint, avec les États-Unis et la France, qui continue de soutenir l’assujettissement violent d’Haïti aux intérêts occidentaux.

Encore, le Canada collabore pleinement avec les États-Unis pour tenter de renverser le gouvernement vénézuélien par tous les moyens nécessaires. En fait, avec les États-Unis et la Colombie, le gouvernement Trudeau est à la tête de cet effort par l’entremise du soi-disant Groupe de Lima. L’administration Trump ne fait pas partie du Groupe de Lima, parce que Trudeau fait son sale boulot à sa place. Trudeau est le porte-étendard libéral qui agit comme front diplomatique pour Trump, tandis que le président colombien Iván Duque représente l’aile armée du Groupe de Lima.

Le gouvernement Trudeau a également joué un rôle clé dans le coup d’État dirigé par les États-Unis contre Evo Morales, en Bolivie, en reconnaissant immédiatement Jeanine Áñez, présidente par intérim non élue. Le Canada a aussi appuyé l’enquête électorale maintenant contestée de l’Organisation des États américains (OEA), dont le parti pris évident a contribué à déclencher une vague de massacres racistes et d’oppression contre les Boliviens autochtones.

Trudeau a de plus soutenu le coup d’État de droite contre Lula, au Brésil, par le raciste Bolsonaro. Il ne semblait pas préoccupé par les conditions économiques catastrophiques et la répression violente causées par les politiques du gouvernement de droite de Mauricio Macri en Argentine. Trudeau a fait tout son possible pour manifester sa solidarité envers le président chilien Sebastián Piñera tandis que les militaires et la police réprimaient violemment d’énormes manifestations d’étudiants et d’autochtones chiliens, rappelant l’ère Pinochet.

En apportant la touche finale à cet article, nous venons d’apprendre une autre atrocité commise au Chili. La veuve du chef Mapuche chilien Alejandro Treuquil, qui a été assassiné le 4 juin, a confirmé que des menaces de mort avaient été proférées contre son mari dans la période qui a précédé son assassinat par les Carabineros, la police militaire chilienne apparemment soutenue par Trump et Trudeau.

Puisqu’il s’agit d’un problème de vie ou de mort pour les petites nations touchées par les changements climatiques, quelle est la position du Canada ? Bien que de nombreuses petites îles des Caraïbes risquent la dévastation des collectivités côtières en raison de l’élévation du niveau de la mer, il est pertinent de noter que l’Irlande et la Norvège ont toutes deux des émissions par habitant qui représentent à peine plus de la moitié de celles du Canada. Les États de la CARICOM pourraient obtenir une écoute beaucoup plus attentive auprès de ces deux pays en faisant un effort accru pour maîtriser les changements climatiques.

En ce qui a trait aux armes nucléaires, les pays des Caraïbes ont signé un traité faisant de « Notre Amérique » (Amérique latine et Caraïbes) une zone de paix exempte d’armes nucléaires, tandis que le Canada a refusé de signer un traité des Nations Unies contre la prolifération des armes nucléaires (mais signé par l’Irlande et la Norvège, et plus de 150 autres États). Dans le domaine de l’aide au développement du Tiers Monde, la Norvège dépense environ 1 % de son PIB, l’Irlande moins riche contribue pour 0,32 %, tandis que le Canada riche dépense un faible 0,26 %.

Le Canada est peut-être géographiquement plus proche des pays insulaires de la CARICOM que la Norvège et l’Irlande. Cependant, l’Irlande est également une île et elle a mené sa lutte anticoloniale contre le colonialisme britannique. Lorsque Trudeau parle aux pays des Caraïbes, peu importe le sujet, sa pensée est 100 % orientée vers les États-Unis ou complètement imprégnée d’une perspective euro centrique, de valeurs et d’idées préconçues.

Chaque fois que des sommets régionaux latino-américains/caribéens ont lieu, qui incluent des États de la CARICOM, je regarde les dirigeants caribéens parler avec clarté, passion et sincérité pour soutenir les valeurs et la souveraineté des Caraïbes contre toutes les tentatives d’intervention étrangère dans la région.

Les minuscules îles avec des voix de géants doivent examiner la question des élections pour les sièges au Conseil de sécurité des Nations Unies. Assurément, après avoir examiné le rôle du Canada dans la région et dans le monde, il est impossible de comprendre quel serait l’intérêt des États de la CARICOM de voter pour un gouvernement tel que l’actuel gouvernement du Canada.

La politique étrangère de Trudeau sert de camouflage aux politiques de Trump et à la doctrine Monroe qui est toujours à l’ordre du jour.

Dans une déclaration devenue célèbre, Malcom X avait dit : « Les conservateurs blancs ne sont pas des amis du Noir, mais au moins ils n’essaient pas de le cacher. Ils sont comme des loups; ils montrent leurs dents dans un grognement féroce qui garde le nègre toujours conscient de sa position parmi eux. Mais les libéraux blancs sont des renards qui montrent aussi leurs dents au nègre, mais en faisant semblant de sourire.