Contingent étudfiant Bloquons l'OTAN lors de la manifestation contre l'Assemblée parlementaire de l'OTAN à Montréal 22 novembre 2024 @ crédit photo André Querry via Flickr tout droit réservé.

Nous publions l’intervention de Sonya Ben Yahmed lors de la conférence contre l’Aassemblée parlementaire de l’OTAN en novembre dernier. Le point de vue exprimée est la responsabilité de l’autrice et n’implique pas les positions du journal notamment sur la question de l’Ukraine. Nous partageons nombre de considérations et nous le publions au bénéfice du débat.  NDLR.


Le rôle de l’OTAN, dont l’assemblée parlementaire se réunit sans aucune honte aujourd’hui à Tiotiake Montréal, n’est plus à démontrer comme bras armé de l’impérialisme, dirigé par une poignée de pays occidentaux, dont les États-Unis se trouvent à la tête, qui servent leurs propres intérêts et qui décident du sort du monde entier.

Créé en 1949, pour contrer la soi-disant menace communiste, l’OTAN effectue depuis, toutes sortes d’interventions militaires directes et indirectes, en particulier dans le monde arabe et la région SWANA, qui font tout sauf contribuer à la stabilité et à la sécurité des populations et à la paix mondiale. Depuis la fin de la guerre froide, les membres de l’Alliance ont mené de multiples guerres visant à écraser certains des pays rétifs à son nouvel ordre mondial et à étendre son hégémonie : guerres et interventions militaires en Irak, en Serbie, en Afghanistan, en Libye et en Syrie, sans oublier la guerre menée par procuration à la Russie en Ukraine.

Par ailleurs, l’entité sioniste, un ennemi existentiel des pays arabes et de toute possibilité de paix dans la région, bénéficie d’un soutien inconditionnel des pays membres de l’alliance. Celle-ci qualifie justement le nommé Israël de « son allié vital au Moyen-Orient » et ses membres continuent de lui envoyer des armes, malgré le génocide contre la population palestinienne, contre tout être vivant, à Gaza, en dépit de la nouvelle phase de destruction et de guerre contre le Liban, qui vise à éradiquer la résistance qui n’a jamais cessé dans la région et à avoir encore plus la mainmise sur les ressources locales.

Colonialisme et néo-colonialisme fonctionnent de la sorte de pair et se font légitimer l’un l’autre.

L’OTAN offre à l’entité sioniste un accès quasi illimité aux technologies militaires et aux outils de contrôle les plus avancés du Nord Global. La bombe Mk-84 par exemple, une arme destructrice, massivement utilisée par l’armée sioniste contre la population palestinienne, est fabriquée par General Dynamics, une entreprise qui a des usines entre autres au Québec. Cette munition en armes et technologie est ce qui rend les guerres, les génocides et l’instabilité dans le monde arabe et la région SWANA, possibles.

On doit rappeler que l’entité sioniste avait bombardé, de manière continue, la Syrie, le Liban, l’Égypte et la Jordanie, ainsi que de manière plus ponctuelle la Tunisie, le Soudan et l’Irak, et qu’il est intervenu pour appuyer les dictatures dans la région : Oman au début des années 1970 et le Yémen, dans les années 1960.

L’OTAN est également responsable du sang et des décombres sur ces divers sols.

L’échange n’est toutefois pas unilatéral, les membres de l’OTAN s’approvisionnent aussi auprès d’entreprises israéliennes en armes et en technologies de contrôle et les utilisent contre leurs propres populations, chose qu’a par exemple faite le gouvernement du Québec et son appareil répressif en 2012, lors des grèves étudiantes. 

L’adhésion à l’OTAN exige qu’au moins 2 % du PIB annuel soit consacré à l’expansion militaire. Comme un bon élève, le Canada satisfait cette exigence et contribue à carburer l’industrie de la guerre, en plus d’envoyer ses munitions et militaires, le tout en maintenant et promouvant continuellement des discours sur la paix.

Les mêmes types de discours sont mobilisés par les dirigeant.es de l’OTAN, car il faut bien trouver et mettre de l’avant une légitimité morale à leurs actions. À l’occasion du 8 mars dernier par exemple, le secrétaire général de l’OTAN se vantait d’avoir accompli d’importants progrès vers la prise en compte des dimensions de genre dans les politiques et opérations de l’organisation.

Son discours incluait des mots tels « égalité », « justice », « paix » et « inclusion », comme si l’organisation était leur gardienne, plutôt que de faire partie du problème ; comme si on pouvait parler de droits des femmes, comme un groupe à part, en décimant des populations tous groupes sociaux confondus.

Nous, Femmes de Diverses Origines, nous affirmons notre opposition à l’existence même de l’OTAN et nous refusons d’être instrumentalisées de la sorte. Encore et encore et encore, nous disons : « Pas en notre nom ! Not in our name! ».

Si, comme l’a affirmé le secrétaire général de l’OTAN, « les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir rejoindre les forces armées des pays de l’Alliance », si tel est vraiment le cas, ceci ne peut que dénoter un profond problème systémique contre lequel, en tant que féministes anti-impérialistes et décoloniales, nous nous battons. Nous ne voulons pas davantage de femmes dans les forces armées, nous ne voulons pas d’un égalitarisme répressif.

Nous nous battons pour faire cesser les guerres, l’exploitation, l’oppression et le système qui les produit. Nous promouvons et appuyons la résistance à l’impérialisme et au colonialisme, pour un monde juste dans lequel l’égalité de genre et l’égalité pour toutes et tous peuvent être effectives. Les droits des femmes ne sont pas une carte de jeu, une monnaie de guerre qu’on sort pour gagner en légitimité. En plus du sort commun consistant en tueries et déplacements forcés, lors des guerres, des génocides et des interventions militaires, les femmes tendent à subir des formes particulières de violences, notamment sexuelles, et notamment par les forces armées de l’OTAN eux-mêmes, comme l’ont démontré plusieurs rapports par exemple pour le cas du Kosovo. Le problème n’est cependant pas seulement les dérapages violents de l’alliance, mais l’institution elle-même.

Pour tout ceci, nous élevons notre voix pour dénoncer la tenue aujourd’hui de ce sommet et pour exiger du Canada qu’il arrête de piocher de plus en plus dans les fonds publics qui devraient servir à autre chose qu’à militariser l’OTAN, alors que les gens ici peinent à combler des besoins de base tels le logement et les services de soins et de santé.

Nous exigeons également du Canada qu’il s’en retire immédiatement et que l’alliance soit abolie, tout comme nous réitérons la nécessité de fermer le bureau de Québec à Tel-Aviv.

Enfin, nous nous indignons de la répression policière qu’ont subie les manifestant.es ayant pris la rue hier, contre le sommet de l’OTAN et pour une Palestine Libre.

Le vrai terrorisme est ce qui est perpétué par les États impérialistes et leurs appareils répressifs, pour faire perdurer le système qui leur donne leur raison d’être. Nous nous opposons donc, nous Femmes de diverses origines, militantes et militants de différents groupes présents ici aujourd’hui, citoyennes et citoyens et tout autant non-citoyennes et non-citoyens, à ce terrorisme.

Qui sont les terroristes ? Les États impérialistes !

Qui sont les terroristes ? Les États impérialistes !