Comment réanimer les réseaux altermondialistes ?

Gustave Massiah, 10 novembre 2020

La crise de la pandémie et du climat a bouleversé les situations et les équilibres ; elle interroge la solidarité internationale. À une crise par définition mondiale, les réponses ont été surtout nationales et étatiques. Les institutions internationales ont été parfois écoutées mais peu consultées et plutôt marginalisées. Les mouvements sociaux et citoyens ont été mis à rude épreuve. Les mouvements sociaux ont déployé des actions de solidarité au niveau local ; dans tous les pays des réseaux innovants de solidarité locale se sont déployés.

Dans chaque pays, au niveau national, les mouvements ont cherché à faire face aux conséquences de la crise sociale et économique induite par les confinements qui se sont traduits par une explosion de la pauvreté et des inégalités. Ils ont aussi tenté de s’opposer à la dérive autoritaire des États dans la gestion des situations sanitaires et sociales.

Après un moment d’interrogations, de nombreuses initiatives ont été lancées pour reconstruire des réseaux internationaux de mouvements. Elles démontrent la vivacité du mouvement altermondialiste et internationaliste. Tout en recherchant une ouverture internationale, les initiatives ont eu des assises plus fortes dans les grandes régions. Il y a eu des mobilisations fortes dans certains pays, mais le plus souvent, les initiatives ont pris la forme de rencontres virtuelles ou hybrides (virtuel et présentiel).

Trois mouvements ont été très actifs dans toute cette période : le mouvement des droits des femmes ; le mouvement pour l’urgence climatique ; le mouvement contre les discriminations porté par l’onde de choc internationale à partir de Black Live Matters. Ils ont accompagné les rencontres des mouvements sociaux paysans (La Via Campesina) et les rencontres internationales de syndicats de salariés. Les thèmes les plus souvent abordés ont été : la pandémie et la situation sanitaire, le climat et l’écologie, le système économique et social, les discriminations, la démocratie, la guerre et la paix, la géopolitique.

L’avenir du FSM

Il y a eu les 7-8 novembre une réunion (virtuelle) du Conseil international, avec une trentaine de groupes participants, dont la majorité venaient du Mexique et du Brésil. La question est posée de la place du Forum social mondial (FSM) dans cette situation. Il y a un accord sur la nécessité d’un profond renouvellement du et même d’une nouvelle phase du mouvement altermondialiste.  Des mouvements encore actifs dans le Conseil International du FSM ont entrepris des consultations. Les débats portent sur la nature du FSM et sur sa caractérisation en tant qu’espace ouvert (diversité et consensus) ou qu’espace action (initiatives et prises de position) et sur la possibilité d’articuler les deux. Ils ont porté aussi sur l’opportunité et l’intérêt de modifier la Charte des principes du FSM. Le fonctionnement du CI est aussi en question. Il fonctionne déjà plus comme une assemblée que comme une direction. Il a été décidé d’intégrer déjà au CI les forums thématiques ainsi que les forums nationaux et régionaux et de s’ouvrir aux réseaux internationaux.

Pour le moment, trois hypothèses de travail ont été retenues.

  • Un FSM virtuel du 25 au 29 janvier 2021 pour faire le bilan du mouvement altermondialiste.
  • Un programme de mobilisation, particulièrement en mai 2021 contre le Forum économique mondiale (dit de « Davos »)
  • Un Forum Social Mondial en 2022, probablement à Mexico.
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Gustave Massiah
Gustave Massiah est un militant et intellectuel français, figure de proue de l'atlermondialisme, fervent défenseur de l'écologie et de la justice sociale. Sur le plan des droits humain, il intervient surtout dans les domaines de la solidarité internationale. Il a participé à la création du CEDETIM, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale, de IPAM, Initiatives pour un autre monde, et du CICP, Centre international des cultures populaires qui est une maison d’associations qui regroupe 85 associations de solidarité internationale. Il a soutenu, dès les années 1950, les luttes de libération au Vietnam, en Algérie, en Afrique du Sud, dans les colonies portugaises. Il a été secrétaire général des comités Chili. président du Centre de recherche et d'information sur le développement (CRID) de 2002 à 2009 et vice-président d’Attac de 2001 à 2006. Membre du Conseil international du Forum Social Mondial depuis 2000, secrétaire général de la Ligue Internationale pour les droits et la Libération des Peuples, membre du Tribunal Permanent des Peuples ; rapporteur à la session sur la dette à Berlin en 1988, membre du jury au Mexique sur les assassinats de journalistes, en 2012 ; membre du jury du Tribunal Russell sur la Palestine de 2010 à 2013, à Barcelone, Londres, Le Cap, New York et Bruxelles.