Haïti : référendum et terreur (revue de la semaine, 3-9 mai 2021

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Revue de la semaine du 3 au 9 mai 2021

Référendum dans la terreur : le gouvernement de facto déterminé, le Corp Group perplexe, des citoyens résistent

Hérold Constant

 

Insécurité : augmentation des actes de Kidnapping et des assassinats

Selon un rapport du Centre d’Analyse et de Recherche en Droit de l’Homme (CARDH) publié le 4 mai 2021, les actes de kidnapping ont augmenté de 300% durant le mois d’avril. Au moins 91 personnes ont été enlevées pendant ce mois, contre 27 pour celui d’avant. Selon ce rapport, cette hausse résulte des activités criminelles menées par 150 gangs armés qui opèrent partout dans le pays. En ce début du mois de mai, le nombre de victimes a encore augmenté. Selon Le Nouvelliste (4 mai 2021), « au moins une personne est enlevée puis séquestrée chaque jour à Port-au-Prince ces dernières semaines ».

Face à ce gouvernement de facto qui s’allient aux gangs armés pour défendre des intérêts politiques mesquins, la population engage des actes de protestations spontanés. Dans la matinée du mardi 4 mai, l’Avenue Christophe (une rue très achalandée du centre-ville de Port-au-Prince) a été bloquée par des employés de la Direction Générale des Impôts qui protestaient contre l’enlèvement d’un de leurs collègues dans la soirée 3 mai. Le vendredi 7 mai, c’était le tour des habitants de Martissant qui ont bloqué la route Nationale no2 pour protester contre l’enlèvement d’un notaire. Le jour d’après, des bandits ont attaqué la délégation de AS Cavaly (une équipe de football de première division) en emportant plusieurs équipements. La conférence épiscopale d’Haïti a dénoncé le silence complice du gouvernement en place face à cette généralisation de la criminalité. À la surprise générale, au lieu de mettre des mesures en place pour lutter contre ces activités criminelles, le président de facto a déresponsabilisé son gouvernement pour renvoyer la balle dans le camp de l’opposition. Le kidnapping serait une stratégie de déstabilisation visant à le faire faire du pouvoir, martèle-t-il sans aucune gêne lors de l’inauguration d’un petit barrage à Marion (Nord-d ‘Est d’Haïti) le 1er mai passé.

En plus du kidnapping, les cas d’assassinat – parfois en série- continuent dans les régions métropolitaines. Le 8 mai passé, trois personnes ont été tuées dans une fusillade à Carrefour (entrée sud de Port-au-Prince). Comme toujours, les autorités policières n’ont apporté aucune lumière sur ce drame. Aucune perspective de justice n’est donc envisageable actuellement pour les victimes en Haïti. Dans la foulée, les avocats du barreau de Port-au-Prince insistent pour la mise en place d’une commission internationale indépendante pour enquêter sur la mort du bâtonnier Monferier Dorval, drame dans lequel la famille présidentielle est directement indexée. Ce sont les gangs eux-mêmes qui viennent d’annoncer une trêve.

Projet illégal de référendum : résistances populaires et désolidarisation internationale

Dans le contexte où les gangs armés contrôlent systématiquement le territoire d’Haïti, le gouvernement de facto se montre déterminé à changer la constitution du pays en dehors des normes établies. Pendant toute la semaine passée, ses membres arpentaient divers départements du pays pour tenter de convaincre le peuple. Cet évènement est planifié pour le 27 juin prochain.  Pourtant, comme c’est visible dans plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, ses agents du gouvernement ont été chassés au cri de « Aba referendum ! » dans certaines régions comme Jean-Rabel, Ouanaminthe, Hinche. Le sénateur Patrice Dumont appelle le peuple à la révolte pour faire échec à ce projet inconstitutionnel cynique.

Par ailleurs, l’Union Européenne dit qu’elle n’entend pas financer ce projet en raison de son manque de transparence et la violation des normes démocratiques. Même « le Groupe Core (composé de représentants des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains ainsi que des ambassades d’Allemagne, du Brésil, du Canada, de la France, des États-Unis et de l’Espagne) s’est dit préoccupé par « ce processus n’est pas à ce stade suffisamment inclusif, participatif ou transparent ». Jeudi, les États-Unis ont renouvelé leur appel à l’organisation d’élections en Haïti tout en affirmant leur opposition à un changement de constitution » (La Presse, 4 mai 2021), alors pour l’ensemble des partis politiques de l’opposition, aucune élection n’est possible avec ce gouvernement. Ainsi dénoncent-ils le comportement de « double jeu » de la représentante de l’ONU en Haïti.

Économie : baisse de la production nationale, croissance de la pauvreté et de la malnutrition

En raison de la crise actuelle, le tourisme est en grand déclin en Haïti. Depuis 2017, Haïti a reçu seulement 1,78% des touristes qui visitent la Caraïbe. Avec cette forte baisse, ces sont des milliers de sources de revenus qui ont été supprimées.

Selon le rapport de l’USDA, (28 avril 2021) Haïti va devoir importer plus de riz en raison de la détérioration de la production nationale. « Les importations de riz pour le premier semestre de la campagne de commercialisation 2020/21 ont atteint 259 000 tonnes, soit une augmentation de plus de 8% par rapport à la même période de la campagne de commercialisation 2019/20, qui a été affectée négativement par les troubles politiques » (Le Nouvelliste, 7 mai, 2021). Le riz devient ainsi le produit le plus importé. Et selon plusieurs observateur, les prix des produits de première nécessité sont en hausse, alors que le chômage a augmenté pendant cette dernière crise sociopolitique et la monnaie nationale continue de chuter face au dollar US (86,71 gourdes pour 1 $ US le 8 mai 2021). Ce qui a aggravé le problème de la pauvreté et de la malnutrition.