La « guerre contre le terrorisme » : des millions de réfugiés

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Jake Johnson, Common Dreams (Traduction par À l’Encontre), 11 septembre 2020

La «guerre contre le terrorisme», dans laquelle les États-Unis se sont lancés en 2001, a provoqué le déplacement forcé de 59 millions de personnes provenant de seulement huit pays du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie, selon le rapport qu’a publié le mardi 8 septembre l’Université Brown: Costs of War Project (Les coûts de la guerre).

Intitulé Creating Refugees. Displacement by the United States Post-9-11 Wars (Créer des réfugié·e·s: les déplacements provoqués par les guerres post-11 septembre), le nouveau rapport estime prudemment qu’au moins 37 millions de personnes ont «fui leur domicile du fait des huit guerres les plus violentes que l’armée des Etats Unis a déclenchées ou auxquelles elle a pris part depuis 2001.»

Ce chiffre représente une augmentation spectaculaire comparé au rapport 2019 du même Costs of War Project. Ce dernier estimait alors à 21 millions le nombre de personnes déplacées, à l’intérieur de leur pays d’origine ou parce qu’elles ont été forcées de le fuir en raison de la violence infligée ou déclenchée par les guerres étasuniennes au cours des deux dernières décennies.

Ce rapport évalue également le nombre des morts dues à ces guerres, prétendument menées contre le terrorisme. Il s’élève à 801’000 personnes. Et le montant dépensé pour mener ces guerres s’élève à 6400 milliards de dollars. Selon le rapport de 2020, «les déplacements dus à la guerre tout autant que les pertes en vies humaines et les blessé.e.s doivent être au cœur de l’analyse des guerres post 11.09 et de leurs conséquences à court et à long terme».

«La prise en compte du déplacement forcé doit, elle aussi, intervenir dans l’évaluation d’une éventuelle utilisation à venir de la force militaire, qu’il s’agisse des États-Unis ou d’autres», souligne le rapport. «En fin de compte, le déplacement de 37 millions – et peut-être même de 59 millions – soulève la question d’établir qui est responsable de réparer les dommages infligés aux personnes déplacées.»

Outre les dizaines de millions de personnes qu’ont déplacées les actions militaires étasuniennes en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, aux Philippines, en Libye et en Syrie, le rapport mentionne aussi les millions d’autres déplacés par «de plus petites opérations de combat, notamment au Burkina Faso, au Cameroun, en République centrafricaine, au Tchad, en République démocratique du Congo, au Mali, au Niger, en Arabie saoudite et en Tunisie».

«Pour donner une idée de l’importance de ces chiffres (le rapport souligne que) le déplacement de 37 millions de personnes équivaut à vider de leurs résidents l’État de Californie, ou ceux du Texas et de Virginie réunis». «Ce chiffre est presque aussi élevé que l’ensemble de la population du Canada. En termes historiques, le chiffre de 37 millions de personnes déplacées est supérieur à celui suscité par toute autre guerre ou catastrophe depuis le début du XXe siècle, à la seule exception de la Seconde Guerre mondiale.»

David Vine, professeur d’anthropologie à l’American University, contributeur principal de ce nouveau rapport, a déclaré au New York Times que les faits réunis dans ce rapport révèlent «combien atrocement catastrophique fut l’intervention des États-Unis dans ces pays. La plupart des Étasuniens, et même moi à bien des égards, n’ont pas la moindre idée ni la conscience de l’horreur des désastres qui leur ont été infligés.»

Matt Duss, conseiller en politique étrangère du sénateur Bernie Sanders (Indépendant du Vermont), a exigé un tel bilan dans un tweet en réponse aux dernières conclusions Costs of War Project.

«L’ampleur de la catastrophe que les États-Unis ont infligée au monde – tout au long de ces trois présidences dévolues à la prétendue guerre contre le terrorisme – est stupéfiante», a écrit Matt Duss. «Nous avons besoin d’en prendre conscience. Nous ne pouvons tout simplement pas passer l’éponge.» (Article publié sur le site Common Dreams en date du 8 septembre 2020; traduction par la rédaction de A l’Encontre)