Le Canada ne doit pas profiter des violations des droits humains, de la dégradation de l’environnement et de la crise de la pandémie au Brésil

0
181

Communiqué de presse du GOPA

Le Groupe d’orientation politique pour les Amériques (GOPA), un réseau national qui regroupe plus de 20 organisations de la société civile canadienne, a publié une lettre ouverte adressée à différents ministres et responsables gouvernementaux canadiens, exhortant « le gouvernement canadien à prioriser les droits humains plutôt que les intérêts économiques et à ne pas contribuer à l’instabilité sociale, environnementale et de santé publique au Brésil ».

« Nous avons jugé important d’exprimer notre inquiétude quant aux relations entre les gouvernements du Canada et du Brésil. Le gouvernement brésilien est actuellement accusé de mauvaise gestion et de corruption dans le contexte de la pandémie de COVID-19, ainsi que d’avoir contribué à  des violations des droits humains et de l’environnement. Ce n’est pas le bon moment pour consolider les relations avec le gouvernement brésilien”, a déclaré Marie-Eve Marleau, du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), l’une des organisations membres du GOPA.

Par ailleurs, plus de 100 demandes de destitution ont été déposées contre le président Bolsonaro devant le Parlement brésilien. De même, au moins cinq plaintes l’accusent auprès de la Cour pénale internationale de crimes contre l’humanité. Le 27 avril, une commission d’enquête parlementaire (CPI) a été lancée par le Sénat brésilien afin d’évaluer la gestion de la pandémie de coronavirus par le gouvernement.

Le professeur Pedro Hallal, un épidémiologiste qui a témoigné lors des audiences de la CPI au Sénat et qui dirige la plus vaste étude sur la COVID-19 au Brésil, affirme que des milliers de décès auraient pu être épargnés si Bolsonaro avait agi de manière appropriée.

Dégradation sociale et environnementale dans le contexte de la pandémie

La pandémie a eu un impact majeur sur les populations marginalisées, comme les femmes, les populations noires, les communautés rurales et pauvres. Les peuples autochtones et les communautés traditionnelles ont également été  davantage exposés à d’autres conditions potentiellement mortelles. Comme le souligne le Conseil missionnaire autochtone de l’Église catholique du Brésil (CIMI), le président du Brésil mène une « extermination planifiée  » des peuples autochtones.

En outre, on constate une augmentation importante de la violence et de la dévastation environnementale depuis que le gouvernement Bolsonaro est arrivé au pouvoir. Les mouvements sociaux brésiliens ont averti à plusieurs reprises que le discours du président Bolsonaro encourage les activités illégales et violentes dans les zones protégées. En effet, il soutient ouvertement l’exploitation minière sur les terres autochtones, souvent conduite par des envahisseurs violents. Au cours des derniers mois, plusieurs communautés autochtones ont subi des attaques violentes perpétrées par des mineurs d’or illégaux, qui ont brûlé des maisons, des écoles et des centres communautaires sur leurs territoires.

Selon le rapport sur les conflits fonciers au Brésil, publié par la Commission Pastorale de la Terre (CPT) le 31 mai 2021, « 2020 a été l’année qui a enregistré le plus grand nombre de conflits fonciers, d’invasions de territoires et de meurtres dans des conflits liés à l’eau jamais enregistrés par la CPT depuis 1985. Le nombre d’occurrences est passé de 1 903 en 2019 à 2 054 en 2020, impliquant près d’un million de personnes (…) dans un contexte  grave de pandémie”.

Selon l’Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE), la déforestation dans la région amazonienne a augmenté de 17 % au cours du premier semestre 2021, ce qui correspond à une superficie de 3 610 kilomètres carrés déboisée. De nombreux éléments indiquent que les incendies qui ravagent les biomes de l’Amazonie, du Cerrado et du Pantanal ont été causés par de grands propriétaires fonciers brésiliens qui visent à étendre leurs monocultures et leurs pâturages.

Si la négociation de l’Accord de libre-échange Canada-Mercosur aboutit, il est fort probable qu’il encouragera davantage l’agenda de destruction  du gouvernement brésilien. Selon la Confédération brésilienne de l’agriculture et de l’élevage (CNA), « la conclusion de cet accord de libre-échange a le potentiel d’augmenter les recettes d’exportation brésilienne de produits agricoles jusqu’à 7,8 milliards de dollars US ». Plus de 50 000 personnes ont signé une pétition appelant les Canadiens à cesser de consommer des biens produits au détriment des droits des autochtones et de la forêt tropicale.

« Nous ne pouvons pas nous taire alors que nos partenaires au Brésil demandent une pression internationale pour mettre fin à ce cycle de violence, surtout quand nous savons que des agences et des entreprises du gouvernement canadien y sont impliquées », déplore Anne Catherine Kennedy de Développement et Paix – Caritas Canada.

La lettre du GOPA souligne que pendant le congrès de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (PDAC) en 2021, Exportation et développement Canada (EDC) et Affaires mondiales Canada (AMC) ont parrainé la section dédiée au Brésil lors de l’événement. Pendant que les représentants brésiliens (soutenus par EDC et AMC) présentaient le Brésil comme une terre d’opportunités pour les investisseurs miniers, les peuples autochtones du Brésil ont exprimé à plusieurs reprises une forte opposition aux projets et aux investissements dans le secteur minier.     “Malgré les tentatives du Congrès brésilien de modifier la législation environnementale afin d’autoriser les activités extractives sur les terres autochtones, ces projets risquent tous de se voir refuser la licence sociale« , remarque Rosa Peralta du CDHAL.

“Il est inquiétant que des entreprises canadiennes fassent pression pour mettre en œuvre des projets miniers au détriment du droit des autochtones à la consultation libre, préalable et éclairée. C’est le cas des projets Belo Sun et Potássio do Brasil, tous les deux en Amazonie, qui tentent de tromper la société et les investisseurs, en affirmant avoir toutes les licenses nécessaires pour commencer à opérer. Cela n’est pas vrai », déplore Anne Catherine Kennedy de Développement et Paix – Caritas Canada.

Le GOPA demeure préoccupé par la visite imminente de l’Ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises (OCRE) au Brésil. L’OCRE a déclaré que la mission était « initiée par l’invitation du gouvernement brésilien « , sans toutefois divulguer d’autres informations sur les objectifs de cette visite. Les membres du GOPA estiment que ce manque de transparence est un autre signe explicite de la complicité entre les gouvernements canadien et brésilien. En effet, cela révèle également le mépris concernant la protection des communautés affectées par l’exploitation minière et l’absence de mesures concrètes pour réparer les dommages causés par les entreprises canadiennes.

Cette situation est particulièrement inquiétante puisque même le Sous-comité des droits internationaux de la personne du Parlement canadien a récemment publié son rapport final sur le mandat de l’OCRE, mettant en doute son inefficacité. Le sous-comité a fait plusieurs recommandations qui remettent en question le fait que le Canada se fie exclusivement à des mesures volontaires pour lutter contre les abus des entreprises canadiennes à l’étranger.

La lettre du GOPA exhorte également le Canada à montrer qu’il a une compréhension systémique des enjeux et qu’il est capable d’adopter une stratégie articulée pour atteindre les objectifs de sa future politique étrangère féministe et de son annonce d’objectifs de réduction des émissions de carbone. « Cela implique une révision des investissements internationaux dans les industries extractives qui ne respectent pas les principes d’économie durable et solidaire, de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’égalité des sexes. Le Canada devrait également conseiller aux entreprises canadiennes de faire de même. »

« Nos préoccupations reflètent celles de nos partenaires et des mouvements sociaux au Brésil, et nous savons que la société canadienne, y compris nos réseaux et nos membres au Canada, ne sont pas d’accord avec l’établissement de relations politiques et commerciales avec le gouvernement brésilien qui méprise la science, l’environnement et les droits humains des défenseurs de l’environnement, en particulier des femmes défenseures des territoires », conclut Gabriela Jiménez de KAIROS: Initiatives canadiennes œcuméniques  pour la justice.

Pour plus d’informations, veuillez contacter Rosa Peralta au 438-390-9536, coordinatrice des Actions urgentes du Comité pour les droits humains en Amérique latine.