Rozana Ryan, correspondante 

Quelle est la source historique du conflit au Moyen-Orient? Pourquoi les nombreuses tentatives de paix n’ont jamais abouti? Que peut-on faire? Ce sont là parmi les questions que Rachad Antonius a tenté de répondre lors de la première activité de la série sur la crise génocidaire en Palestine. Au café les Oubliettes, une centaine de personnes ont assisté au coup d’envoi des quatre activités prévues dans la programmation de l’organisme en éducation populaire Upop Montréal.

Professeur à la retraite et spécialiste des conflits au Proche-Orient, Rachad Antonius a présenté le récit déchirant de l’histoire de la dépossession du peuple palestinien. Il a amorcé son propos en soulignant l’importance de comprendre les racines historiques du conflit pour mieux appréhender les enjeux contemporains.

« L’histoire n’a pas commencé le 7 octobre dernier. Elle a débuté d’abord en 1897 avec simplement un rêve de fonder un foyer juif en Palestine, puis en 1922, lorsque ce rêve a pris une forme légale et institutionnelle » – Rachad Antonius

Il insiste sur trois nombres à retenir de cette histoire coloniale: 22 %, 78 % et 750 000.

 

Séance de Rachad Antonius sur l’histoire de la dépossession des Palestiniens, jeudi 7 mars 2024 (Photo : Rozana Ryan)

Du rêve sioniste à la réalité de l’apartheid

Père du sionisme politique, Theodor Herzl prône la fondation d’un État pour les Juifs, une réponse coloniale à la montée de l’antisémitisme. Soutenant que la Palestine était une terre sans peuple pour un peuple sans terre, Herzl ne tenait pas compte de la société arabe florissante sur le territoire. Un rêve qui coïncide avec l’intérêt des puissances coloniales envers la région, et qui se matérialise avec le soutien de la Grande-Bretagne.

Les aspirations nationales juives se heurtaient à la présence d’une population déjà bien établie sous l’Empire ottoman. 94 % de la population était arabes et 6 % étaient juives en 1900. Mais en 120 ans, l’État d’Israël épaulé par l’Occident va réussir à faire un grand remplacement des Arabes par des juifs venus d’abord d’Europe, ensuite du monde entier.
Selon Rachad Antonius, cette dépossession réalisée par l’entreprise d’une colonisation de peuplement repose sur trois moments clés.

Conquête de la Palestine : évolution de l’occupation israélienne (de 1946 à nos jours – crédit illustration: Wall in Palestine CC BY-SA 2.0. via flickr.com

L’évolution de la conquête palestinienne parle fort de ce dépouillement du territoire palestinien. Selon Rachad Antonius, cette dépossession réalisée par l’entreprise d’une colonisation de peuplement repose sur trois moments clés :

Le premier est la Déclaration de Balfour en 1917, une lettre ouverte britannique qui devient la locomotive d’un projet politique de dépossession, amplifiée par l’élan du sionisme politique. Le mandat britannique de 1922 marque le début de la conquête territoriale légalisée, ignorant les droits politiques des locaux.

22 % et 78 %

Le second est la création de l’État d’Israël en 1948, l’aboutissement de la guerre civile israélo-arabe. L’ONU adopte le Plan de partage de la Palestine, concédant 56 % du territoire aux Juifs et 44 % aux Arabes. Il sera accepté par les dirigeants sionistes, mais pas par les dirigeants arabes, menant à la guerre civile. À la suite de sa victoire, Israël s’établit sur 78 % du territoire puis continue d’essayer de coloniser et fragmenter les 22 % du territoire restant à la population palestinienne.

Le troisième est les accords d’Oslo en 1993, présentés comme une avancée pacifique, qui ont en réalité intensifié la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Gaza. Les Palestinien.nes tentent de résister aux colons, par des révoltes comme celle de 1936 ou en continuant à prendre part aux négociations. Mais le rapport de force en faveur d’Israël prend toujours le devant depuis très longtemps.

Camp de réfugiés de Jaramānah à Damas, Syrie durant al-Nakba de 1948. Ce camp a accueilli environ 18 000 réfugiés palestiniens (CC0)

Plus de 750 000 expulsé.es lors de la al-Nakba ( catastrophe en arabe).

Rachad a également abordé les défis actuels du peuple palestinien, comme la fragmentation de la Cisjordanie en trois zones, rendant leur vie quotidienne extrêmement difficile. Plus de 750 000 Palestinien.nes ont été expulsé.es de leurs terres, un exode appelé al-Nakba (« catastrophe ») en 1948. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes, y compris des juifs qui étaient sionistes, reconnaissent le système d’apartheid présent en Palestine.

Que peut-on faire ?

Questionné dans l’échange qui a suivi, Rachad Antonius répond qu’il n’y a pas de solution au niveau individuel. L’opinion publique conserve un poids certain. La mobilisation, la participation à des manifestations, le boycottage, de produits et compagnies impliquées dans l’apartheid, les sanctions à l’encontre de l’État israélien, la cessation de fournitures d’armement sont, le soutien aux campagnes en solidarité avec la Palestine tôt ou tard vont venir à bout de cette situation.

Rachad Antonius a conclu en mettant en lumière le rôle ambigu du Canada dans ce conflit et en accentuant la pression sur le gouvernement Trudeau pour qu’il cesse de soutenir inconditionnellement l’État d’Israël.


Qu’est-ce que Upop MontréalUPop Montréal est un organisme à but non lucratif créé en 2010 (comme l’indique l’affiche ci-contre de la session Automne 2014 qui soulignait notre 5e année). L’UPop a pour mission de favoriser le développement de l’esprit critique en offrant à la population de Montréal et des environs un accès libre et gratuit au savoir par le biais d’activités d’éducation populaire implantées dans plusieurs quartiers de la ville.

Inspirée du mouvement alternatif des universités populaires européennes, la démarche du projet vise à créer un lieu dynamique de rencontre, de réflexion et de partage des connaissances pour un public varié. Les activités sont ouvertes à toute personne curieuse et désireuse d’alimenter activement sa connaissance et sa réflexion. Pour cette raison, l’UPop Montréal tient ses activités dans des lieux conviviaux et accessibles (cafés, bibliothèques, galerie d’art, théâtres, etc.) qui permettent de joindre un large public intéressé par la culture et le savoir. L’UPop Montréal entend par le fait même favoriser le sentiment d’appartenance à une communauté et l’envie de prendre part activement à la société québécoise.


Les séances à venir au mois de mars sur la Palestine à Upop Montréal

Jeudi 14 mars 19 h, Café Les Oubliettes
Le droit international, les propositions de paix et la politique canadienne
avec Rachad Antonius.

Jeudi 21 mars 19 h, Café Les Oubliettes
L’opposition juive au sionisme
avec Fabienne Preséntey.

Jeudi 28 mars 19 h, Café Les Oubliettes
Quel avenir pour la Palestine?
Avec Zahia El Masri.