Quand les violences sexuelles remplacent les bombes !

La condition des femmes en temps de guerre

Emma Soares, article publié dans Le Polémique, le journal étudiant en Sciences politiques et Études internationales de l’Université de Montréal

Les premières victimes d’une guerre sont les civils, on compte plus de femmes et d’enfants morts que de militaires dans les conflits actuels. Leur statut social, déjà vulnérable, s’accentue lors d’une guerre. À Beijing en 1995, la quatrième conférence mondiale sur les femmes adopte Le Programme d’action qui déclare les conséquences des conflits armés sur les femmes comme « un domaine critique requérant une action de la part des gouvernements et de la communauté internationale ». Lors d’un conflit armé, leurs droits sont mis en périls.

Les Soudanaises témoignent

Au Soudan, la guerre en cours depuis plus d’un an menace les populations civiles, les femmes sont souvent laissées avec le choix de partir ou redouter les violences des paramilitaires. Dans le centre du pays, plusieurs femmes se sont enlevées la vie après avoir été violées par des soldats des Forces de soutien rapide, déjà accusés de crimes sévères dans un rapport de l’ONU. Les femmes soudanaises préfèrent se suicider plutôt que de subir les violences sexuelles qu’elles encourent par les militaires.

Un groupe de défense des droits humains situé sur place assure à la BBC « être en contact avec des femmes qui envisagent de se suicider, car elles craignent d’être agressées sexuellement ». Le droit international punit les violences sexuelles envers les femmes, mais comment les prévenir dans le contexte chaotique de la guerre ? Lorsque les camps de réfugié.es sont presque démuni.es de moyens pour protéger les femmes et sensibiliser aux violences sexuelles, quand trop de victimes craignent de dénoncer ces actes ou quand la justice manque lorsqu’elles le font ? L’historienne française Raphaëlle Branche aborde ces obstacles comme « une invisibilité organisée par les auteurs, qui détiennent fréquemment en temps de guerre les appareils policier et judiciaire ».

En octobre, une Soudanaise partage un témoignage bouleversant à la BBC où elle affirme « J’ai laissé les combattants me violer pour protéger mes filles ». Originaire de la région de Dar es — Salaam, contrôlée par le RSF, elle fait partie d’un groupe de femmes interrogées par la correspondante de la chaîne britannique. Leurs récits décrivent la brutalité des violences subies au cours de cette guerre. Parmi elles, une voix s’élève et brise le silence : « Il y a tellement de femmes qui ont été violées, mais elles n’en parlent pas […] Quelle différence cela ferait-il ? » ces femmes expriment peu d’espoir d’obtenir justice contre les hommes qui ont commis ces actes contre elles. Leurs témoignages espèrent alerter la communauté internationale pour obtenir justice pour ces femmes, vulnérables en temps de guerre et souvent seules accompagnées d’enfants.

En conflit armé, les violences envers les femmes peuvent être utilisées comme arme de guerre, un moyen de soumettre la population par la peur et la violence. Une « méthode de guerre » quand elle est organisée par une autorité politico-militaire de manière stratégique afin d’humilier, d’assouvir ou de chasser une population. Cela tend à rendre les groupes sociaux déjà discriminés à l’instar des femmes et des filles, d’avantages vulnérables.

Le haut-commissariat des droits de l’Homme des Nations Unies alerte sur une recrudescence de la violence fondée sur le genre dans les zones de conflit. On observe une instrumentalisation des violences sexuelles où le viol systémique devient une « tactique de guerre » d’avantage courante et plusieurs facteurs aggravent ce phénomène.

Le contexte politique du pays

  • La fin d’un conflit où les institutions sont érodées comme l’état de droit, les structures sociales, politiques et économiques
  • La normalisation de la violence, surtout basée sur le genre : La traite d’être humain, particulièrement celle des femmes pour l’esclavage sexuel lié à un niveau de violence et de militarisme élevé.

Plusieurs facteurs préexistants de la condition des femmes sont exacerbés par un conflit ou une guerre

  • Les femmes sont les plus touchées par le manque de biens essentiels comme les produits hygiéniques, les soins de santé liés aux grossesses ou aux enfants en bas âge, souvent obligées d’assurer la charge domestique.

La violence envers les femmes pendant un conflit armé constitue un crime reconnu dans le droit international depuis l’adoption, en 1949, de la quatrième convention de Genève sur la protection des civiles lors d’un conflit armé. Les violences sexuelles qui se perpétuent contre les femmes lors d’un conflit peuvent constituer des crimes de guerre, mais à ce jour, combien ont obtenu justice par ce recours ?

Une lutte historique

Diana H. Russel et Jill Radford ont été des pionnières dans l’étude des violences sexuelles envers les femmes. Leur livre, intitulé « The Politics of Woman Killing », aborde les mécanismes des violences sexuelles et leur instrumentalisation. Un chapitre dédié au « terrorisme sexiste contre les femmes » écrit avec Jane Caputi, décrie le fémicide comme un « continuum de terreur anti-féminine ». Cette première théorisation du concept inclue un large spectre de violences physiques et sexuelles dont la torture, l’esclavage sexuel, la stérilisation forcée et même la maternité forcée.

À l’époque, l’ouvrage a particulièrement raisonné en Amérique centrale. Au Guatemala, un groupe de femmes autochtones ont obtenu justice contre cinq anciens paramilitaires pour les viols commis à leur encontre lors de la guerre civile dans les années 1980. Ces femmes Achi ont été violées à plusieurs reprises par des membres des patrouilles d’autodéfense civile, attaquées dans leur village de Rabinal et dans un poste militaire. Pendant la guerre civile, de nombreuses femmes autochtones ont subi des violences sexuelles par des militaires.

En 2016, un premier groupe de femmes autochtones avaient déjà poursuivi des militaires en justice pour les avoir réduits à la condition d’esclaves sexuelles. Ces condamnations représentent des avancées historiques en matière de droit des femmes. Il est essentiel de se rappeler qu’ils ne sont pas acquis, mais conquis, les femmes mènent un combat perpétuel pour les préserver et la guerre les fait souvent reculer. Ces actes de violences extrêmes laissent des cicatrices profondes dans le tissu social des communautés et portent directement atteinte à leur humanité. Leur rendre justice est un premier pas vers la réaffirmation de leurs droits intrinsèques.