Cachemire : plus qu’un changement de statut

 

 

Christophe Jaffrelot, extraits d’un texte paru dans Indian Express, 7 août 2019

https://indianexpress.com/article/opinion/columns/jammu-and-kashmir-special-status-article-370-narendra-modi-bjp-5883910/

 

 

 

La manière dont le statut du Jammu-et-Cachemire a été transformé est révélatrice du style politique du gouvernement de Narendra Modi, qui n’essaie pas de parvenir à un consensus, mais agit unilatéralement au nom de l’efficacité. Le présent épisode illustre le passage de l’Inde vers une forme anti-libérale de démocratie. Mais elle a de plus grandes implications, car elle peut marquer un tournant vers la création d’un État unitaire ethnique.

Le projet de loi de réorganisation du Jammu-et-Cachemire 2019 est la première législation affectant considérablement la Constitution depuis l’accession au pouvoir du BJP en 2014. Jusqu’à présent, son idéologie s’était exprimée dans les mouvements non officiels, y compris les campagnes contre l’abattage des vaches, le « djihad d’amour », la conversion, etc. Ces campagnes et la violence qui les accompagnait, y compris les lynchages, avaient créé un sentiment de vulnérabilité parmi les minorités. Le mouvement actuel est qualitativement différent parce que l’État s’engage à la fabrication d’une nation majoritaire.

Le mouvement nationaliste hindou ne s’est jamais réconcilié avec cette forme de diversité. Le RSS, cœur battant de l’hindouisme militant s’était opposé, des 1950 à l’article 370, au nom de l’intégration nationale. Vijaya Dashami (nouveau chef du RSS) déclarait en 2017 que la constitution devait être changée selon la vision traditionnaliste :

« Un pays, un emblème et une Constitution », en phase avec la définition du nationalisme indien, « hindoustan, hindi, hindou ».

Pour les nationalistes hindous, la différence culturelle ne doit pas trouver d’expression publique et aboutir à une reconnaissance officielle : l’identité de la nation doit être uniforme et ceux qui sont différents doivent être assimilés.

Le RSS est plus favorable à un état unitaire, où les différences seraient effacées. Depuis les années 1950, le RSS s’oppose à la refonte de la carte administrative de l’Inde selon des critères linguistiques.

Alors que les territoires de l’Union ont été transformés en États, le gouvernement Modi non seulement abolit le statut spécial du Cachemire, mais il le rétrograde en transformant ses deux États successeurs en territoires de l’Union. Ce changement paradigmatique est bien en phase avec la centralisation de l’Etat indien initiée par le gouvernement Modi depuis 2014.

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