Haïti : Cohérence ou incohérence de l’impérialisme ?

Berthony Dupont, Haiti Liberté, 9 octobre 2019

Les deux derniers coups d’Etat contre un gouvernement populaire en Haïti datent du 30 septembre 1991 et du 29 février 2004. Ces deux coups ont été perpétrés pour barrer la route à ce que le peuple haïtien, issu d’un mouvement d’émancipation et de libération suite au renversement des régimes de Papa et de Baby Doc Duvalier, n’arrive guère sur la scène politique pour déjouer le plan déjà tracé pour nous.

Ces deux coups d’état, en fait, ont été l’œuvre d’un commun accord des pays impérialistes. Il s’agissait de la France, des Etats-Unis et en subalterne le Canada pour pressurer les masses populaires haïtiennes qui voulaient s’affranchir d’une domination néocoloniale, aggravée d’une misère atroce et d’une dictature féroce et sanglante. Au-delà même des limites de l’insupportable et de la banqueroute, rien n’a été épargné pour enfoncer davantage le pays dans le sous-développement et brader complètement ses ressources et ses richesses et son indépendance même à l’impérialisme international dont la résultante du projet réussie grâce à son économie totalement désorganisée et dépendante.

Tout au cours de ces deux coups, la bourgeoisie haïtienne en accord avec des individus de la classe moyenne issus de certains partis politiques de droite et même de gauche, sous l’ombrelle du Département d’Etat américain, a fait feu de tous bois pour étouffer le régime d’alors suite à deux élections où le peuple haïtien avait démocratiquement élu un président en la personne de Jean-Bertrand Aristide.

Même constat au Honduras quand le président légitime Manuel Zelaya en 2009 a été lui également victime de la même agression contre Aristide. Son unique erreur c’est de n’avoir pas été un allié, un cadre authentique et soumis du système corrompu et pourri du capitalisme. Il n’a pas été le produit d’un quelconque laboratoire déstabilisateur qui crée des sous-hommes pour défendre l’indéfendable et l’inacceptable : une corruption tous azimuts génératrice de biens mal acquis.

Tout cela peut-il être qualifié d’une certaine cohérence sinon d’une cohérence certaine de la part des forces impérialistes pour défendre leurs intérêts ?

Nous n’avons même pas besoin de souligner le cas de la Lybie pillée, dévastée, réduite à néant par les forces impérialistes responsables de l’élimination physique de Kadhafi, sans oublier Assad de la Syrie sauvée des eaux du « regime change » des forces impériales rétrogrades.

Tout récemment pour ne pas dire présentement, le peuple frère du Venezuela et son gouvernement légitime que dirige Nicolas Maduro sont en train de faire face à toutes les difficultés possibles et imaginables destinées éventuellement à renverser le président légitime vénézuélien, fût-ce même par la force. Encore là, la cohérence dans le malheur des peuples est bien claire et systématique pour la défense des intérêts des vautours internationaux.

Ce n’est pas une quelconque incohérence qui manque dans la cohésion des forces du mal, quand malgré les cris répétés du peuple haïtien contre son président Jovenel Moise, aucune des grandes puissances ne se manifeste comme ce fut le cas chez nous avec Aristide ou au Honduras de Zelaya. Ce n’est pas parce qu’elles sont incohérentes, au contraire, c’est la cohérence de leur vision et pratique politique qu’elles sont en train d’illustrer. Voyez le cas de Lénin Moreno décrié en Equateur par les travailleurs, il sera traité comme Jovenel Moise l’est, puisque les deux défendent les mêmes intérêts hégémoniques de leur patron.

Voyez les gnbistes, il n’en manque pas de noms notoires dans la campagne anti Jovenel ; malgré tout l’impérialisme leur fait la sourde oreille.

La réalité en fait, Aristide, Zelaya, Kadhafi et autres, n’étaient pas tout à fait leur pion. Jovenel, Moreno et autres sont leur pute à l’instar d’un Anastazio Somoza.

C’est dans cette optique politique que nous devons apprécier la position du Core Group et les dernières déclarations du réactionnaire, avocat du système de corruption, le sénateur républicain de la Floride Marco Rubio, grand artisan des campagnes anti Maduro : « Il y a un système de gouvernement en Haïti, que cela fonctionne ou non, il appartient au peuple haïtien de décider. Mais nous, nous n’interférerons pas au nom ou contre un élu »

Dans les yeux du système de corruption des puissances réactionnaires, Jovenel Moise est un élu parce que c’est leur paillasson au pouvoir ; pourtant Maduro n’est pas un élu puisqu’il ne fait pas partie de la cohorte de ceux-là qui se laissent marcher dessus par l’impérialisme. Voilà ce qu’il nous faut comprendre, « les impérialistes n’ont pas d’amis mais bien des intérêts à défendre ».

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