La Première Guerre mondiale : une guerre impérialiste et un carnage

Le 11 Novembre 1918, l’armistice était signé à Rethondes, mettant officiellement un terme à la Première Guerre mondiale. 100 ans plus tard, les commémorations vont bon train, avec notamment un Emmanuel Macron qui se met en scène au cours d’une « itinérance mémorielle », et la perspective d’un grand raout le 11 Novembre. Nous avons décidé, pour notre part, de revenir sur la fin de la Première Guerre mondiale en insistant sur certains aspects de cette grande boucherie capitaliste qui ne seront probablement pas mis en avant dans les commémorations officielles.


 Le traité de Versailles et le nouveau partage du monde

Ce devait être « la Der des Ders ». Mais en réalité, le prétendu « règlement » du premier conflit mondial du 20e siècle ne fut en rien, quand bien même il aurait mis un terme aux affrontements militaires qui avaient commencé en 1914, un pas vers l’apaisement des relations internationales et vers la construction d’un monde plus juste, plus égalitaire et moins générateur de violences.

Faire payer et contenir l’Allemagne

Le règlement du conflit, qui est entré dans l’histoire sous le nom de « traité de Versailles », signé par l’Allemagne et les Alliés le 28 juin 1919, soit cinq ans jour pour jour après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, fut avant tout marqué par la volonté, notamment sous l’impulsion française, de « faire payer » l’Allemagne. Contre toutes les évidences, cette dernière fut ainsi désignée, avec ses alliés, comme unique « responsable » du conflit, et « de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements alliés et associés et leurs nationaux » (art. 231). Une formulation qui résultait d’un compromis entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, et fondait juridiquement la question des réparations, dont le montant théorique était fixé à 132 milliards de marks-or. L’Allemagne est amputée d’une partie significative de son territoire, au profit de la France, du Danemark, de la Belgique et de la Pologne, et ses colonies d’outre-mer lui sont confisquées. En outre, ses capacités militaires sont considérablement limitées et plusieurs régions allemandes sont démilitarisées. En résumé, « une paix-sanction […] fut imposée à l’Allemagne pour la maintenir dans un état de faiblesse durable » [1].

L’URSS exclue, la vague révolutionnaire contenue

Mais le traité de Versailles ne fut pas seulement un instrument, aux mains des vainqueurs de la guerre, contre les vaincus, mais aussi un accord entre grandes puissances pour contenir la vague révolutionnaire alors en cours. L’écroulement des empires austro-hongrois et ottoman était en effet un facteur d’instabilité qui, couplé à l’écho international de la révolution russe, menaçait l’Europe centrale, et par extension toute l’Europe, de la « contagion révolutionnaire ». Les négociations de Versailles, auxquelles l’URSS ne fut pas associée, furent ainsi l’occasion d’un redécoupage destiné à constituer un rempart contre l’influence du bolchevisme, avec entre autres la création de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Il s’agissait pour les vainqueurs de la guerre, en encourageant la création d’États ou l’expansion d’autres, de s’assurer de loyautés futures, et de mettre en place un « cordon sanitaire » face à la menace révolutionnaire. La quasi-totalité de ces États sont alors, ou seront par la suite, partie prenante de l’intervention militaire en URSS (qui durera jusqu’en 1920), en soutien aux Russes blancs contre le pouvoir bolchevik.

De nouvelles relations internationales ?

La fin de la guerre et le traité de Versailles sont, enfin, l’expression de l’évolution des rapports de forces internationaux, et notamment de la place désormais centrale des États-Unis d’Amérique. La France et la Grande—Bretagne sortent en effet affaiblies de la guerre, avec des millions de morts et des destructions considérables sur leur sol, tandis que les USA, qui ont rompu avec leur politique isolationniste, s’affirment comme la principale puissance mondiale, capable d’imposer ses vues aux pays européens. C’est ainsi que le président étatsunien Wilson s’opposera à certaines prétentions territoriales françaises et italiennes sur l’Allemagne (Clemenceau souhaitait ainsi l’annexion pure et simple de la Sarre), en échange de la garantie d’une intervention militaire US en cas de nouvelle attaque allemande. Mais après les défaites électorales de Wilson et des Démocrates, l’isolationnisme étatsunien reprendra ses droits et les USA refuseront de ratifier le traité de Versailles et les autres accords internationaux consécutifs à la Première Guerre mondiale, entre autres la création de la Société des nations (SDN).

Appétits impérialistes maintenus, volonté d’écraser la contestation révolutionnaire, concurrence accrue entre grandes puissances, y compris au sein du camp des vainqueurs : autant de signes indiquant que la stabilisation de la situation internationale au sortir de la guerre n’était rien d’autre qu’une illusion, et que la « paix de Versailles » préparait bien des tragédies à venir. Le « nouveau partage du monde » issu de la guerre, réalisé sur le dos des peuples, comme l’illustre notamment le découpage/dépeçage du Moyen-Orient, et motivé par les seuls intérêts capitalistes-impérialistes, ne satisfaisait en réalité à peu près personne, ni dans le camp des vainqueurs ni dans celui des vaincus. Ce qui se vérifiera 20 ans plus tard avec une nouvelle plongée dans la barbarie.

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