Mexique: le lourd héritage légué à AMLO

Michael Roberts  29 juillet 2018, thenextrecession.wordpress.com

 

88 millions d’électeurs mexicains (sur 127 millions de personnes) ont donné à Andrés Manuel López Obrador (AMLO) la plus grande victoire dans l’histoire des élections de ce pays. Les candidats des partis de l’establishment ont été déclassés, du fait de leurs divisions entre autres. Mais le facteur principal a été la colère et la frustration vis-à-vis de l’état de l’économie mexicaine et de la vie quotidienne des citoyens. AMLO en fin de compte a gagné parce qu’il a fait campagne sur trois questions clés qui enragent et engagent les Mexicains : la violence omniprésente et quotidienne ; la corruption endémique; et une inégalité croissante entre les riches et les pauvres.

Violence et corruption

En moyenne, une personne a été tuée au Mexique toutes les 15 minutes au cours du mois de mai, ce qui a permis au pays de franchir la barre sinistre des 29 168 exécutions de l’ année dernière. Derrière cette violence se trouve la bataille des cartels de la drogue. La police manque de personnel ou de soutien du gouvernement ; ou les deux sont en ligue avec les criminels. La corruption est intégralement liée aux profits massifs tirés du trafic et de la production de drogue et à d’autres activités criminelles. Les politiciens des partis de l’establishment étaient presque tous impliqués. Or, AMLO, qui s’est engagé à mettre fin à la corruption – n’a pas été précis sur comment il entend faire cela, à part de dire que les fonctionnaires pourraient être licenciés après deux ans (s’ils sont coupables d’actes de corruption), de vendre l’avion présidentiel et de promettre de vivre dans sa maison et non dans un palace. L’image était forte, mais en pratique, c’est très peu.

Inégalité et économie en déroute

AMLO dit qu’il va défendre les pauvres (plus de 50 millions de Mexicains).  Le Mexique est le 15ième pays au monde en termes de PIB, mais, le taux de pauvreté est de 55,1% (20,5 millions de Mexicains en dessous du seuil de pauvreté). Entretemps, la dette publique est passée de 21% du PIB en 2008 à 45,4% en 2018. Le service de cette dette absorbe désormais 20% de recettes publiques de plus que prévu pour la santé, l’éducation et la réduction de la pauvreté. Tout un défi

La quadrature du cercle

Le programme d’AMLO est keynésien, utilisant l’investissement public pour « amorcer la pompe » de l’investissement privé. Le calcul est que l’argent épargné par la réduction de la corruption fournira le financement. Mais il ne veut pas inverser la privatisation partielle de PEMEX, la compagnie pétrolière nationale, ni mettre fin au projet de nouvel aéroport cauchemardesque de Mexico, mais seulement envisager de « revoir les contrats ». Mais comment pourra-t-il renverser la tendance à la corruption, aux inégalités et à la violence sans contrôler des banques (principalement étrangères), sans renationaliser de PEMEX et sans soumettre les grandes multinationales à des régulations qui permettraient le développement du pays ?

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